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Mathilde Lhomme et Jonathan Brugnot, la couture dans la peau

By |2026-05-26T10:07:13+01:0023 juin 2022|Les Jurassiens|

À 28 ans, les deux petits Jurassiens de Sermange se sont fait un nom dans le milieu parisien de la mode et du spectacle. Fusionnels depuis leur enfance, ils ont franchi une à une les marches du succès en se tenant la main. Leur secret : croire très fort en leurs rêves.

 

Mathilde habille les danseuses du Crazy Horse et peaufine pour la rentrée le lancement de sa propre marque de prêt-à-porter. Jonathan, après avoir réalisé les costumes des artistes du Paradis Latin pendant cinq ans, est costumier dans la pièce Les Amis dans laquelle joue Kad Merad. En moins de dix ans, ce couple de copains atypique, originaire du pays dolois, a trouvé la notoriété dans un milieu réputé impénétrable.

Une même passion

Comment ont-ils fait ? C’est l’histoire d’une alchimie. Une énigme. Mathilde Lhomme et Jonathan Brugnot composent un duo improbable, unis depuis les bancs de la maternelle, fusionnels au collège et au lycée, inséparables depuis qu’ils sont montés à Paris. Personne ne peut comprendre vraiment ce qui les pousse l’un vers l’autre. Même eux ont du mal à l’expliquer. Jonathan ne se pose d’ailleurs pas de questions : « On a toujours été les deux, tout partagé, travaillé comme des fous, et surtout rêvé ensemble. » Mathilde ne se souvient pas d’une seule journée sans lui : « Il était tout le temps chez moi ou moi chez lui ; c’était plus que frère et sœur. On avait les mêmes envies, loin de celles des enfants de notre village. »

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Mathilde Lhomme – DR

Mais une passion, cela se construit. Depuis qu’ils sont en primaire, ils se déguisent, dessinent des vêtements, découpent des images dans les magazines, collent, assemblent. Univers de strass et paillettes, posés devant la télé. Plus tard, au lycée, ce sont les chorégraphies, la musique, les vidéos et même les concerts pour les copains. Une complicité qui marginalise. Adolescents, ils ont l’impression de ne pas être au bon endroit. Mathilde trouve les mots pour l’exprimer : « On n’était pas seuls contre tous, mais on avait l’autre. » Jonathan en garde une forme d’amertume : « Travailler dans le spectacle, c’était un rêve inatteignable depuis un village de deux cents âmes où il y a plus de vaches que d’habitants. »

Aujourd’hui, tout cela fait partie de leur capital. Même s’ils ont choisi des voies sensiblement différentes entre mode et haute couture d’un côté, spectacle et musique de l’autre.

Du coup, pour obtenir une réponse, il faut se tourner vers la famille. Aurélie, la grande sœur de Mathilde, parle d’inspiration : « Ils se complètent, avec chacun sa personnalité. Jonathan est plus extraverti, Mathilde a besoin de se sentir en sécurité chez elle, avec ses animaux. Ensemble, ils ont franchi des étapes, ils ont compris qu’ils devaient repousser leurs limites et se mettre des objectifs. »

De fil en aiguille

Et le Jura, dans tout ça ? Se contenter de dire que les jeunes voulaient le fuir serait une erreur. Ils ont les pieds dans la terre doloise, même si la tête est ailleurs. Quand ils décident de « monter à la capitale », à dix-neuf ans, ce n’est pas pour fuir, mais parce qu’il est impossible, pour eux, de décrocher leur étoile sur place. Ils le savent. Sermange, le village de l’enfance, mais aussi Malange, Fraisans, Dole et le lycée Pasteur où ils s’engouffrent dans les métiers du spectacle, option habillage… Tous ces lieux composent leur terroir, celui qu’ils emmènent à Paris, avec leur naïveté, leur accent et leur passion. Et de loin, leurs proches les ont toujours suivis avec bienveillance. Mathilde aime revenir dans la maison de ses jeunes années, se raconter, demander des conseils. Se ressourcer. Pour Jonathan, c’est différent : « Le Jura reste une fierté, j’essaie de revenir deux ou trois fois par an. Cela me fait du bien de rencontrer des gens hors du milieu du spectacle. Dans ma famille, ils connaissent toutes mes galères, ma mère m’a beaucoup aidé. »

De passage à Dole, en mars dernier avec le spectacle de Kad Merad, il a accueilli quelques élèves de Pasteur à la Commanderie pour leur raconter son parcours. Témoigner lui a plu : « Je sais aujourd’hui que je reviendrai dans mon lycée, mais ce sera sûrement avec Mathilde. »

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Mathilde Lhomme – DR

Ah, tiens, on oublie quelque chose… Ce qui a tout précipité. Les deux dernières années du cursus scolaire, le temps des stages, à Lyon d’abord, où le duo découvre enfin la vie ensemble pendant un mois – la plus belle période de leur vie –, à Paris ensuite. Et c’est un double coup de cœur pour Jonathan : « J’ai fait un stage chez Helena Petit. Dans son atelier, ses costumes couvraient un mur entier. Je me suis dit, c’est ce que je veux faire ! »

 

Il y aura aussi cette comédie musicale, Dracula, l’amour plus fort que la mort, mis en scène par Kamel Ouali, qui va jouer un grand rôle dans son parcours. Jonathan s’émerveille : « En deux heures, ma vie a changé ! »

Les deux Jurassiens multiplient les allers-retours entre Dole et Paris pour de petits CDD, louent des chambres. Tout cela dure plusieurs mois. Quand ils en ont marre, ils décident de prendre un studio. Ils resteront trois ans dans 16 m² à dormir sur un matelas posé au sol.

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Jonathan Brugnot au Paradis Latin – DR

L’expérience de la danse

Mais Paris n’est pas Dole, les CV qu’on dépose ici et là ne mènent nulle part. Mathilde loupe une première embauche dans un magasin de robes de mariées, s’inscrit dans plusieurs agences d’intérim et commence à faire des petits jobs comme habilleuse. Un beau jour, elle est recrutée en pleine Fashion Week pour un défilé Chanel. Cette première expérience en amène d’autres : « On m’a engagée sur les défilés, quatre fois une semaine dans l’année. »

Mais pour le binôme, le véritable déclic a lieu ailleurs, très exactement à l’Académie nationale de danse, où le tandem va se retrouver pour un stage de vacances. Cadeau offert à Mathilde pour ses vingt ans. À la fin, la directrice, étonnée par leur potentiel, les accepte dans son école et leur trouve même une bourse. Pendant deux ans, ils travaillent comme des forçats : chant et danse la semaine, création de costumes le week-end pour des spectacles : Pinocchio, Boléro de Béjart, Casino de Paris…. C’est sans doute là que leurs futurs univers se dessinent. Celui du spectacle électrise Jonathan : « La meilleure école, c’est le terrain. J’ai appris plein de choses et je me suis fait un carnet d’adresses. Tous ces gens, je travaille avec eux aujourd’hui. » La haute couture et le stylisme pour Mathilde : « À l’école, on sortait de nulle part et cela impressionnait beaucoup de monde. »

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Jonathan Brugnot – DR

Ils courent les castings, mais le métier de danseurs ne veut pas d’eux. Pourtant, cette expérience de la scène et des costumes les ramène sur leur vraie voie. Ils savent désormais ce que signifie être sur scène. Mathilde résume bien ce recentrage : « On a appris la discipline et l’envie d’aller plus loin. Surtout, on s’est rendu compte que tout était possible. On ne voulait rien lâcher. »

Récompenser son enfant intérieur

À partir de là, il faudrait parler de cet énorme enchaînement d’expériences et de rencontres. Mathilde multiplie les missions en intérim : défilés, showrooms privés, ateliers de haute couture pour Givenchy, Ralph & Russo, CDI comme vendeuse chez Zara et, surtout, succession de contrats à Disneyland Paris pour l’habillage des spectacles du parc à thème : « Rien à voir avec l’austérité des ateliers de couture, tout le monde s’embrassait, s’amusait. »

Jonathan court les petits jobs, retourne travailler quelques mois chez Helena Petit et décroche un poste d’habilleur au Paradis Latin, le cabaret pur et dur : « Je travaillais six jours sur sept, de 16 à 24 heures et, à côté, je multipliais les shows. » Il croise aussi la route de Kamel Ouali qui lui propose des extras : « Je créais, mes dessins d’enfant ont pris vie. »

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Mathilde Lhomme et Jonathan
Brugnot – DR

En 2019, le Paradis Latin confie sa nouvelle revue à… l’ancien professeur de la Star Academy, avec Iris Mittenaere, Miss Univers, en meneuse de revue, entourée des chanteurs et danseurs de l’émission de TF1. Jonathan en sourit encore : « À huit ans, quand je les regardais à la télé, j’étais émerveillé. Vingt ans plus tard, j’ai fait leurs costumes ; c’est une forme d’accomplissement. » Son amie Coco Vanille, aujourd’hui danseuse au Crazy Horse, se souvient de sa passion : « En plus d’être doué, c’est un personnage haut en couleur. Il est une des meilleures rencontres que j’aie faites. Il m’a fait aimer mon travail. »

Au théâtre ce soir

Les destins commencent à se caler, ils trouvent chacun un appartement et Mathilde opère un double virage. Chez Mickey et la Belle au Bois dormant, elle rencontre celui qui deviendra son compagnon et elle décide de devenir intermittente du spectacle, prémices à son grand projet de styliste indépendante. Mais finalement, c’est peut-être la Covid-19 et les confinements qui scellent les choses. Durant cette période, Jonathan plonge dans le milieu du spectacle : théâtre de Paris, de la Michodière. Guillaume de Tonquédec, Patrick Chesnay, Kad Merad, Claudia Tagbo qui dit de lui : « Des garçons comme lui, on en a besoin dans notre métier. » Sans parler de ses costumes qui illuminent la soirée du Nouvel An à la télé : « Aujourd’hui, j’ai réalisé tous mes rêves ; il me reste Broadway. Je me donne dix ans pour y arriver. Mais, en 2023, j’aimerais participer à la tournée d’adieu de Mylène Farmer. C’est la plus grande artiste française et ses vêtements sont signés Jean-Paul Gauthier. »

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Jonathan Brugnot – DR

Mathilde baigne dans la haute couture. Finaliste du Concours international des jeunes créateurs en 2016, elle a pu présenter son premier défilé à Paris avec ses propres créations. L’an dernier, lauréate d’un concours de designer/styliste pour une société internationale, elle a commencé à vendre sa collection de prêt-à-porter en ligne. Aujourd’hui, elle prépare le lancement de sa future marque dans son petit atelier en Seine-et-Marne. Un prêt-à-porter très personnel, mélange de la haute couture et du monde du spectacle, avec perles et clous… Nadia, l’amie de Disney, a suivi sa métamorphose : « À la base, elle n’avait pas forcément confiance en elle, mais sa collection a provoqué un déclic. Sa vision est très moderne et elle reste simple, centrée sur son objectif. Elle met pile dedans, elle ira loin. » Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, elle travaille depuis six mois pour le Crazy Horse, au milieu des perles, des plumes et des dentelles : « Le vêtement, c’est une énorme forme de communication sur ce qu’on veut être et dire. Je voudrais voir les miens portés dans la rue. On a tous le droit de rêver et rien n’est impossible. En ce moment, je récompense mon enfant intérieur. » 

Quentin Fillon-Maillet, Pékin-Express

By |2026-05-26T13:39:41+01:005 juillet 2021|Les grands entretiens|

Aux prochains Jeux olympiques d’hiver, en février prochain, le Jurassien Quentin Fillon-Maillet représentera en Chine une chance  de médailles pour la France.

 

Quentin Fillon-Maillet est l’un des meilleurs biathlètes de la planète. Originaire de Saint-Laurent-en-Grandvaux, le numéro trois mondial va participer, en février prochain, aux Jeux olympiques de Pékin (Chine).

NUMÉRO 39 – Troisième de la coupe du monde cette année, gros espoir de médailles aux prochains Jeux olympiques de Pékin, en février 2022, et vous restez farouchement jurassien. Pourquoi ?

QUENTIN FILLON-MAILLET – Parce que je suis de Saint-Laurent. C’est là que j’ai débuté dans la vie, que j’ai tout appris. J’y vis, ma famille aussi. Je m’y plais. Enfant, j’habitais à 150 mètres de l’école maternelle et primaire et, même si je n’ai jamais été un élève assidu, même si ce n’était pas mon rêve de partir chaque matin pour l’école, j’en ai gardé d’excellents souvenirs. Je retrouvais les copains, on allait construire des cabanes dans les bois, on faisait du vélo sur les parkings après l’école, on jouait sur les tremplins de ski. Beaucoup étaient inscrits au ski-club de Saint-Laurent, ce sont des amis avec lesquels j’ai gardé un contact particulier.

Parlez-nous de cette époque où vous étiez un gosse des champs ?

C’est vrai que je n’ai jamais eu de console. J’ai toujours eu une passion pour l’extérieur. J’en avais aussi une pour les legos. Mais dès que j’avais du temps, j’étais dehors avec les copains, j’allais jouer à côté de la maison, dans l’ancien atelier de mon père où j’ai fait pas mal de bêtises. Je fabriquais des arbalètes, j’ai toujours aimé faire des choses avec mes mains. Même plus tard, dans l’entreprise familiale à Saint-Pierre, on avait installé, avec mon cousin Boris, un stand de tir sur la pelouse et, quand il pleuvait, je tirais à plat ventre sur un tapis depuis le camion. C’est là que j’ai fabriqué ma première crosse.

Une passion du travail manuel qui est allée jusqu’à motiver le choix de vos études ?

J’ai choisi l’école microtechnique de Morez jusqu’au bac. Après, j’aurais pu rejoindre une section sport-études à Pontarlier, mais j’ai choisi de rester à Morez avec plusieurs copains de collège et, quand j’ai véritablement choisi le métier de biathlète, j’ai intégré le pôle national de Prémanon pour une formation Conception industrielle microtechniques (CIM), ce qui m’a permis d’aménager mes cours pour lier le sport et les études. C’était difficile, les entraînements font perdre beaucoup d’heures de cours, mais j’ai retrouvé du plaisir à étudier. Et puis je voulais à tout prix mon diplôme. J’ai loupé de peu la première année. Du coup, j’ai fait le parcours en trois ans.

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Quentin Fillon-Maillet – Nordic Magazine

Un diplôme pour assurer vos arrières ?

Une carrière sportive peut être très courte. Si les performances ne viennent pas, il faut faire autre chose. Je voulais me garantir une certaine sécurité. Cette filière me donnera peut-être un métier après ma vie de biathlète. Peut-être que je travaillerai dans l’entreprise de mon père [Laurent Fillon-Maillet dirige une société spécialisée dans la fabrication et la pose de menuiserie en aluminium, N.D.L.R.], je n’ai rien décidé pour le moment.

En tout cas, cette formation a fait de vous un sportif particulier puisque vous fabriquez vous-même les crosses de vos carabines…

D’autres l’ont fait par le passé, mais je voulais pousser les choses encore plus loin et avoir la plus belle carabine du circuit. Une crosse demande beaucoup de réglages, j’ai mis six mois pour mettre au point la première, avec l’aide de Franck Badiou [médaillé d’argent à la carabine à air comprimé à 10 mètres aux JO d’été de 1992, il est l’armurier des Bleus, N.D.L.R.]. J’en ai conçu quatre au total. C’est quelque chose de très pointu qui m’a demandé des heures de travail. Je me revois dans ma chambre d’hôtel, avec mon pied à coulisse. Il y a eu des échecs, mais j’évolue depuis dix ans avec ces crosses. Elles sont très personnelles.

À 28 ans, que signifie la famille pour vous ?

Ce sont toutes les personnes qui m’ont inculqué les valeurs de travail, de volonté, de respect et de plaisir aussi… Grâce à elles, j’ai pu m’exprimer dans les sports de plein air, me dépasser, progresser. À la maison, nous sommes quatre enfants et mes parents ont donné beaucoup de leur temps pour m’emmener en compétition, je leur dois un merci infini. Mes deux frères, plus jeunes que moi, ont fait eux aussi du biathlon, jusqu’à la sélection en équipe de France pour Jason et un peu moins loin pour Rémi. Je suis bien conscient que, certaines fois, c’est difficile pour eux d’avoir un grand frère qui marche bien et je regrette qu’ils soient trop souvent « les frères de ». Mais on s’entend bien et on a passé beaucoup de temps ensemble, mes parents avaient un camping-car et on a fait plein de randonnées à vélo.

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Quentin Fillon-Maillet – Numéro 39

Et dans votre vie privée actuelle, vous parvenez à un équilibre ?

Avec de longues absences, mon rythme de vie est très différent de celui de la plupart des Français. Je peux être dans le Jura deux semaines puis partir trois semaines. C’est très difficile pour les gens avec qui on vit. Ma compagne aimerait, bien sûr, que mes absences ne soient pas trop longues, mais elle est partie prenante de ce que je fais et je l’aide du mieux que je peux. Quand je rentre, on se retrouve. Il n’y a pas de lassitude.

C’est quoi pour vous un champion ?

C’est quelqu’un qui a du caractère pour se défendre en compétition, mais aussi tout au long de sa préparation. Champion, c’est un travail à plein temps. C’est aussi tenir le stress et avoir d’importantes qualités physiques. Une saison représente plus de quarante courses en quatre mois et il y a les déplacements qui vont avec. Cela fait donc trois courses par semaine… Avec les années, on développe des dispositions pour récupérer plus vite ; on travaille la nutrition, la relaxation avec des préparateurs mentaux. Moi, c’est l’expérience qui me fait avancer. J’ai la capacité de ne plus avoir peur. La façon de me rassurer, c’est de me dire que j’ai donné 110 % de moi dans mon entraînement. Je crois que c’est ce qui me permet d’atteindre les plus grandes performances en compétition.

Peut-on rester fidèle à ses valeurs quand on est un champion de très haut niveau ?

Pour moi, la principale valeur, c’est l’humilité. C’est ce que j’essaie de partager en équipe de France pour que chacun garde les pieds sur terre, notamment avec les jeunes qui commencent, mais aussi dans la vie de tous les jours. Je me sens bien avec les gens simples. Le succès m’a permis de prendre confiance, d’avoir davantage d’ambition, il m’a fait grandir. Je n’ai pas vraiment de patron, je suis mon seul maître, je décide de m’investir ou pas. Parfois, je ne suis pas motivé pour aller m’entraîner, mais j’y vais quand même. Il y a des sacrifices dans ce genre de vie, mais la récompense est là. Sans travail, on n’obtient rien. Je m’estime chanceux, j’ai des capacités physiques et mentales, un bon environnement. Je vis dans le Jura qui est une terre de biathlon et j’ai ma famille auprès de moi. J’essaie de rester moi-même.

Pourtant, vous vivez une extrême médiatisation. Comment gérez-vous cela ?

Je n’y étais pas préparé. Le milieu de la coupe du monde est impressionnant. Tout est filmé, pris en photo. Les premières années, j’étais très loin de tout cela. On n’applaudit pas un boulanger quand il fabrique ses pains. Moi, vingt mille personnes m’applaudissent quand je cours ! C’est bizarre de me dire que je fais le sport que j’aime et que des millions de personnes dans le monde me soutiennent devant leurs écrans ou sur le bord des pistes. Cela a changé ma vie.

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Quentin Fillon-Maillet – Numéro 39

Comment faites-vous pour rester concentré sur votre sport ?

Je n’ai jamais demandé à être autant reconnu ! À la télé, il faut peser ses mots et je ne le fais pas en permanence, je prends la médiatisation à cœur, mais elle n’est pas ma première source de motivation. Moi, je suis avant tout sportif, je fais mon métier de biathlète à 100 % et je préserve avant tout ma performance. Pour la médiatisation, je travaille avec un attaché de presse et je suis présent sur les réseaux sociaux.

Quel est aujourd’hui votre rêve ?

Être champion olympique, c’est tellement grand à aller chercher ! Je me donne tous les moyens pour y accéder, je m’en approche grâce aux victoires en coupe du monde qui sont en elles-mêmes des rêves que j’ai réalisés. Mais par la suite, je reviendrai à une vie normale : être papa, avoir une maison. Le biathlon m’a amené à réfléchir à tout ça. Je ne dis pas non au cinéma ou autre, mais pas pour le moment. Ce sport me permet d’avoir certaines opportunités hors du commun, comme faire de belles rencontres, avoir des sponsors généreux… Des choses que je n’aurais pas pu faire sans le biathlon, c’est une vraie chance.

Quentin le modeste…

Je ne dis pas cela, je ne rêve pas d’une vie tranquille, j’ai plein d’envies, de secrets, mais j’essaie de rester humble. J’ai trop vu de sportifs perdre la tête et faire des choses pas très plaisantes. Je veux montrer l’image d’un sportif modeste en ce sens que je n’ai aucune raison de vouloir une vie de paillettes. J’essaie de me contenter de choses simples. Je n’ai pas besoin d’une Lamborghini pour être heureux. Je recherche mon bonheur, je n’éprouve pas le besoin de montrer aux autres que je réussis, pas le besoin de dire que je suis champion de biathlon…

Aujourd’hui, quel est votre statut ?

Je suis un biathlète rémunéré par l’État par le biais des Douanes. Je représente la France au plus haut niveau, mais je ne suis pas douanier pour autant. Certains pensent que je ne m’entraîne pas durant l’été et que les courses se gagnent facilement, mais l’investissement est énorme. La préparation dure sept mois, elle commence début mai et dure jusqu’aux premières courses sur ski en novembre. Cette période estivale ne me garantit pas le succès durant l’hiver. Les médias nous mettent la pression, mais c’est justement ce qui me plaît, chaque échec fait que la victoire est belle… 

David Linarès, le football par plaisir du jeu

By |2026-05-26T10:07:42+01:005 juillet 2021|Les Jurassiens|

Depuis novembre dernier, David Linarès est entraîneur principal du groupe professionnel du club de football de Dijon. Un aboutissement pour l’ancien joueur professionnel qui tire sa force des valeurs et des racines jurassiennes qu’il a su préserver. Portrait.

 

« Un portrait de David, c’est le bon choix pour Numéro 39 » confie Maryline Linarès, sa sœur. L’ancien footballeur professionnel termine sa première saison à la tête du Dijon Football Côte-d’Or (DFCO). Une année difficile pour le club relégué en Ligue 2 et une confiance à retrouver. Pourtant, cet entraîneur réputé proche de ses joueurs, n’a peut-être jamais autant appris sur lui-même et sur les autres.

Voix posée, mots précis, le Jurassien égrène un chapelet de mots pour définir le haut niveau : humilité, exigence, ténacité, rigueur, excellence. Hasard ou coïncidence, si l’on ne prend que les premières lettres apparaît alors le nom d’un arbre qu’il affectionne.

Pour David Linarès, tout commence à Arlay, un village du Jura où serpente la Seille. « Tout vient de mon grand frère Laurent qui jouait au foot au village, j’ai voulu faire comme lui et je me suis pris de passion pour ce sport. Et comme je me débrouillais pas mal, que c’était gratifiant, j’ai continué, uniquement guidé par le plaisir du jeu ». Et c’est en regardant l’équipe de Mulhouse dans une émission sportive diffusée le dimanche matin sur TF1 que le déclic a lieu : « Mon frère m’a expliqué qu’un joueur, Jean-Michel Peuget, était du Jura [Le Moirantain a joué au FC Mulhouse et au Racing Besançon. Il est le père d’Alexi Peuget, qui évolue actuellement au poste de milieu défensif au GFA Rumilly-Vallières, N.D.L.R.]. À partir de là, j’ai compris que c’était un métier possible ».

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David Linarès – Numéro 39

Quand sa grand-mère, correspondante du journal local, lui demande quel sera son métier plus tard pour un article qu’elle doit écrire, il répond alors « footballeur ». Mais elle lui réplique que ce n’était pas une profession. « Il était furieux, se souvient Maryline. Mon frère a toujours été très persévérant, même gamin. Depuis Arlay, il a tout fait pour réussir cette carrière. Il est parti jeune de chez nous, ce n’était pas si simple. Mais cette volonté lui a permis de devenir qui il est, malgré l’éloignement ».

Le jeune homme passe par Dole-Tavaux, en sport études pendant une année, puis par Besançon et, à l’âge de quatorze ans, il débarque au centre de formation de l’Olympique Lyonnais. Travailleur et discret, il franchit toutes les étapes vers le haut niveau et dispute sa première rencontre de Ligue 1 contre Lille en novembre 1996. Avec l’OL, David Linarès remporte la coupe de la Ligue de 2001 et le titre de champion de France de Ligue 1 en 2002. « J’ai suivi un parcours classique et ce qui m’a guidé a toujours été la passion pour le jeu. Pour moi, le foot, ce sont d’abord des émotions partagées. Les années lyonnaises, ce sont aussi les souvenirs de Champions League ou de la Coupe de l’UEFA ».

À Lyon avec Grégory Coupet

Cela semble simple, mais la détermination ou le talent ne peuvent suffire pour expliquer une telle trajectoire. Grégory Coupet, qui a partagé l’aventure des Gones avec lui et reste l’un de ses meilleurs amis, le confirme : « il y a beaucoup de valeurs dans la famille de David. Il a toujours eu les pieds bien ancrés dans le sol, tout en vivant dans un monde incroyable et parallèle. À Lyon, avec Philippe Violeau, ils formaient une paire avec une belle intelligence de jeu ».

Ce que confirme sa sœur : « il n’a pas perdu la tête, il est toujours dans la raison. C’est la base de l’éducation que nous avons reçue. La valeur travail a toujours été là aussi, nous avons toujours vu travailler notre père. À Lyon, il a été repéré pour ses qualités physiques, il bossait pour le collectif. Et, aussi, il a horreur de l’échec, il hait la défaite ! ».

« Je suis issu du milieu du bâtiment, poursuit l’ex-footballeur. Mon père était charpentier, mon grand-père menuisier, mon oncle aussi. Je retiens ces valeurs d’entraide, de solidarité, qui existent entre les ouvriers du bois ».

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David Linarès – Numéro 39

Entre Saône et Rhône, David Linarès rencontre également sa future épouse : « nous nous sommes connus au lycée et nous ne nous sommes plus quittés. J’ai la chance d’avoir quelqu’un qui me comprend » et qui deviendra la mère de leurs deux enfants, Maeva et Noa. « Ils sont le vrai pilier dans sa vie, poursuit son aînée. Sa famille lui apporte de la stabilité, je le dis sans prétention. »

« Ma grande sœur Lydia est aussi importante pour moi, confirme David, elle fait partie de mon équilibre. Sa gentillesse et son soutien me tranquillisent beaucoup dans les moments difficiles ».

Après la capitale des Gaules, le Jurassien a poursuivi sa carrière à Troyes (Aube) notamment, avant de poser ses valises de manière définitive à Dijon, en 2005. Et quand il arrête sa carrière de joueur en 2010, à l’âge de 35 ans, il bascule progressivement vers le métier d’entraîneur. Encore joueur professionnel, il a pu passer certains diplômes, notamment le brevet d’entraîneur formateur de football, « un diplôme très important pour moi, car il m’a permis de basculer dans le métier et comprendre les exigences fédérales », dit-il.

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David Linarès – Numéro 39

David Linarès raccroche les crampons en 2010 après quatre belles saisons en Ligue 2. « Quand j’ai arrêté, je crois que j’avais une bonne image auprès du président [Olivier Delcourt, N.D.L.R.]. Il m’a proposé de basculer vers le métier d’éducateur. J’ai commencé par l’équipe féminine pendant deux ans. Ce fut une remise en question, ce n’est pas le même jeu. Ensuite, je me suis occupé de l’équipe C. Après l’équipe de N3, je suis ensuite devenu entraîneur-adjoint de l’équipe 1. » En 2020, il en prend les commandes. « Il y a eu des concours de circonstances, mais j’ai un parcours linéaire, ce qui m’a permis de suivre la carrière des joueurs que j’entraîne aujourd’hui », explique-t-il.

Joueur puis entraîneur du club de Dijon

« On recrute ensemble, on travaille ensemble, on a mis un nouveau système à 4, comme avant, il n’y a pas de raison que ça ne fonctionne pas. À sa place, il y en a plus d’un qui serait parti, c’est un compétiteur. Il va relever le défi [c’est-à-dire remonter en Ligue 1, N.D.L.R.], assure Olivier Delcourt chez nos confrères de France 3. La pression est pour tout le monde, le coach, les joueurs et les dirigeants. »

« Quand je suis venu à Dijon en 2020 pour entraîner les gardiens, c’est en partie pour David, explique Grégory Coupet, ex-footballeur international français qui a porté les couleurs de l’AS Saint-Étienne, de l’OL, de l’Atlético Madrid et du PSG. La dimension humaine du projet du DFCO me plaît. Cette saison, le fait que David ait dirigé l’équipe tout en passant son diplôme d’entraîneur [en fait, le Brevet d’entraîneur professionnel de football (BEPF), le plus haut diplôme français en la matière, N.D.L.R.] – un diplôme difficile – a suscité l’admiration du staff et des joueurs, il m’a impressionné ».

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David Linarès
(au centre),
entouré de Grégory Coupet
et Jérôme Monier – Numéro 39

C’est que, ajoute Maryline Linarès, « il ne fait rien à moitié. L’année qu’il vient de passer n’a pas été simple ».

En fait, le Jurassien s’inscrit dans le long terme. « Il a une vraie intelligence du poste, il défend ses joueurs tout en arrivant à faire passer ses messages sans monter la voix, je crois qu’il a pris cela de Jacques Santini, notre entraîneur à Lyon. Mais j’ai un message à leur faire passer : David n’est pas qu’un gentil, il a du caractère. Et quand il commence à hausser le ton, c’est qu’il est déjà trop tard », poursuit l’ancien gardien de l’équipe de France.

Arlay, sa bouffée d’oxygène

Humilité, goût de l’effort, esprit collectif. David Linarès accorde de l’importante à la cohésion de groupe, à la force que peut avoir le sport dans le lien humain. « La base de mon métier, ce sont les relations humaines, il n’existe pas beaucoup de jobs qui procurent autant d’émotions. Je mesure la chance que j’ai de vivre dans cet environnement. Les années de formation difficiles me donnent aujourd’hui les diplômes nécessaires pour continuer à m’épanouir dans ce milieu, le plus longtemps possible j’espère ».

Ces derniers mois, il a eu moins d’occasions de venir dans le Jura. « Il est passé rapidement la semaine dernière », glisse sa sœur. Mais sa terre d’enfance reste importante. « Il est très fier de son village. Il a l’habitude d’offrir du vin de paille à ceux qui ne connaissent pas. Quand il est à Arlay, il m’envoie par téléphone des photos de la rivière [la Seille, N.D.L.R.] où il pêche », confie Grégory Coupet.

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David Linarès et son équipe – Numéro 39

Depuis peu, David Linarès s’est mis au vélo et explore les bois du côté de Quintigny, Lavigny ou Pannessières. « Même si le collectif a toujours été son truc, il pratique depuis peu ce sport où l’on est seul face à soi, et il ne peut pas s’empêcher de se fixer des objectifs », constate, en souriant, sa sœur. « Il sait d’où il vient, il a gravi les échelons tranquillement et il a la faculté de s’améliorer tout le temps », ajoute-t-elle.

« C’est ma bouffée d’oxygène. Dès que je peux, je viens dans le Jura, je retrouve des personnes qui me connaissent depuis toujours. Je redeviens le fils de, ou le frère de, un gars d’Arlay. Cela fait partie de mon sas de décompression. Je suis parti tôt de la maison, mais ce n’est pas un handicap. Pour revenir, il faut partir tôt ». 

Perrine Campanini, amazone et femme d’affaires

By |2026-05-26T10:08:45+01:005 juillet 2021|Les Jurassiens|

La petite brunette de Martigna passait son enfance à cheval. Aujourd’hui, Perrine Campanini est championne internationale de courses équestres d’endurance sous les couleurs de l’Italie et propriétaire d’un haras d’une trentaine de chevaux de course.

 

Les cheveux noirs tombent en frange sur le front, dégringolent sur les épaules. Tout de noir vêtue, le regard italien, sombre, perçant. Long nez droit, bouche fine, visage étroit à la Modigliani, menton volontaire. Mi-parcours entre le top-modèle et la danseuse. Pas vraiment l’idée que l’on peut se faire de la cavalière. Comment dire, trop aérienne…

Et puis, il y a le sourire, généreux et le rire haut perché, sans faux-semblants. Martigna, son petit village natal perché entre vallées de la Bienne et de l’Ain – il s’offre dès lors le toupet d’embrasser un panorama sur le Crêt de la Neige et le Colomby de Gex –, semble loin tout à coup. Perrine Campanini reste pourtant la petite fille du pays. En même temps, elle est si lointaine… Peut-être la distance de ceux qui ont bourlingué et s’étonnent presque de voir leur terre natale si belle, si enchanteresse.

« Ici, c’est un endroit unique. Depuis chez moi je contemple un paysage de fou et je prends un bol d’air chaque fois que je reviens. C’est un endroit entre la terre et l’eau, entre les montagnes où je grimpe parce que j’aime voir loin, et le lac de Vouglans qui m’apaise. Je ne pourrais pas vivre sans revenir régulièrement. Mais ce cadre oblige à rester humble et rester humble, c’est ce qui permet d’arriver au plus haut niveau. » Alors, parlons de ce haut niveau… Le nom Campanini est intimement lié aux courses internationales d’endurance à cheval. Rien à voir avec le tiercé, le trot ou le galop, ou même le saut d’obstacles. L’endurance est l’une des sept disciplines équestres mondiales agréées par la fédération internationale. C’est un marathon, une course de fond pratiquée à cheval en pleine nature sur une longue distance, des épreuves étalonnées entre 20 et 160 km à faire par étapes en un jour sur des terrains variés, une compétition chronométrée à réaliser le plus rapidement possible tout en conservant une monture en parfait état. Des contrôles vétérinaires obligatoires sont effectués tout au long du parcours et, si le cheval ne paraît pas en bonne santé, il est disqualifié.

Les galops d’essai

L’effort de l’animal doit donc être maîtrisé. On touche ici à l’ADN de la Jurassienne qui n’est pas simplement une cavalière, mais aussi – et peut être avant tout – une spécialiste équine : « Chaque cheval est un athlète de haut niveau, mais il a son caractère, ses faiblesses. Il faut le sentir, faire corps avec lui, le comprendre. Voilà pourquoi, depuis que je monte à cheval, j’ai accumulé les expériences et les formations dans tous les domaines liés au cheval… Et je continue. »

Parlons un peu palmarès… Mais avant, donnons la parole à Mathilde, de six ans la cadette de Perrine, elle aussi cavalière émérite, sans avoir voulu revêtir un dossard : « Ma sœur est une battante, c’est peu de dire qu’elle a du caractère, mais, si elle est exigeante, ce ne sera jamais au détriment du cheval, elle est trop respectueuse pour cela. Elle veut sans cesse apprendre pour tout maîtriser et ses efforts payent. »

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Perrine Campanini – Numéro 39

Et c’est vrai. Depuis ses débuts au niveau international, en 2011, Perrine Campanini a constitué toute une collection de trophées parmi lesquels le titre de championne de France des chevaux de quatre ans en 2020, vice-championne d’Europe d’endurance à Bruxelles par équipes, 9e en individuel en 2017, une participation aux Jeux équestres mondiaux en 2018 et des résultats dans d’innombrables compétitions. Pourtant, l’essentiel n’est pas dans cette litanie de succès, mais plutôt dans la lente conversion de la sportive en femme d’affaires. C’est une histoire rocambolesque qui nous ramène au milieu des années cinquante.

Avec sa femme calabraise, son grand-père, Bergamote, atterrit à Saint-Claude pour trouver du travail comme des milliers d’autres Italiens. Une génération plus tard, François Campanini épouse sa mère Catherine Lacroix, conseillère en banque. Puis naissent Perrine et Mathilde. Détail à retenir, les deux filles ont la double nationalité franco-italienne. S’ensuivent les années d’enfance à Martigna où habite la famille. Perrine jongle entre le piano, le judo, le handball et l’équitation qu’elle débute à l’âge de huit ans à la ferme équestre de Massiat (Ain) où elle passe ses premiers galops (échelons) avant de poursuivre chez Marielle Maradan (qui vient de nous quitter) à Écrille, où elle se forme au galop d’obstacles. Elle achève sa formation au centre équestre de Doucier : « Vers dix-huit ans, j’avais toutes les bases… » Tout commence donc vraiment avec Occitania, la jument pur-sang arabe que lui offre la famille pour sa majorité. Elle ira la choisir elle-même dans un haras à Uzès, sur les conseils de son amie Audrey Acquistapace : « C’était un très beau cadeau, la jument coûtait cher. Ensemble, on a fait des stages pour les jeunes à Brazey-en-Plaine (21) avec Jean-Louis Leclerc, ancien manager de l’équipe de France, et j’ai débuté la compétition. C’est elle qui m’a fait connaître dans le milieu de l’endurance. » Mais pas question pour autant de tout miser sur le même cheval… La Jurassienne passe un BTS en gestion touristique : « J’ai toujours su que je voulais être dans les chevaux, sans savoir quand exactement… »

À vingt-deux ans, cap sur Aix-en-Provence (13) à la célèbre écurie JPF, membre de l’équipe de France, où elle décroche un emploi de six mois après avoir pris elle-même le téléphone pour vendre ses mérites : « Jean-Philippe Francès a toujours un coup d’avance, je me suis formée sur les jeunes chevaux. J’ai travaillé la cadence et l’entraînement au galop sur piste. Je suis restée deux ans dans le sud dans une autre écurie d’endurance, des chevaux m’ont été confiés et c’est à cette époque que j’ai attaqué le haut niveau. »

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Perrine Campanini – Numéro 39

Championne et chef d’entreprise

Mais l’idylle nouée sur place prend fin… Retour dans le Jura, travail à l’écurie de Louvarel et bouchées doubles pour se perfectionner en endurance, notamment avec Franck Laousse et Audrey Acquistapace, entraîneurs de chevaux des Émirats arabes unis. Et, en 2016, c’est le grand saut : elle se met à son compte et lance l’écurie Perrine Campanini : « Mes deux juments, Occitania Larzac et Sati de l’Étoile, qui ont eu des prix à l’international, ont constitué ma base de poulinières. J’entraîne, élève et valorise les jeunes chevaux de quatre ans et plus que je commercialise, j’en ai une trentaine aujourd’hui. »

2016, une année particulière puisque la Thaïlande lui demande de devenir l’entraîneuse de son équipe nationale. Un job qu’elle exerce trois ans avec de nombreux succès. Mais ce n’est pas tout : la petite Franco-italienne décide, en 2017, de changer de licence et de concourir sous les couleurs de la fédération transalpine. Elle passe les présélections et décroche des podiums, notamment avec Silmar et sa jument Véga du Clos qu’elle a trouvée… sur le Bon Coin [lire par ailleurs] : « J’ai préféré courir en professionnel pour l’Italie et garder la France pour les épreuves amateur avec des jeunes chevaux. Je trouve l’approche italienne plus conforme à ma vision de la compétition. »

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Depuis, les concours se sont enchaînés avec des surprises douteuses comme aux Jeux Équestres Mondiaux de 2018 à Tryon, en Caroline du Nord, où elle a préféré abandonner tant l’organisation était défaillante. C’était avant que l’épreuve ne soit finalement annulée. Mais aussi des bonnes comme l’invitation à la plus grande course des Émirats arabes unis : la Sheikh Mohammed bin Rashid Al Maktoum Endurance Cup, à Dubaï, en janvier 2018.

Le pari des courses de plat

Et maintenant ? Perrine Campanini a un objectif : participer à un championnat du monde ainsi qu’aux plus grosses compétitions étrangères et, en parallèle, améliorer la qualité de l’élevage en ayant une base de poulinières ayant performé parmi l’élite mondiale.

Tout est dit ou presque : élever et aguerrir les chevaux des autres, faire naître, entraîner et vendre ses propres animaux. Et parcourir le monde. Faire des rencontres. Mettre ses champions dans les avions. Veiller sur eux. Prospérer… Le viatique d’une chef d’entreprise jeune, moderne, entêtée que les fractures et les chutes n’arrêtent pas, qui n’a de cesse d’apprendre encore et encore, mais qui garde la tête sur les épaules : « La Covid m’a permis de réfléchir, les compétitions se sont arrêtées d’un coup, l’argent n’est plus rentré. J’ai refait du marketing pour passer le cap. Maintenant, il faut rebondir. Avec mon compagnon, on s’est demandé ce qu’on allait faire si la crise sanitaire persistait et on a décidé de reprendre un haras de chevaux de course de plat. Ceux qui ne seront pas bons en plat, on les fera courir en endurance. »

Aujourd’hui, l’entreprise Perrine Campanini a un pied dans le Sud-Ouest et un autre à Martigna. La fille du pays aurait bien aimé trouver une vingtaine d’hectares au milieu de ses montagnes pour y installer ses chevaux, mais impossible. Du coup, elle a porté son regard ailleurs. Pour l’instant, elle s’interroge plutôt sur elle : « Ces derniers temps, j’ai beaucoup pensé à ma carrière. À terme, je veux continuer le sport, mais aussi superviser et coacher les jeunes cavaliers prometteurs. Mais j’ai aussi une vie privée et le temps passe. Il faut que je m’affole. Penser à avoir des enfants… » 

Isabelle Langlois, la petite fille qui voulait créer des bijoux de princesse

By |2026-05-26T13:40:29+01:004 juillet 2021|Les grands entretiens|

Elle est aujourd’hui une référence mondiale de la joaillerie. Ses bijoux colorés et sensuels  sont inspirés des fleurs et des papillons qu’elle dessinait dans son enfance du côté des Moussières et de Lélex. Mais l’itinéraire d’Isabelle Langlois raconte aussi l’histoire du bijou tout au long du XXe siècle. Passionnant.

 

Numéro 39 – Vos collections de bijoux sont vendues dans vingt-cinq pays. Vous avez une boutique rue de la Paix à Paris et vous travaillez avec les plus grands noms de la joaillerie. Quelle est la « patte » Langlois ?

ISABELLE LANGLOIS – Les couleurs. J’ai la chance de pouvoir travailler sur une gamme de 70 000 gemmes, toutes classées. Les bijoux que je dessine sont joyeux, je fais des bijoux de princesse, comme quand on est gamine et qu’on rêve devant les perles. J’essaie de leur faire exprimer la joie de vivre, la féminité. Je veux qu’ils soient glamours. Mais ce sont également des joyaux colorés, précieux, chers qui donnent à ceux qui les possèdent le sentiment de posséder un trésor.

N’est-ce pas aussi l’expression d’un travail familial ?

Mes frères sont lapidaires, je dessine les modèles et ils taillent les pierres, l’un dans son atelier à quelques centaines de mètres de ma boutique, à Paris. Il a trente ans de métier derrière lui. L’autre est à Bangkok (Thaïlande). Ce sont des gens qui savent ce qu’est un bijou bien fait.

Vous savez, les pierres ne sont plus guère travaillées en France, beaucoup sont façonnées en Asie.

Comme eux, vous êtes née avec des pierres dans les mains…

C’est à peu près cela. Je suis Jurassienne par ma mère qui vient d’une famille où l’on a toujours taillé des pierres. Ils sont passés d’un hameau à côté de Chézery (Ain) à Lélex (Ain) en passant par Les Moussières (Jura) . Six siècles pour faire cinq kilomètres… L’histoire raconte que la taille des pierres remonte à Calvin. La Réforme interdisait les signes de richesses. Alors les lapidaires catholiques de Suisse ont traversé les montagnes pour s’installer à l’abri dans les montagnes du Jura. Ils auraient rencontré les moines de l’abbaye de Saint-Claude qui, eux, travaillaient le buis. Mais n’oublions pas que chez les lapidaires, le buis est la matière du bâton sur lequel on colle la pierre. Quant à mon père, Daniel Piat, il est Lyonnais, mais amoureux du Jura et du métier par sa femme.

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Isabelle Langlois – Numéro 39

Mais votre histoire à vous débute avec votre grand-père René Grospiron ?

Oui, je lui dois beaucoup. Il a appris la taille de la pierre à Lélex. À l’époque, celle-ci se pratiquait dans toutes les fermes. Il s’est formé à l’âge de 14 ans et il est devenu par la suite meilleur ouvrier de France, il a même présidé le jury des MOF, section « lapidaire ». Sa famille vivait dans la vallée de la Valserine et avait ouvert un duty free où, jusqu’en 1926, on vendait même des machines à coudre. À l’âge de vingt-et-un ans, il a touché son héritage, est monté à Paris et a ouvert une entreprise de négoce de pierres fines. La crise de 1929 l’a laissé sur la paille, mais il a rebondi et a créé en 1931 une autre société où l’on procédait aussi à de la taille. En vingt ans, dans les années soixante-dix, celle-ci comptait parmi les vingt plus importantes d’Europe. Il avait comme clients Van Cleef & Arpels, Cartier, Chaumet… Il a pris des risques et s’est développé.

Vous avez vu le jour à Paris, mais vous auriez pu naître en Amérique du Sud ?

Oui parce que la fille de René Grospiron – ma mère, Denise, donc – s’est amourachée d’un Lyonnais vendeur de vélos, ils voulaient partir tous les deux au Brésil. Mais mon grand-père n’a pas voulu. Il a alors dit à son gendre de venir travailler avec lui. C’est ainsi que mon père, Daniel Piat, a commencé une vie incroyable. Une vie de roman… Des années soixante aux années quatre-vingt, il a été chasseur de pierres précieuses. J’ai grandi bercée de ses aventures dans les mines, des dangers qu’il a connus. Lors de cette enfance, toutes les vacances, on les passait à Lélex. Toute petite, je jouais dans les graviers avec des petites pierres de couleur…

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Isabelle Langlois – Numéro 39

Et l’impératrice Farah Diba, telle une fée dans un conte des frères Grimm, s’est penchée sur votre histoire ?

Cette anecdote secrète explique beaucoup de choses dans ma vie. La couronne du sacre de Farah Diba comme impératrice d’Iran a été commandée à la maison Van Cleef, mais une loi promulguée par le shah lui-même, son époux, a interdit de sortir la moindre pierre du coffre de la banque centrale. La couronne a bien été fabriquée, sertie dans les coffres de la banque d’État, mais c’est une copie qui a été utilisée pour la cérémonie. Personne n’en a rien su.

En fait, celle-ci a été conçue à partir de pierres en verre que possédait ma grand-mère dans un coffre et c’est avec celles-ci que je jouais quand il pleuvait pendant les vacances. Je faisais des assemblages de toutes les couleurs. De là vient peut-être chez moi l’envie de créer des bijoux pour les petites filles qui rêvent de devenir princesse… En tout cas, à douze ans, je savais que je ferai ce métier.

Un métier qui, à vos débuts, ne laissait guère de place aux femmes ?

La joaillerie était un métier d’hommes, mais les femmes jouaient un rôle important. Personnellement, j’adorais le dessin, mais j’ai fait des études de commerce. Tous mes stages, je les faisais dans des maisons du « métier », notamment chez Vassort, un atelier de très haute joaillerie dont la fille Catherine a épousé mon oncle. Je rêvais de travailler chez elle, c’était une maison d’excellence et tout ce qui touchait aux bijoux passait alors par Paris. Mais mes oncles ont refusé parce que c’était une de leurs clientes. Du coup, j’ai travaillé pour le magazine Vogue comme directrice du développement jusqu’au jour où elle m’a dit de la rejoindre, elle est passée outre la décision de son mari. J’y suis restée cinq ans.

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Isabelle Langlois – Numéro 39

C’était la belle époque du bijou ?

Grâce aux pays arabes. On n’arrivait pas à répondre à leur demande au fur et à mesure, on fabriquait des diadèmes, des parures… Les bijoux font partie de leur culture. Au départ, ils avaient leurs propres goûts, mais ils ont vite élargi leur horizon. Avec de l’argent, on a vite bon goût ! C’était l’époque du faste. J’apprenais tous les jours, je découvrais le dessin, la joaillerie… C’était une concentration d’excellence, tout était grisant. J’étais commerciale, j’avais pour client Hermès, Van Cleef, Perrin, Puiforcat… Il y avait un côté entre-soi, mais il fallait de l’intuition, de l’envie aussi. Et puis, à la fin des années quatre-vingt, tout s’est renversé. La crise est arrivée, les acheteurs arabes se sont diversifiés. L’entreprise de ma tante n’allait pas bien et j’ai décidé de partir parce que jamais elle ne m’aurait licenciée. Dans l’univers du bijou, tout peut aller très vite…

Une crise générale peut aussi représenter une opportunité. Cela n’a-t-il pas été le cas pour vous ?

Tout dépend, j’aurais pu rejoindre un autre atelier, mais je ne voulais pas retrouver un emploi dans une maison de la place, je suis allée deux ans chez Vogue, jusqu’en 1990, et c’est à ce moment-là que j’ai décidé de monter ma première entreprise.

Sur un coup de tête ?

J’étais souvent invitée à des soirées chez des gens où des bijoux étaient vendus en fraude, je me suis dit que je pouvais en commercialiser légalement avec des bijoux que je créerais… Seulement, aller chez des particuliers vendre sa propre collection, c’est difficile car justement on n’est pas chez soi. Je l’ai tout de même fait pendant deux ans et, un jour, on m’a proposé un job chez Pranda dans le plus grand atelier au monde, une entreprise thaïlandaise. Je suis devenue responsable du stylisme, du dessin et de l’analyse marketing. Cela a duré pendant cinq ans. J’ai été présente à tous les salons, rencontré beaucoup de gens et appris de nouvelles choses. J’étais bien, ma chef était une femme top !

Mais la suite de votre carrière vous a conduit à retrouver votre famille ?

Oui, avec mon frère. Nous avons à l’époque une quarantaine d’années et on s’est lancé. En 1999, j’ai monté mon entreprise telle qu’elle est aujourd’hui, je dessinais les bijoux, choisissais les pierres ; il les taillait.

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Isabelle Langlois – Numéro 39

Mais avec un concept très personnel…

J’ai voulu faire de la joaillerie accessible aux femmes qui vont dans des boutiques classiques. Il a fallu convaincre les joailliers qu’ils avaient dans leur clientèle des femmes qui voulaient des choses différentes avec des prix basés sur le prix des vêtements de chez Kenzo. Ils ont finalement cru en moi et j’ai fait des salons où j’amenais mes propres meubles. On ne ressemblait à personne avec un côté traditionnel et chaleureux. Cela a bien marché. Je concevais des bijoux de toutes sortes avec beaucoup de couleurs sans avoir de boutique, mais la crise de 2007 est arrivée…

Encore une fois. Comment l’avez-vous affrontée ?

Des Indiens ont racheté beaucoup d’entreprises et le bijou diamant est devenu courant et pas cher. J’avais des émeraudes, des saphirs, des rubis, des pierres fines. J’ai décidé d’avoir ma propre boutique rue de la Paix. Je l’ai eu en 2010, les locaux étaient vides à cause de la crise. Je les ai loués pas cher, j’ai aménagé avec rien. Je voulais développer le be to be avec la volonté de monter une marque tout en autofinancement. Il fallait vraiment y croire, mais j’avais une niche de bijoux colorés à une époque dominée encore par le tout diamant. Depuis lors, je ne cesse de creuser mon sillon. Les autres sont morts, pas moi. Je me suis peut-être développée plus lentement que les autres, mais je suis toujours là.

Et votre secret pour durer, quel est-il ?

Je me positionne dans le faste, le non raisonnable. Et puis j’ai toujours voulu rencontrer les vendeuses, elles sont en contact avec leurs clientes, elles savent ce que celles-ci recherchent. C’est important de les écouter. La première question à leur poser, c’est savoir les couleurs qu’elles portent, ce qu’elles aiment. Je ne m’intéresse pas aux vibrations, mais un cristal, c’est une quantité d’énergie qui a décidé de se concentrer pour des raisons magiques. C’est grisant… Je suis moins attirée par le diamant. Un gros solitaire, c’est un carnet de chèques sur la main, c’est l’anti-bijou. Moi, ma pierre préférée, c’est le saphir padparadscha, rose et orange à la fois. Il me met en joie, j’adore aussi le violet. Ce sont les couleurs d’Yves Saint Laurent. Chaque femme est différente… Quant aux hommes, ils n’ont pas de bijoux, je vais commencer à dessiner des bracelets, des bagues car, dans tous les pays, ils portent des bijoux, sauf en France.

Un nouveau challenge. Justement, quels sont vos projets ?

Mon métier m’a donné la chance d’avoir une vie où le monde est mon terrain de jeu. Il m’a rendue joyeuse, ma vie m’enchante, je suis très gâtée, mais je n’ai pas laissé passer ma chance. Ma prochaine étape est de trouver un partenaire qui a les épaules larges car j’ai des clients dans le monde entier et il existe un énorme potentiel de développement dans le bijou. Je me vois bien faire ce métier encore dix ans et si, par malheur, ma boutique devait chuter, alors je pourrais toujours devenir conseillère en couleurs. 

Sabine Grenard, porte-voix d’une tragédie

By |2026-05-26T10:09:23+01:004 juillet 2021|Les Jurassiens|

Regard clair, posé, Sabine Grenard a vu sa vie basculer un jour de septembre 2015 quand elle a fait le choix de s’engager avec l’ONG SOS Méditerranée en offrant son expérience acquise pendant quinze ans dans le milieu artistique.

 

Bénévole des premières heures, cette Sanclaudienne issue de la tradition pipière, a aujourd’hui la responsabilité de l’événementiel à SOS Méditerranée au siège à Marseille. Pour faire court, Sabine Grenard a la charge de faire connaître l’association et de trouver des fonds pour financer les opérations de sauvetage en Méditerranée centrale. Pas simple par les temps qui courent.

C’est en 2014, grâce à un copain de lycée du temps où elle était interne à Dole, que la jeune femme fait la connaissance de Sophie Beau, l’inspiratrice de SOS Méditerranée en France. En septembre, elle franchit le pas : « Je n’étais ni marin, ni humanitaire, mais une professionnelle de la culture avec l’évidence de devoir m’engager avec eux. Je leur ai proposé de mettre à disposition mon réseau et mon savoir-faire. C’était un acte citoyen. Face aux milliers de naufragés et à l’absence de réponse des États qui ont la responsabilité de les secourir, le projet de SOS Méditerranée était terriblement concret : se mobiliser pour financer un bateau citoyen et sauver des vies en mer. »

Je n’étais pas marin, pas humanitaire…

Les médias vont faire le reste, personne n’a oublié le corps d’Aylan, cet enfant retrouvé mort le 2 septembre 2015 sur une plage turque, ballotté par les vagues : « Tout est parti très fort et très vite, surtout à Marseille où de nombreux bénévoles nous ont rejoints. Dès septembre, une campagne de financement participatif a été lancée et, en 45 jours, l’association a reçu 275 000 € de dons ». De là, l’espoir d’affréter un bateau de sauvetage se concrétise. Klaus Vogel, cofondateur de SOS Méditerranée en Allemagne, en déniche un répondant aux contraintes d’intervention. L’Aquarius entre dans le port de Marseille le 17 février 2016 pour accueillir les équipes et lancer la première campagne de sauvetage. Amarrée devant le Mucem, le Musée des civilisations d’Europe et de Méditerranée, une journée publique est organisée le 20 février et 1 300 visiteurs se pressent pour découvrir ce navire qui deviendra, malgré lui, le symbole de la crise de la politique migratoire européenne.

À l’époque, Sabine Grenard a encore un pied dans le Jura. Après quinze années passées à programmer des spectacles et des tournées, elle sature un peu et, bien sûr, c’est à Saint-Claude qu’elle revient : « Mon frère a repris l’entreprise familiale et a déménagé l’ancienne usine dans un bâtiment moderne où il a voulu créer un espace d’exposition autour de la pipe de bruyère et de son savoir-faire. Il m’a proposé de me charger de la gestion de ce petit musée et magasin d’usine pour son ouverture en mai 2016. Parallèlement, j’animais bénévolement le pôle événementiel de l’association depuis le Jura en programmant des concerts de soutien, des présences dans des festivals, des projections-débats… En décembre, j’ai reçu un coup de fil de Sophie Beau pour me proposer de rejoindre la petite équipe de salariés au poste de responsable de l’événementiel. Je n’ai pas hésité. »

Sauver, protéger, témoigner

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Sabine Grenard – Numéro 39

Ce sont des mois d’effervescence. SOS Méditerranée est littéralement portée par la vague de compassion née dans l’opinion publique, d’autant que l’Aquarius commence ses missions et sauve des milliers de vies. Au fil des mois, les médias multiplient les reportages et l’association reçoit plusieurs distinctions internationales. Mais les ONG de sauvetage en mer inquiètent les autorités européennes. Le bateau est très visible, trop visible pour certains.

À terre, Sabine Grenard est au four et au moulin pour témoigner de l’urgence de la situation : festival de films en partenariat avec la Fondation Abbé Pierre, expositions photo, concerts de soutien, formation des bénévoles… Chaque année, elle organise de grands événements avec des lieux partenaires comme le théâtre La Criée et le Mucem à Marseille, l’Odéon et l’IMA à Paris, etc. : « L’objectif, c’est de relancer l’appel à mobilisation, de donner la parole à ceux qui font SOS Méditerranée et, bien sûr, de trouver des fonds. Plus de 90 % de notre financement provient de dons privés et chaque jour en mer coûte 14 000 €. Notre rôle est d’imaginer sans cesse de nouveaux projets pour sensibiliser de nouveaux publics, d’où la multiplication de partenariats et des actions avec des personnalités des milieux du sport, de la culture, de la recherche, de l’économie… »

Ourida Yaker, productrice de spectacles et amie de longue date, dit d’elle qu’elle fait tout avec passion : « C’est quelqu’un de très entier, mais qui sait garder du recul en toute chose. Elle a un côté rock’n’roll et un autre très pragmatique, c’est quelqu’un d’intègre qui ne craint pas la difficulté. » Heureusement, parce qu’en six ans, la Jurassienne a en a vu de toutes les couleurs… Depuis les larmes de joie en voyant l’Aquarius entrer dans le port de Marseille pour la première fois jusqu’à l’attaque en 2019 des bureaux de l’association par un commando de Génération identitaire, en passant par l’accusation par les politiques de collusion avec les passeurs, la grande manifestation la « vague orange » dans soixante-dix villes d’Europe pour demander un pavillon à l’Aquarius : « Une expérience comme celle-là vous plonge au fond des choses. On ne peut pas rester à la surface, on touche à des sujets d’une très grande violence. Il faut vivre au quotidien avec des enjeux humains d’une fragilité inouïe pour les rescapés, comme pour nos équipes à bord. Les choses évoluent sans cesse, les crises se succèdent, il faut sans arrêt s’adapter. »

De ce côté-là, Sabine Grenard a été servie avec, en prime, l’arrivée de la Covid-19 en mars 2020 qui est venue bouleverser la donne : « La pandémie a des conséquences sur notre organisation, nous avons dû déployer un nouveau protocole sanitaire à bord et, pour chaque rotation, les équipes doivent subir une quarantaine avant d’embarquer et de débarquer. Le temps d’intervention sur la zone de sauvetage est, de fait, réduit. L’incidence est également importante sur la mobilisation citoyenne. En 2020, nous avons dû annuler ou reporter quasiment tous les événements qui devaient célébrer les cinq ans de notre combat. »

Mais pas question pour autant de changer de job : « J’ai appris énormément, vécu beaucoup de grandes émotions. Je suis obligée d’être optimiste quand je vois le travail considérable de nos équipes et de nos bénévoles à terre. J’ai appris à être moins fragile peut-être. Notre rôle est de sauver, de protéger et de témoigner. Nous n’attendons qu’une chose, que les États prennent leurs responsabilités pour mettre en place des opérations de sauvetage à la hauteur de l’urgence de la situation afin que notre mission ne soit plus nécessaire. » 

Mathilde Auvillain, du Vatican à l’Aquarius

By |2026-05-26T10:39:35+01:002 juillet 2021|Les Jurassiens|

Il est des itinéraires de vie étranges. Celui de Mathilde commence dans la ferme familiale de Saint-Maur, petit village perché au-dessus de Lons et se termine une quinzaine d’années plus tard, dans le village de Macornay, plus bas au pied du Revermont. À peine la distance d’une balade à pied. Et pourtant…

 

Il y a eu Londres, Bruxelles, Paris, Rome, Catane et surtout l’Aquarius, le bateau mythique de SOS Méditerranée… Autant d’escales qui ont jalonné la vie de Mathilde Auvillain, Jurassienne aux rêves de grand journalisme, de voyages et de rencontres.

Elle est là, assise sur le canapé, presque étonnée… On la croirait sage, mais peut-on parler véritablement de sagesse ? Plutôt de sagacité. À 38 ans, elle n’a rien d’une baroudeuse, on ne l’imagine pas sac au pied, toujours partante pour le scoop. Plutôt l’inverse. On perçoit une réserve, une pudeur, une recherche du mot juste. Du parler vrai : « journaliste, c’est un état d’esprit, une façon de regarder les choses, de voir plus loin. En ce sens, je reste journaliste, mais je ne vois pas où je pourrais désormais exercer ma profession pour que je m’épanouisse. J’ai un peu bifurqué. J’ai voulu passer à l’action, je me suis tournée davantage vers la communication pour des ONG. Quand on a fait ce choix, je crois qu’il est difficile de revenir en arrière. Je suis passée de l’autre côté. »

Et pourtant, le journalisme, c’était son rêve. Elle a tout donné pour en faire son métier au plus haut niveau, ou presque. C’est d’ailleurs sur le chemin sinueux des hauts diplômes qu’elle a pris pour la première fois conscience de son ancrage rural : « Mes parents ont repris une ferme laitière à Saint-Maur, on habitait au-dessus de l’école, j’ai grandi au milieu des bottes de foin carrées, des petits veaux. Je n’ai jamais vécu en ville, on était des ruraux, des crotteux et c’était dur à porter quand il a fallu choisir ma vie. Mon père est devenu journaliste à Voix du Jura, je le suivais, je voyais les clavistes, j’étais presque en stage et, en seconde, j’ai voulu en faire mon métier, mais pas pour lui faire plaisir. Je voulais faire les grandes écoles, mais il faut passer des concours et entrer en compétition avec des urbains préparés sociologiquement. Quand j’ai préparé khâgne à Dijon, j’ai compris que ce système très élitiste était réservé à une certaine partie de la population. »

L’Aquarius, un symbole

Laissons de côté les dix années de journalisme pour le bateau orange de SOS Méditerranée, symbole de l’aide aux migrants. La rencontre a lieu à l’automne 2016. C’est un choc alors que Mathilde Auvillain a décidé de se poser quelque temps en Sicile après de sinueuses pérégrinations médiatiques. À ce moment-là, dans sa tête, est-elle encore journaliste ? Sans doute pas. En pleine réflexion, elle vient de coécrire un premier livre, Visages de la crise, une série de portraits d’Européens du Sud, « pauvres et fainéants. » Elle a vécu Lampédusa, le déshonneur de l’Union européenne qui abandonne les migrants à leur sort. Elle ne veut plus regarder, elle veut agir : « J’ai décroché un CDD de chargée de communication. Mon rôle était de faire en sorte que tout ce qui se passait à bord et avec l’Aquarius soit dit à l’extérieur. Plus qu’un job, c’était un engagement où je pouvais mettre au service de ces gens tout ce que je savais faire après dix ans d’expérience à Rome et dans les médias internationaux. »

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Mathilde Auvillain – Anthony Jean/SOS Méditerranée

La première mission dure six mois. Des centaines de vies sauvées, mais des morts aussi. Beaucoup de morts. Une aventure humaine qu’elle fera connaître au monde entier. Après cet épisode, alors qu’elle s’apprête à rentrer en France, l’association lui propose un emploi en CDI. Évidemment, elle accepte : « C’était artisanal, une équipe de cinq ou six personnes liées par des valeurs très simples, mais l’Aquarius avait atteint un tel degré de visibilité qu’on a commencé à être instrumentalisés. J’ai pu voir le cynisme de la politique, des médias, des ONG et du public. En juin 2018, Matteo Salvini, alors Premier ministre italien, a fermé les ports, l’Aquarius a été détourné sur Valence par des bateaux militaires. J’étais à saturation, j’habitais la Sicile et j’ai pu voir monter la bête noire du racisme, de la xénophobie, de l’extrême droite. »

Être là où ça se passe

2018, année très forte. À Agrigente, Mathilde Auvillain donne naissance à la petite Nuhr. Avec son mari Hassan, elle revient alors dans le Jura : « Ma famille, c’est ici. C’est stable, j’y ai mes racines. » Mais quelques mois plus tard, Médecins Sans Frontières la contacte pour une mission de six mois à Tunis pour gérer la communication de la mission humanitaire auprès des migrants enfermés dans les centres de détention en Libye.

Démission de SOS Méditerranée et départ avec un bébé de six mois. La jeune mère y reste presque un an : « Ce n’était pas aussi simple que je le pensais, je n’ai pas pu aller en Libye et quand j’ai été sur le point d’obtenir un visa, il y a eu la pandémie. Je suis restée confinée à Tunis, Hassan était à Marseille. On a pu rentrer en France en juin 2020 et on s’est posés dans une petite maison à Macornay. »

Et avant ? Retour sur une belle expérience journalistique. Mathilde Auvillain a échoué aux concours de Sciences Po, mais son rêve est intact : devenir correspondante pour France Info à Bruxelles. Elle a vingt ans et part pour la faculté de Lyon, elle en sort avec une maîtrise de sciences politiques. Son stage, elle le fait à RCF (Radios Chrétiennes en France) sur la colline de Fourvières. Premier job en contact permanent avec Radio Vatican, la « maison mère ». Son niveau d’anglais est insuffisant ? Elle va passer neuf mois à Essex, « un campus des années 1960, loin de Londres, au fond de nulle part ». Ensuite, petit bond à Bruxelles pour un DESS de journaliste européen avec un stage qui l’amène six mois à Paris : « J’avais un copain là-bas, mais je n’ai jamais beaucoup aimé cette ville, j’avais pris goût à l’étranger… »

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Mathilde Auvillain – Collection personnelle

Après, tout va très vite. Un poste se libère à Radio Vatican. La Jurassienne connaît la rédactrice en chef, elle postule et décroche la place avec un coup de pouce d’un évêque, ami de la famille. À Rome, à partir de juillet 2006, sa vie se transforme. Partie avec deux valises pour un CDD de deux ans, elle va en passer six : « J’étais dans la rédaction française, c’était une pépinière de jeunes journalistes et on était assez libres. J’ai appris le respect de la religion des autres et, en même temps, j’ai découvert l’institution qu’est l’Église catholique romaine avec tout ce que cela comporte de politique. » Mais l’actualité la rattrape, le séisme dans les Abruzzes en 2008 l’amène à travailler en free-lance pour les médias français à la recherche de correspondants : Radio France, RFI, BFM… En plus de son job au Vatican.

Et puis, en 2010, sa maman décède à la suite d’une longue maladie : « Quelque chose a changé, je me suis demandé ce que je faisais là, c’était comme une invitation à vivre ma vie. J’avais fait le tour du monde poussiéreux du Vatican, j’ai démissionné en 2012 alors que je venais de signer mon premier CDI et j’ai pris le pari de vivre en free-lance ! » Initiative judicieuse. Six mois plus tard, en 2013, Benoît XVI démissionne, Mathilde multiplie les directs pour BFM et Radio France, c’est aussi la condamnation de Berlusconi et les naufrages des migrants à Lampedusa et, là, c’est le choc : « Voir tous les politiques dire : plus jamais ça et ne rien faire. C’était trop ! »

Crise ? Remise en question ? Saturation ? En tout cas, la Franc-Comtoise veut faire une pause. Retour en France et CDD à l’AFP pour gérer les réseaux sociaux. Mais l’actualité la rattrape encore une fois. Le 13 novembre 2015, elle prend en pleine tête les attentats à Paris : « En Italie, j’avais couvert des manifestations qui tournaient mal, le naufrage du Concordia, des tremblements de terre, mais là, c’était des scènes de guerre et on me demandait d’aller au bureau ! Je me suis demandé si je n’arrivais pas à la limite de ce que je pouvais endurer et donner pour ce métier. »

Attentats et bateau orange

Retour en Italie et ultime CDD pour l’AFP. Elle décide de se poser en Sicile pour souffler, mais à Catane, la coque orange de l’Aquarius lui fait signe…. 

Elsa, son amie d’enfance, journaliste elle aussi, a toujours admiré son courage : « C’est une fille tout à l’écoute, très engagée et très curieuse des gens. Elle n’a jamais eu peur de prendre des risques et elle a tout quitté pour l’Aquarius, ce n’est pas courant dans notre métier », confie-t-elle.

Mais aujourd’hui, dans son canapé, Mathilde Auvillain est songeuse, elle vient de terminer une mission pour MSF sur le projet « recherche et sauvetage de migrants en Méditerranée » assurée en télétravail depuis son bureau à Macornay. 

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Mathilde Auvillain – Numéro 39

Une occasion de faire le point : « J’ai eu un enfant, c’est un retour à la réalité. Ce que j’ai vécu sur l’Aquarius m’a beaucoup touché, ma vie était tellement intense qu’elle m’a échappé. Je me suis rendu compte que je ne pouvais pas sauver le monde, il est possible de sacrifier beaucoup de choses, mais à un moment on est submergé. Ce n’est pas à moi de me sentir responsable de la vie de ces gens, ce serait plutôt aux états de le faire. »

Aujourd’hui elle a décidé de poursuivre le combat depuis Lons-le-Saunier. Elle a intégré le groupe « Demain », une entreprise solidaire dont elle assure la communication : « C’est une aventure nouvelle en cohérence avec ce que j’ai fait avant, je suis en phase avec mes valeurs. » Pourtant, quelque chose au fond de son regard reste lointain : « Je suis inquiète, j’ai vu ce qui pousse les gens à migrer. Bientôt, les effets du réchauffement vont obliger des millions de gens à se déplacer. L’indifférence des États et des dirigeants par rapport à ces problèmes est très inquiétante. On a perdu beaucoup d’humanité. » 

Eric de Chassey, le Jura comme lieu de ressourcement

By |2026-05-22T14:57:37+01:001 juillet 2021|Les grands entretiens|

Après avoir dirigé la Villa Médicis à Rome, l’historien de l’art qui aime à venir dans la maison familiale de Mirebel, est aujourd’hui à la tête de l’Institut national d’histoire de l’art (INHA). Il est le commissaire de l’exposition « Napoléon ? Encore ! – Regards d’artistes contemporains » présentée actuellement aux Invalides, à Paris.

 

Depuis plusieurs siècles, la famille de Chassey est présente sur le premier plateau du Jura, plus précisément dans le village de Mirebel. C’est dans ce village que Benoît de Chassey et son épouse Brit se sont installés voici plusieurs décennies, en s’investissant dans la défense du patrimoine et plus particulièrement du château de Mirebel. 

Éric de Chassey, l’un de leurs enfants, est l’actuel directeur général de l’Institut national d’histoire de l’art (INHA). 

Devant une importante collection de disques vinyl, il évoque son parcours, au cours duquel il a notamment dirigé la villa Médicis, et le Jura où il se ressource régulièrement.

 

Numéro 39 – L’année 2021 marque le bicentenaire de la mort de Napoléon à Saint-Hélène. Vous êtes le commissaire de l’exposition « Napoléon ? Encore ! – Regards d’artistes contemporains », que l’on verra aux Invalides, à Paris, jusqu’au 30 janvier 2022. Quelle était votre feuille de route ?

Éric de Chassey – Le principe était ouvert. J’ai invité des artistes contemporains en leur demandant simplement de réagir à l’anniversaire et au lieu. Au départ, je me disais que j’allais plutôt fonctionner en prenant des œuvres déjà existantes, qui pouvaient avoir une résonance avec le thème ou le lieu, comme je l’ai fait par exemple pour Marina Abramović, mais la plupart d’entre eux ont finalement travaillé spécialement pour l’exposition. Il y a quand même deux artistes auxquels j’ai passé une commande plus précise : Pascal Convert dans le dôme des Invalides, et Ange Leccia pour une commande autour de Saint-Hélène.

Deux cents ans après la disparition de Napoléon, le lieu et le thème inspirent-ils toujours ?

J’avais en tête l’idée que cette invitation à des artistes permettrait de poser un certain nombre de questions contemporaines. C’est peut-être une façon plus forte et dialectique, moins univoque, d’intervenir sur la façon dont on peut aujourd’hui célébrer ou commémorer un personnage historique, la période dans laquelle il a vécu et son héritage aujourd’hui. Il s’agissait pour moi de proposer des expériences esthétiques fortes en même temps que d’apporter de la complexité dans une situation que je trouvais particulièrement simpliste.

Les semaines qui ont précédé l’exposition, avec la polémique autour de l’œuvre de Pascal Convert qui n’existait pas encore [le plasticien a reconstitué le squelette de Marengo, le cheval préféré de Napoléon Bonaparte, au-dessus de son tombeau. Il ne s’agit pas du squelette réel, qui est conservé au National Army Museum de Londres, mais d’une reconstitution en 3D, faite en matériau composite, N.D.L.R.], sont très caractéristiques de cette simplification permanente, de cette vision de l’histoire comme un tout indissoluble, comme si elle n’avait jamais évolué. Les Invalides sont un lieu très intéressant de ce point de vue, parce qu’il est marqué par des discours très contradictoires, des discours de pouvoir, mais aussi de faiblesse et de guérison.

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Eric de Chassey – Numéro 39

Comment devient-on historien d’art et commissaire d’exposition ? Quelle est l’origine de cette vocation quand on est né à Pittsburgh (États-Unis) et que l’on a des racines jurassiennes ?

C’est difficile de le dire exactement. Il y a sans doute une sensibilité visuelle particulière qui a fait que je me suis toujours intéressé à des objets, des lieux ou encore des bâtiments singuliers. Quand j’étais enfant, je demandais sans cesse à mes parents d’aller au musée et à la bibliothèque. Peut-être était-ce parce que j’étais très mauvais en sport et que je voulais quelque chose pour impressionner les filles ? Bon, cela n’a jamais vraiment marché.

De façon concrète, quand j’étais au lycée, j’ai longtemps hésité entre m’occuper d’art ou travailler dans l’administration. Et finalement, mon éducation m’a conduit à plutôt privilégier la deuxième possibilité. Quand je suis entré à l’École Normale Supérieure de la rue d’Ulm, à Paris, c’était très clairement avec l’idée d’en faire une première étape vers l’École Nationale d’Administration. Mais je me suis rendu compte que j’étais plus intéressé par l’histoire de l’art. J’ai finalement raté le concours d’entrée à l’ENA. Je crois que c’est une grande bénédiction. Parallèlement, j’ai préparé une maîtrise d’histoire de l’art puis un DEA. Et je me suis retrouvé à travailler en doctorat sur la réception de l’œuvre d’Henri Matisse aux États-Unis, donc grosso modo sur les rapports franco-américains après la guerre. C’est ensuite que j’ai été rattrapé par l’administration.

Et le commissariat d’expositions ?

J’avais vu une exposition de Jean-Pierre Pincemin (1944-2005) dans une galerie. Je connaissais cet artiste comme étant abstrait, géométrique et, tout d’un coup, je voyais des tableaux figuratifs. Je ne comprenais pas ce qu’il se passait et je l’ai donc dit à Philippe Dagen, maître de conférences à la Sorbonne à l’époque. Et il m’a conseillé d’en faire mon sujet de maîtrise. À partir de ce moment-là, j’ai commencé à fréquenter des artistes vivants. Tout était très lié, les choses ont fonctionné de façon parallèle. J’ai terminé ma thèse et, en rentrant des États-Unis, j’ai rencontré Bernard Ceysson. Il était à l’époque directeur du musée d’Art Moderne de Saint-Étienne et avait une curiosité pour les gens qui fréquentaient son musée. Un jour, il m’a proposé de me lancer. C’est ainsi que j’ai dirigé une exposition qui s’appelait « Abstraction, abstractions ». Mais je ne l’ai pas fait tout seul, je me suis associé avec Camille Morineau. J’aime bien me retrouver dans un processus de discussion quand je réfléchis à des projets.

Vous êtes critique, commissaire d’exposition, auteur de livres d’histoire de l’art. Séparez-vous vos différentes activités ?

Mon métier d’historien d’art est un tout, je ne fais pas de différence fondamentale entre mes activités. Peut-être mets-je de côté mon activité de programmateur ou d’organisateur. En général, quand on pense à l’histoire de l’art, on pense d’abord écriture de livres, ce que je fais. Je suis plutôt du genre polygraphe, et j’ai la chance de pouvoir écrire de façon répétée sur certains artistes. C’est une expérience assez extraordinaire que cette sorte d’accompagnement. Mais monter des expositions, c’est tout autant faire de l’histoire de l’art, selon moi. C’est une autre manière de réfléchir – avec les œuvres. Les expositions les plus fécondes sont pour moi celles qui ont posé le plus de questions : elles comptent plus que les réponses, d’une certaine manière.

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À ce propos, comment vous êtes arrivé à la Villa Médicis qui accueille à Rome des artistes et des chercheurs ?

Par hasard. J’avais participé à un colloque à la Villa Médicis et j’avais évidemment trouvé l’endroit extraordinaire, mais je ne travaille pas spécialement sur l’art italien donc je n’avais pas de vocation première à y travailler. Comme j’ai toujours eu une pratique de l’histoire de l’art très engagée, je me suis retrouvé un jour membre du jury de sélection des pensionnaires. Le directeur d’alors était Frédéric Mitterrand. Nous nous sommes pas mal disputés. Mais, quand il a été nommé ministre de la Culture quelques mois après, j’ai eu la grande surprise qu’il me fasse venir pour un petit-déjeuner. Il m’a proposé la direction de la Villa Médicis, en me demandant de dire oui ou non tout de suite ! J’ai quand même pris le temps de réfléchir, mais j’ai évidemment accepté. Et cela a été, je dois dire, un bonheur extrême pendant six ans.

Comment vous avez appréhendé la charge dans ce lieu mondialement connu ?

Avec la possibilité de réconcilier des aspects que jusqu’à présent dans mon travail j’avais été obligé de séparer : l’engagement auprès d’artistes vivants et de toutes les disciplines, l’histoire de l’art plus ancien et le patrimoine. Tout d’un coup, je me suis retrouvé à organiser officiellement des concerts ou des rencontres littéraires ou de cinéma. Mettre en place un programme de restauration qui prenne en compte aussi bien la partie Renaissance du bâtiment et ses décors que sa transformation par Balthus dans les années 1960, en faisant en sorte que ce travail se déroule avec l’intervention d’historiens de l’art, a également été une expérience que j’ai initiée.

Quitter ce lieu n’a pas dû être facile ?

C’est un des endroits les plus beaux au monde, donc je ne boude pas le plaisir d’y avoir été tous les jours pendant six ans. Cela dit, si je n’ai pas souhaité être renouvelé pour un troisième mandat, c’est parce que j’avais le sentiment que j’allais m’habituer à cette situation d’exception. Au bout de neuf ans, j’aurais eu beaucoup de mal à partir. Et l’on m’avait garanti que ma succession serait organisée et que tout ce que j’avais mis en place serait prolongé et préservé. Bon, à l’avenir, je ne serai plus aussi confiant quand on me fera cette promesse. Mais je ne regrette pas du tout d’en être parti même si, concrètement, la villa Médicis me manque.

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Le premier plateau du Jura vous manque-t-il aussi ?

C’est difficile à dire. D’abord, même si ma famille est dans cette région depuis longtemps, comtoise depuis toujours, et jurassienne depuis la Restauration, je n’ai pas vécu dans le Jura quand j’étais enfant. Mon père a repris une maison qui appartenait à une de ses grands-tantes quand j’avais déjà quatorze ans. Donc, je n’y suis pas venu petit, ce qui me différencie fortement de mes frères et sœurs. En revanche, j’y ai des souvenirs d’adolescent. Et je crois que ce qui m’importe dans le Jura, c’est la beauté de la nature et cette forme de rudesse accueillante de ses habitants. Je ne sais pas comment le dire autrement. Je pense que cela se voit dans le relief, avec cette alliance de rochers et de végétation, avec ces gris assez durs et les arbres qui viennent jouer avec. Mais quand on prend le temps, quand on s’engage, c’est un lieu et des gens qui valent extraordinairement la peine.

Il y a des lieux que vous affectionnez particulièrement ?

Je ne vais pas dire quelque chose d’une originalité folle, mais je pense d’abord à Mirebel. Je préfère continuer à appeler le village ainsi plutôt que l’horrible nom que désormais ce lieu a pris suite à un regroupement de communes. Mon père, qui était au conseil municipal du village, aurait été désespéré ! Le château est un endroit exceptionnel ; je trouve qu’il a très bien été mis en valeur avec une impulsion et un engagement remarquable des habitants du premier plateau. Après, je vais à Arbois et Poligny régulièrement, à la fois pour le vin, le fromage et le chocolat, même si je n’ai pas forcément besoin d’aller jusque-là pour en trouver. J’aime particulièrement la « Vierge à l’enfant à la tige de fleur », vraisemblablement flamande qui est dans l’église Saint-Juste à Arbois. Sinon, j’aime beaucoup la route jusqu’à Genève que je fais souvent. Les paysages autour des Rousses sont magnifiques. Mais quand je suis dans le Jura, c’est surtout pour la vie de famille et c’est un lieu de ressourcement. L’essentiel de ce que je fais à Mirebel, c’est lire sur une des terrasses avec le paysage devant moi, puisque la maison est un peu en hauteur. C’est une forme d’imprégnation plutôt qu’autre chose.

Quelle est la mission de l’Institut national d’histoire de l’art (INHA) que vous dirigez actuellement ?

C’est assez simple. Cela fait très longtemps qu’en France, il existe un déficit de communication et de travail en commun entre les milieux universitaires et les musées. Ce compartimentage est nocif. Il n’est pas propre à notre pays, mais il est renforcé chez nous par les questions institutionnelles et de statut. La naissance de l’INHA il y a vingt ans a été portée par l’idée qu’il fallait faire collaborer ces deux mondes de façon structurelle dans des projets de recherche. C’est d’abord cela qui m’a intéressé dans le fait de diriger cette institution.

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Eric de Chassey – Numéro 39

Vous travaillez encore dans un cadre magnifique.

C’est vrai, j’ai beaucoup de chance. Après la villa Médicis, je dirige aujourd’hui un endroit qui a peut-être la plus belle bibliothèque du monde avec la salle Labrouste. Ces endroits magnifiques me nourrissent quotidiennement.

La transmission et la diffusion de l’histoire de l’art figurent parmi vos priorités. En quoi ce combat est-il nécessaire en ce début de XXIe siècle envahi par les réseaux sociaux et le numérique ?

En général, l’histoire de l’art est perçue comme réservée à un petit nombre de personnes. Très peu savent ce que c’est. Et pourtant, même si l’on voit bien pourquoi il faudrait lutter contre l’analphabétisme en ce qui concerne l’écrit, ne pas combattre ce que j’appellerais analphabétisme visuel, c’est-à-dire l’incapacité à comprendre les images qui vous entourent, est particulièrement dommageable dans un pays comme la France où celles-ci sont omniprésentes. Du coup, l’idée d’utiliser l’histoire de l’art comme un instrument citoyen est fondamental pour moi. Nous nous sommes notamment engagés dans une politique de collaboration active avec le ministère de l’Éducation nationale pour créer des outils qui puissent fonctionner, notamment autour du patrimoine de proximité.

Cette incapacité à comprendre les images qui nous entourent représente-t-elle une menace ?

D’une certaine manière, oui. Si on ne le fait pas, je pense que l’on n’aura plus personne dans les musées dans une dizaine d’années, parce que tout le monde sera phagocyté par les réseaux sociaux et les algorithmes. Ils leur laisseront penser qu’ils sont libres mais, en réalité, ils leur dicteront leur choix et leur environnement visuel pour ensuite les instrumentaliser. Quand on n’est pas éduqué aux images, on dit n’importe quoi. Et cela peut conduire à tuer un enseignant, des dessinateurs, des gardiens de musée comme ce fut le cas au musée du Bardo.

Je travaille sur un autre grand projet qui a à voir avec cette question. Nous avons initié l’écriture d’une histoire de l’art à l’échelle européenne, en collaboration avec 47 institutions représentant les 47 pays du conseil de l’Europe.

En juillet 2019, vous avez été reconduit par le président de la République pour un deuxième mandat de trois ans. Et après ? Où vous voyez-vous dans quelques années ?

Si je peux, je suis encore à l’INHA pour longtemps. J’ai encore possiblement cinq ans devant moi. Je compte bien les utiliser complètement si on renouvelle encore mon mandat, car cela ne dépend pas uniquement de moi. Mais je n’ai aucune envie de faire autre chose, je suis au bon endroit. 

Jean-François Stévenin, Johnny, Stallone et moi

By |2026-05-26T13:45:35+01:001 juillet 2021|Les grands entretiens|

Pierric Bailly est écrivain Il vient de publier Le Roman de Jim aux éditions POL. Il est aussi un grand fan de l’acteur Jean-François Stévenin, monument du cinéma français qui a tourné pour François Truffaut, Jacques Rivette,John Huston, Yves Boisset, Jean-Pierre Mocky ou encore récemment devant la caméra de Xavier Giannoli. Rencontre colorée entre deux « p’tiots gars du Jura »

 

Jean-François Stévenin, c’est une voix, un ton, une gouaille. C’est un corps agité, une démarche brinquebalante, et puis, c’est une gueule impossible à oublier, une moue boudeuse et des yeux d’aigle qu’on croise depuis plus de cinquante ans au cinéma : 170 films comme acteur, trois comme réalisateur. Pourtant, il dit lui-même n’avoir jamais cessé de se voir comme un « p’tiot gars du Jura ».

C’est justement sur le plateau du Grandvaux, dans cette maison qu’il possède en surplomb du lac de l’Abbaye, qu’il nous donne rendez-vous. On entre par la chambre, la sienne, où l’on s’installe face à un gros poêle flambant neuf. Dehors, ça souffle fort en ce jour de février et ça chuinte dans la cheminée – la bande-son d’un vieux western. Deux nouvelles bûches. Une première bouteille de macvin. Notre hôte s’allume une cigarette, toute fine, une Vogue. Claquement du Zippo en guise de clap : nous voilà parti pour quatre heures d’entretien avec un homme simple et généreux, drôle et captivant, qui ne s’est toujours pas remis de la mort de son grand ami, un certain Johnny Halliday.

JEAN-FRANÇOIS STÉVENIN – J’étais aux obsèques, à la Madeleine. Læticia m’avait laissé un long SMS. Comme j’avais été à l’enterrement de Coluche, avec tous les motards de France qui klaxonnaient à fond, je m’attendais à la même chose pour Johnny. Mais là, c’était différent. Jamais vu ça. J’étais sur les marches de l’église, je voyais jusqu’à la Concorde : le calme absolu. Pas un bruit. T’aurais entendu une mouche voler.

PIERRIC BAILLY – Ta première rencontre, ça remonte à quand ?

La première fois que je l’ai vu, c’était au Palais des Sports, à Paris, en 1969. J’étais assistant sur Hair, la comédie musicale. Un jour, Johnny vient assister à une répétition. Mais, à l’époque, ce n’était pas mon truc, j’écoutais plutôt Eddy Cochrane, Bill Halley, Vince Taylor. Il invite toute la production de Hair à une avant-première de son concert. Au milieu du show, combat de boxe, les mecs installent un ring vite fait, Johnny a une véritable chorégraphie avec un type énorme, un grand boxeur. Ils se mettent des coups de partout, il a des capsules qui explosent dans la bouche, il finit le visage en sang et, alors là, un mec lui tend le micro et Johnny se remet aussitôt à chanter. Oh, la vache ! J’ai trouvé ça tellement puissant que j’y suis retourné vingt-et-une fois.

Ton amitié date de cette époque-là ?

Non, ça s’est fait quelques années plus tard, quand je préparais mon deuxième film, Double Messieurs. Je voulais qu’il joue dedans. Il était marié avec une copine à moi, Nathalie Baye, et ils m’ont invité chez eux. Je m’étais bourré la gueule avant d’y aller. Quand t’es fan et ému, et que t’es un p’tiot gars du Jura… Je gare ma moto dans la cour, Johnny me lâche : « Tu m’excuseras, je ne suis pas du matin ». Bon, il était quatre heures de l’après-midi. Ça n’a pas marché pour ce film, mais on est restés proches.

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Jean-François Stévenin – Numéro 39

Et dix ans plus tard, tu as réussi à le faire jouer dans Mischka…

Voilà. Été 2000. Une journée de tournage en Bourgogne. Johnny était en plein Olympia. Je voulais qu’il arrive en hélico, Johnny avait horreur de ça. On n’avait pas de plan de vol, pas d’autorisation, pas d’assurance. Camus, son producteur, n’était pas au courant. Le soir, il chantait à 20 heures. À 11 heures du matin, il m’appelle [Jean-François Stévenin imite Johnny François Stévenin imite Johnny Hallyday, N.D.L.R.] : « T’es là, l’Ours ? » Parce qu’il me surnommait l’Ours du Jura. « T’es là, l’Ours ? Tu tournes toujours ton truc, là ? Bah je suis à Marne, on arrive… »

Sa première apparition dans le film, il est de dos, en train de pisser…

Moi je me dis, naturellement, même si tu as seize ans et que c’est ton premier court-métrage, on te met une poire, tu presses dessus, ça fait un jet et ça y est. D’un seul coup, le Grand, il me dit : « On tourne quand, là ? Parce que j’ai vraiment envie de pisser. » J’ai cru qu’il rigolait. Mais non ! Il n’y a que lui pour faire des trucs comme ça. Il va dans le champ, il pisse pour de vrai, puis il revient vers Jean-Paul Bonnaire, qui est blessé à l’arcade. Il sort des petits sparadraps. Je lui avais dit de ne pas s’emmerder avec les sparadraps, mais il a fait ça impeccable, il lui a mis très précisément. À la fin de la prise, Bonnaire était tétanisé. Je lui demande comment ça s’est passé. Bonnaire me répond : « C’est comme si j’avais tourné avec De Gaule. »

Avant de repartir, Johnny me dit : « S’il y a besoin, je reviens demain. »

Quand il est remonté dans l’hélico, j’avais la larme. Et le soir, 23 août 2000, Olympia, super concert. C’est à partir de ce moment-là que j’ai intégré le cercle des amis proches, c’est-à-dire avion privé, Gstaad, tout ça.

Est-ce qu’il est déjà venu chez toi, dans le Jura ?

Eh bien ça, tu vois, je n’ai jamais osé. J’en parlais avec mon pote Jimmy Reffas, qui a été son garde du corps pendant trente ans, et avec lequel j’écris un livre en ce moment. Je lui ai dit que j’aurais rêvé de faire un concert ici, devant la maison, dans le champ. Jimmy m’a dit qu’il serait venu, qu’il aurait adoré ça. Il a commencé à faire tout un plan : « La scène, on l’aurait installée là. On monte un parquet en bas, sur les marais. On aurait pu faire rentrer au moins 30 000 personnes… » Voilà, ça fait partie des grands regrets.

Ta famille était jurassienne ?

Non, ils viennent des Ardennes. Mon père était ingénieur des travaux publics de l’État et il s’est retrouvé affecté dans le Jura. Il a fait toute sa carrière à Lons-le-Saunier. C’est lui qui a planté tous les téléskis dans le Haut-Jura. L’ingénieur en chef s’appelait Albert Jouvent, d’où le nom de la station des Jouvencelles. D’ailleurs, j’ai servi de modèle pour le des-sin d’une image publicitaire. C’est mon père qui l’a faite. Il a peint un petit bonhomme avec un manteau rouge en train de monter les Tuffes.

Donc, tu passais beaucoup de temps dans le Haut ?

Pas tant que ça, en vérité. J’ai grandi à Perrigny, près de Lons. Parents sérieux, sévères, et le peu de temps où j’avais le droit de sortir, j’allais dans les bois. Je rejoignais l’ancienne voie ferrée au-dessus de chez moi, c’était le début de l’aventure. Mes parents aimaient beaucoup le cinéma. Si j’avais de bonnes notes, je pouvais choisir le film. On voyait un film par semaine. Au lycée, entre midi et deux, on se réunissait tous sur un petit perron et, avec un pote, on racontait le dernier western, avec les bruitages et tout. Il y avait six ou sept mecs qui nous écoutaient. Un des premiers chocs, ça a été L’Homme des vallées perdues. Puis j’ai découvert Gabin, Brando. Après le lycée, mes parents m’ont envoyé en prépa HEC à Lyon. Là, je me faisais des faux bons de sortie, et j’allais au cinéma du samedi midi au dimanche soir. Je vois L’Arnaqueur, en VO. Là, mon vieux, Paul Newman en noir et blanc, la claque !

À ce moment-là, tu pensais déjà à en faire ton métier ?

Ah non, c’est impossible. Un autre monde. Le cinéma était très important, mais seulement comme spectateur. Pendant HEC, à Paris, j’étais toujours fourré à la Cinémathèque. Je n’allais jamais en cours. J’avais un copain qui animait une cellule communiste à HEC et qui s’est tué en bagnole. Il devait partir à Cuba pour un stage et on m’a proposé d’y aller à sa place. Je me suis retrouvé là-bas avec un autre pote, tout nous emmerdait. On était tous les matins à la piscine, on passait la journée à boire des Cuba libre. Il y avait une super gonzesse avec deux enfants et, un jour, elle s’est approchée pour nous demander du feu. On lui a allumé sa cigarette. Elle nous a dit : « Les deux petites, là, vous savez qui c’est ? Ce sont les filles du Che. » Et moi, j’ai répondu : « Bah, vous savez, on vient d’arriver, on ne connaît pas encore tout le monde… » Elle n’en revenait pas. Je n’étais pas du tout politisé, moi. À force de me faire chier là-bas, je suis allé à l’Institut de cinéma cubain, il y avait une milicienne avec une kalachnikov qui montait la garde et je lui ai dit : « Voilà ce qui se passe, le communisme je n’en ai rien à foutre, les flics partout, ça me gave, mais si j’avais la chance de pouvoir être pris sur un film pour porter des cafés, de l’eau, ça serait un bonheur ». Elle m’a dit : « Rentre à ton hôtel, ça ne m’étonnerait pas qu’on t’appelle. » Système cubain. Dix heures du soir, coup de fil. Le lendemain, je me retrouvais sur un tournage en pleine campagne, dans un petit village comme Les Piards. Le film s’appelait Les Aventures de Juan Quin Quin [une comédie de Julio Garcia Espinosa, sorti en 1967, qui a connu un gros succès populaire, N.D.L.R.].

C’était donc ta toute première expérience dans le cinéma.

Exactement. Et en rentrant à Paris, j’ai écrit à tout le monde. J’ai fini par décrocher un stage grâce à Élisabeth Rappeneau que j’ai rencontrée le soir d’un concert de Jimmy Hendrix. Ce concert, je n’en suis toujours pas revenu, il m’a rendu complètement marteau. Et donc, j’ai atterri sur La Chamade d’Alain Cavalier, avec Deneuve et Piccoli. J’ai expliqué à Cavalier que je n’avais aucune expérience, mais il a voulu essayer quand même. Là je me suis dit, il faut que personne ne se rende compte que je n’ai jamais travaillé. Et personne n’a deviné.

Ensuite, tu as enchaîné les films comme assistant-réalisateur…

C’est ça. Je m’étais bien entendu avec Deneuve, alors elle a parlé de moi à Truffaut, qui m’a engagé sur La Sirène du Mississipi. J’ai fait sept films avec Truffaut comme assistant. Et c’est grâce à lui que je suis devenu acteur. Il m’a donné un petit rôle dans L’Enfant sauvage. Puis il y a eu La Nuit américaine. Là, c’était le principe, puisqu’il a pris toute l’équipe technique pour jouer. Un jour, il m’a proposé un premier rôle, c’était L’Argent de poche. Il m’a dit : « Ce sont mes petits souvenirs d’enfance, le film ne fera pas une vague… » Alors qu’il passe en boucle au Japon, aujourd’hui encore. Avant le tournage, j’en ai parlé avec le gros Gégé [Depardieu], que je connaissais déjà, et il m’a dit : « C’est une histoire avec des gamins, ça ? Eh ben, essaie de les intéresser. Oublie ta gueule. Ne pense pas à toi. Parce que ce sont eux qui comptent. » Il m’a dit aussi autre chose, dont je me suis toujours souvenu et qui me sert à chaque film : « Tu vas voir, avant la prise, la Truffe va te dire ça, untel va te dire ça, et toi tu dis “oui, oui, d’accord”, tu dis toujours d’accord. Et puis, quand il y a le clap, bah, tu fais ce que tu veux. »

Après L’Argent de poche, tu as joué pour Techiné, Yves Boisset et même John Huston, sur le film À nous la victoire, dans lequel on retrouve au casting Sylvester Stallone, Michael Caine et le footballeur Pelé.

Pelé, adorable. Le mec te disait bonjour tous les jours. Mais Stallone, un gros con, vraiment un gros con. Non mais, c’est vrai. Un jour, on devait tourner une scène dans une cuisine. Je devais aller chercher Stallone et, d’un seul coup, je l’ai vu qui sortait. Le type a ouvert la porte du studio, il a rejoint la Mercedes, il s’est taillé. On était à Budapest. L’autre, il était parti s’acheter des pompes à Londres, t’imagines ? Je regrette encore de ne pas lui avoir foutu un coup de pied au cul magistral. Le mec, il était toujours avec ses lunettes noires, derrière ses deux gardes du corps. Moi je mangeais des tartines de fromage avec Pelé et Ardiles. Pelé, il signait des autographes à tour de bras. Il partait aux toilettes, on lui glissait un papier sous la porte. Ça ne s’arrêtait jamais. Les gens s’intéressaient beaucoup plus à Pelé qu’à Stallone. Et puis, un matin, qu’est-ce que je vois ? Pelé avait dédicacé une centaine de ballons de foot. Et Stallone qui remplit le coffre de sa bagnole avec tous les ballons. Il a piqué les ballons, ce gros naze. Alors, l’acteur, le personnage, Rocky, Rambo, formidable, tout ce qu’on veut, mais humainement…

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Jean-François Stévenin – Numéro 39

C’est en 1978 que tu as réalisé ton premier film, Passe montagne. Comment tu t’es lancé dans cette aventure ?

Pendant la préparation des Deux Anglaises et le continent de Truffaut, il manquait un décor, qui devait être un lac de montagne. Truffaut m’a demandé de faire des repérages. Je viens dans le Jura, je vois le lac d’Ilay. À l’époque, j’avais les cheveux longs, blouson de cuir, j’ai rencontré une vieille dame qui m’a emmené dans sa barque au milieu du lac, sur l’île. Il y avait du brouillard. J’ai fait des polaroïds. Quand Truffaut les a reçus, il a dit : c’est là. J’ai préparé le décor pendant trois semaines. Mais moi, le Haut-Jura, je ne connaissais pas bien, j’accompagnais mon père quand j’étais petit, mais je ne connaissais pas les gens. Et là, j’ai rencontré des bûcherons, des pêcheurs, des paysans, des hôteliers. J’ai fait la connaissance du père Piot, propriétaire du lac de l’Abbaye. Puis on a tourné ce film. Le temps passe. Et un jour, beaucoup plus tard, quand j’ai eu l’idée de réaliser mon propre film, je me suis dit : ben voilà, je vais le faire avec eux.

Tu fais donc tourner les gens du coin, des « vrais Jurassiens », pourrait-on dire.

J’avais été marqué par La Nuit américaine, et je me suis dit, je vais faire pareil, prendre les gens sur place. Ça n’a pas aidé pour trouver les financements. Au premier passage à l’avance sur recettes, Jacques Deray avait demandé : « Est-ce que ce seront les bûcherons qui tiendront la caméra ? »

Il y a tout de même deux acteurs professionnels, toi et Jacques Villeret.

J’avais proposé à Truffaut d’interpréter le rôle que j’ai finalement joué, il m’avait dit : « Vous savez, cela m’est impossible, je ne suis pas comédien. » Trois semaines plus tard, il partait tourner pour Spielberg Rencontres du 3e type. Bon, d’accord, ce n’est pas la même chose. J’avais proposé le rôle à Pialat, aussi. Finalement je l’ai joué moi-même. J’avais dit à Villeret : « Là, je prends une énorme responsabilité. En plus, c’est moi qui fais le film, je t’en prie, si tu sens que je ne suis pas bon, faut me le dire, c’est important. » Une fois, j’ai vu Brando mauvais dans un film. S’il avait des acteurs mauvais en face de lui, Brando était mauvais. Alors j’avais demandé à Jacques de m’aider. Mais Villeret m’a répondu : « Ah, non, t’as voulu le faire, bah, faut le faire, tu te débrouilles. » Il ne m’a jamais rien dit.

On n’a jamais parlé du film avec Jacques, jamais. Il m’a dit : « J’ai accepté le film à cause du début. Il y a un jour, on a fait çi, on a fait ça, on a juste envie de s’arrêter au bord de la route, pour respirer, pour voir, c’est tout. » Je ne sais même pas s’il a lu le scénario.

Est-ce qu’on peut dire que le personnage principal du film, c’est la forêt ?

Oui, totalement. Ce n’est pas un simple décor. Le paysage joue un rôle. Je plaçais les types dans l’image. Je disais : lui, il faut qu’il soit de profil sur la falaise. J’essayais de mettre les bonnes personnes aux bons endroits. Après, je les laissais vivre. Ils venaient avec leurs répliques, leur façon de parler. Fallait que ça soit spontané. Faut savoir capter ça. Quand le Kaempf il arrive, avec son œil de travers, je le guide à peine, il vient, il balance sa question, il s’en va, impeccable.

Kaempf, c’était mon voisin. Sa mère habitait en face de chez moi, à La Frasnée.

Sans blague.

Il s’est tué en bagnole peu de temps après le tournage. Un de ses frères était champion du monde de bras de fer.

On a tourné la moitié du film à La Frasnée. Tous les jours, on allait manger des truites au bleu au restaurant, au pied de la cascade. C’est à cette époque que j’ai connu Claire, ma femme. Elle m’empêchait de dormir. On rentrait à quatre heures du matin, on faisait l’amour et quand je m’endormais enfin, j’entendais les mecs qui se levaient et qui allaient prendre le repas de midi. Moi j’avais la journée à faire. J’avais dormi deux heures. L’autre, elle n’en avait rien à foutre.

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Jean-François Stévenin – Numéro 39

Est-ce que le Jura de Passe montagne existe toujours, aujourd’hui ?

Ah oui ! Certains disent que c’était mieux avant, il y avait le Casino des Chauvins, il y avait tout ça, mais il y a des mecs super, de partout. Je me souviens d’être allé au-dessus de Mouthe chez un mec qui fait des fondues jusqu’à une heure du matin. Il y a des gars formidables de partout, ce n’est pas que dans Passe montagne.

Comment tu découvres le Casino des Chauvins ?

Quand je suis venu pour écrire Passe montagne, on a passé trois semaines à essayer d’écrire un scénario avec un copain. On dormait au petit hôtel à Chaux-des-Prés et on n’arrivait à rien. On sortait sans arrêt. Un jour, on a planté un 4X4 dans la boue. Puis on est rentré à Paris. On n’avait rien écrit. Un jour, j’ai compris, j’ai dit, je vais mettre mot pour mot tout ce qui nous est arrivé : On est là, on mange un truc, on va au Casino des Chauvins. On ne veut pas aller se coucher, l’aube se lève. Tel quel. J’ai écrit le film en deux jours.

Tous les gens qui ont vu le film se souviennent de cette scène incroyable où Raymond Benoît fait chanter son chien…

Raymond, c’était assez extraordinaire. Aucune direction d’acteur, pas de scénario, et ce qui m’a sidéré c’est qu’il n’y a pas une seule fois où il regarde la caméra. J’ai revu les rushs, pas un seul regard caméra. Villeret, avec ses beaux yeux bleus de kabyle, il se penche sur lui, il se niche comme un gros chien, et Raymond lui dit : « Ah, il est joli quand il est bien peigné… » Et le Villeret ne bouge pas. D’un seul coup Raymond chope son chien, il le caresse, le chien se met à chan ter : houhou…

Quelle a été la réception du film par les Jurassiens, à l’époque ?

Très mauvaise. On est des ivrognes, personne ne comprend ce qu’on dit, on parle une espèce de dialecte… Alors je leur ai dit : les gars, j’ai fait une tournée aux États-Unis avec le film, je suis arrivé à Portland, Oregon, on a diffusé le film sans sous-titres, les mecs pleuraient à la fin. Ils me disaient : « Mais c’est chez nous, ça. T’aurais pu tourner ici. Les sapins, les tracteurs, les grumiers… Les enterrements de vie de garçon, c’est tout pareil. » Je me suis dit, à 12 000 km, ils ont adoré, vous n’aimez pas, bah tant pis.

John Boorman, le réalisateur de Délivrance, m’a écrit une lettre formidable, très détaillée. Il parlait de la rugosité âpre du son. Il parlait du mixage. Ça finissait comme ça : « Vous et moi avons en commun de nous sentir un peu étrangers sur cette Terre qui est pourtant la nôtre. » J’avais cette lettre dans ma poche. Je me disais, si je me fais éreinter par la critique, je sors ça. Aujourd’hui, c’est différent. Le film est culte chez les cinéphiles. On a fait une projection à Lons il y a deux ans, il y avait un peu de monde.

Dans le film, ton personnage construit un oiseau en bois, qui est installé au sommet d’une falaise à La Frasnée. Qu’est-ce que tu en as fait, de cet oiseau ?

Justement, ça, c’est un grand mystère. Un jour, le maire m’a dit que ça pourrait être dangereux de le laisser, alors on y est allés, et il n’y avait plus rien. Il a été démonté proprement, parce qu’on n’a pas retrouvé un bout de verre par terre. Il mesurait quarante mètres de large. Il n’a pas été massacré. Il est quelque part. J’ai longtemps espéré qu’un jour un mec me dise, bah c’est moi qui l’ai… Bizarre… Il est dans le film, mais là, aujourd’hui, il est quelque part…

Passe montagne est dédié aux Indiens, mais c’est qui, pour toi, les Indiens ? C’est une façon d’appeler les Jurassiens, ou c’est les Indiens d’Amérique ?

Ah non, c’est les Indiens d’Amérique. Ça, c’est mon grand truc. Je n’en reviens toujours pas. Un génocide réussi. Ça ne passe pas, ça. C’était avant-hier. La Winchester, l’alcool, les couvertures infestées de malaria. Les mômes, les femmes, ils ont massacré tout le monde. Quand j’ai tourné Les Chiens de guerre, un film avec Christopher Walken, on descendait les canyons, tout ça, j’avais dit à un copain : « Mais attends, il n’y a plus d’Indiens. » Il m’avait répondu : « Bah oui. T’es vraiment un Parisien, toi… »

Il y a un truc que je reproche à Obama. Quand il a chopé Ben Laden, il a appelé ça l’opération Geronimo, du nom du grand chef apache. Ça, ça m’a vachement déçu.

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Jean-François Stévenin et Pierric Bailly – Numéro 39

Aujourd’hui, tu partages ta vie entre Paris et le Jura…

On a fait rénover la maison récemment, je vais passer de plus en plus de temps ici. À Paris, j’ai un petit appart dans le XVIIIe, porte de la Chapelle. J’ai aussi une péniche à Meudon, que j’essaie de vendre. C’est un bordel… Comme on dit, une péniche, le plus beau jour, c’est quand tu l’achètes, et le deuxième plus beau jour c’est quand t’arrives à la revendre.

Meudon, c’est aussi chez Céline, dont tu as longtemps nourri le rêve d’adapter le roman Nord.

Ah oui, Nord. Il y a tout dedans. Dérision, absurdité totale. Magnifiquement écrit. J’ai eu une grande amitié avec sa femme, Lucette, que j’ai rencontrée grâce à Marc-Édouard Nabe et Jacky Berroyer. La première fois, on s’est pointé avec un couscous. Je me suis dit, ça va être marrant, je vais apporter un couscous chez Céline, pour pas arriver avec une bouteille de vin, quoi. Couscous, gamelle, tout, on arrive devant le portail, 25 ter, route des Gardes. Les chiens qui déboulent… On rentre dans la maison, le couscous fait un tabac, tout le monde se met à la préparation… On est plusieurs. Serge Perrault, le danseur, me dit : « Bah, tu vois, Céline il est mort sur la table, là… » On mange par terre, sur des coussins… D’un seul coup, Lucette me lance : « Pourquoi Nord, Stévenin ? » Moi j’explique un peu… Et à la fin de la soirée : « Qu’est-ce que vous faites mercredi, mon petit ? Vous avez qu’à revenir… » Ça a duré dix ans comme ça. Elle est venue dans le Jura, je l’ai fait marcher sur le lac gelé. Elle vient de disparaître, à 107 ans.

La question qu’on t’a le plus posée ces vingt dernières années : à quand un nouveau film de Stévenin ?

Je traîne un vieux projet qui s’appelle : Une fée dans le rétro. Un tournage sur deux ans. Été, hiver. France, Allemagne. Il y a des bouts de Nord, en me disant que c’est inadaptable, et moi j’ai écrit des trucs à la place de Céline. Mais même si j’avais le pognon… Tu vois, j’ai 76 ans… Non, je n’aurais plus la force. Stop. Je préfère me balader. Et jouer, alors là, sans limite. Moi qui suis maladroit dans la vie, je suis super adroit dès qu’il y a une caméra.

Tu as donc réalisé trois films. Mais est-ce que tu sais dans combien de films tu as joué ?

Cent soixante-dix, il paraît. Téléfilms compris. Et je me souviens de tout. Des pires comme des meilleurs. Des souvenirs très précis à propos de chaque projet : où était la script, où était la caméra… J’ai tourné quelques conneries… oui, mais je suis tombé aussi sur des Laetitia Masson, des Xavier Giannoli, des Christophe Gans. Le Pacte des loups, excellent souvenir. Tous les matins, c’était une joie de revenir sur le plateau, pour tout le monde, toute l’équipe. Avec Giannoli, je viens de tourner un film formidable, qui va sortir à l’automne, Illusions perdues, d’après Balzac. Depuis le premier jour, je suis sûr qu’il va être nominé aux Oscars. Deux cents figurants par jour, des calèches, des effets spéciaux, de la fumée, etc. Il a réussi à faire tenir tout ça en 2 h 30. Je viens de tourner aussi avec Édouard Baer, un film qui va taper très fort, avec Poelvoorde, Arditi, Berroyer, Prévost. Avant ça, de 64 à 74 ans, on m’a très peu appelé. J’ai eu plein de maladies, mais personne n’était au courant. C’est Giannoli qui m’a redonné la confiance. Je peux tourner demain avec De Niro, ça ne va pas m’impressionner. 

Jean-François Stévenin et Pierric Bailly : la rencontre

By |2022-06-23T14:11:41+01:0029 juin 2021|News|

Encore un numéro événement pour Numéro 39. Parmi les sujets proposés dans l’édition 2021 figure une rencontre entre Jean-François Stévenin et l’écrivain Pierric Bailly.

 

Pierric Bailly est écrivain Il vient de publier Le Roman de Jim aux éditions POL. Il est aussi un grand fan de l’acteur Jean-François Stévenin, monument du cinéma français qui a tourné pour François Truffaut, Jacques Rivette, John Huston, Yves Boisset, Jean-Pierre Mocky ou encore récemment devant la caméra de Xavier Giannoli.

Exceptionnel. Dans le nouveau Numéro 39, assistez à la rencontre colorée entre deux « p’tiots gars du Jura », écoutez-les parler de Johnny Hallyday, Sylvester Stallone, Nathalie Baye, Jacques Villeret, François Truffaut…

Quentin Fillon-Maillet, Numéro 39, Jura, Biathlon

En couverture, vous retrouvez le biathlète du Grandvaux, Quentin Fillon-Maillet. Dans l’entretien qu’il a accordé à Numéro 39, le sportif leader de l’équipe de France parle de son Jura intime, de sa vie de sportif de haut niveau, de sa notoriété…

Les fans de ballon rond auront, eux, plaisir à lire le portrait de David Linarès. L’entraîneur de l’équipe de Dijon est originaire d’Arlay, près de Lons-le-Saunier, où il a plaisir à venir se ressourcer. C’est pas très loin, au château familial de Mirebel qu’Eric de Chassey, aujourd’hui à la tête de l’Institut national d’histoire de l’art (INHA) et commissaire de l’exposition « Napoléon ? Encore ! – Regards d’artistes contemporains » présentée actuellement aux Invalides, à Paris, retrouve la terre de ses ancêtres.

Dans sa nouvelle édition, Numéro 39 rend également hommage aux Jurassiennes qui ont participé à l’aventure de l’Aquarius, bateau symbole du sauvetage des migrants  en Méditerranée. Journaliste, chanteuse, bénévole  ou responsable de l’événementiel… toutes ces femmes ont choisi l’aide humanitaire. Rencontres avec des gens ordinaires plongés dans l’extraordinaire.

 

> Numéro 39 sera disponible à partir du 8 juillet dans les offices de tourismes, les fruitières, les boulangeries du Jura.

Alessandra Sublet en couverture du nouveau Numéro 39

By |2020-07-31T09:13:13+01:0017 juillet 2020|News|

Le nouveau Numéro 39 est arrivé. Il propose de nombreux portraits et de belles interviews avec des personnalités étonnantes.

 

 

Exceptionnel. Alessandra Sublet est en couverture de Numéro 39. La star de TF1 a accordé un long entretien à notre magazine.

L’histoire d’amour entre Alessandra Sublet et le Jura remonte à l’enfance. Il a pour port d’attache un petit hameau  de la commune de Pratz. Depuis, c’est là, dans ce Haut-Jura préservé où elle garde de très nombreux souvenirs,  que la présentatrice vient se ressourcer.

Découvrez la lettre qu’elle adresse aux Jurassiens.

Jura, Alessandra Sublet

 

Plus de 100 pages de belles rencontres

Faites aussi connaissance avec Constance Delval. Elle est belle comme un cœur, douce et sensible…  Mais ne vous y fiez pas. Avec son épée et son bouclier,  cette double championne de France de béhourd vous briserait en morceaux en deux coups d’estoc. Amazone ? Guerrière  ou simplement perchée ? En tout cas, Constance Delval conjugue le mystère de la féminité et de la violence.

Christophe Chaillot dirige, lui, l’Institut Français de Marrakech, au Maroc. Depuis vingt-cinq ans, ce Champagnolais promeut la langue française à travers la planète. Rencontre.

Pendant un an, le commandant de marine marchande Emmanuel Delran a travaillé à Shanghai sur le développement du plus gros porte-conteneurs du monde fonctionnant au gaz naturel liquéfié, véritable navire amiral  du groupe marseillais CMA CGM. Il prendra la mer  avec le Jacques Saadé courant août. « Le rêve d’une vie » pour ce navigateur très attaché à son Jura natal.

Thaïs Vauquières, Lyonnaise de 28 ans dont la famille est attachée à Saint-Claude, est en train de se tailler une belle réputation dans la nouvelle génération  des humoristes. Le 9 décembre, elle sera à l’affiche des Tuches 4.

Depuis un an, il est manager des arbitres amateurs de France et formateur en Afrique pour la Fédération française de rugby. À 48 ans, Salem Attalah, le fils d’immigrés algériens du Haut-Jura, a gravé  son nom dans le monde du ballon ovale, d’abord comme joueur à Morez, Saint-Claude et Annecy, puis comme arbitre en Pro D2 et Top 14.  Itinéraire d’un Monsieur dont la vie s’est jouée sur un coup de dés.

La musique du Nouveau Rendez-Vous et de Côté Club sur France Inter, c’est elle ! Marion Guilbaud cartonne avec sa programmation musicale et ses live qui font rappliquer tous les musiciens dans les studios de Radio France. À la rentrée, toujours avec son compère Laurent Goumarre, elle va animer une nouvelle émission quotidienne musicale. Entretien.

Pour un livre sur l’Orient-Express, la célèbre photographe Sarah Moon a voyagé sur les rails entre Champagnole et Morez, un jour d’hiver. À Numéro 39, elle raconte cette journée où la découverte s’est mêlée au merveilleux.

Pour la quatrième année, Marion Rousse commentera le Tour de France qui, le 18 septembre, passera par le Jura  qu’elle connaît bien pour y être venue en vacances  et y avoir parcouru les routes à vélo.  Rencontre avec la première consultante cyclisme  à œuvrer sur une antenne publique.

Au début de l’année, l’écrivain jurassien Pierric Bailly a publié Les Enfants des autres chez P.O.L. Un roman familial qui se déroule une nouvelle fois dans le Jura. Il a emmené Numéro 39 dans son Jura intime.

 

Avec aussi Sarah Bretin, Tom Meyer, Joub, Claire Castillon, Martine Festas, Julien Mariotte…

 

Photo : Alessandra Sublet

 

Marion Rousse, la belle échappée

By |2026-05-26T10:40:02+01:006 juillet 2020|Les Jurassiens|

Pour la quatrième année, Marion Rousse commentera le Tour de France qui, le 18 septembre, passera par le Jura qu’elle connaît bien pour y être venue en vacances et y avoir parcouru les routes à vélo.  Rencontre avec la première consultante cyclisme  à œuvrer sur une antenne publique.

 

Le 18 septembre, Marion Rousse commentera, avec Alexandre Pasteur, Laurent Jalabert et Franck Ferrand, l’étape du Tour de France reliant Bourg-en-Bresse à Champagnole. Sous l’impulsion du président du conseil départemental, Clément Pernot, la Grande Boucle sera de retour dans le Jura, un terrain de jeu que la jeune femme aime beaucoup pour y avoir passé de nombreuses vacances d’hiver en famille. À La Pesse mais aussi aux Rousses. « On y faisait du ski de fond, j’adore ce village, les gens y sont sympas et j’ai toujours eu cette impression de m’y sentir bien », témoigne la Ch’ti.

Plus tard, depuis le golf du Mont Saint-Jean où elle logeait, l’ex-cycliste professionnelle a sillonné le territoire à vélo. « Il y a énormément de belles routes comme les lacets de Septmoncel, les lacs, le Haut-Jura dans son ensemble, sans oublier les jolis coins suisses avec le lac de Joux, les cols du Marchairuz et du Mollendruz. »

Marion Rousse est une femme pressée… et douée. Sprinteuse, grimpeuse ou puncheuse à ses heures. Toujours endurante face aux challenges qu’elle s’impose. Travailleuse comme doit l’être un équipier dans le cyclisme moderne. La compétition coule dans ses veines. Elle la découvre à seulement six ans au cœur du mythique vélodrome de Roubaix (avec la complicité de sa maman et à l’insu de son papa cycliste qui voulait éviter cette difficile voie sportive à sa fille). À 19 ans, la Nordiste passe professionnelle. Elle devient double championne de France de cyclisme l’année suivante avant de mettre un terme à sa carrière professionnelle à seulement vingt-quatre ans… alors qu’elle faisait les beaux jours de l’équipe Lotto-Soudal. Un météore sur deux roues !

Entre-temps, une première pige en tant qu’invitée de l’émission d’Eurosport de Guillaume Di Grazia, Les Rois de la pédale, puis en tant que consultante pour la chaîne payante lors de la Vuelta 2013, confirme sa reconversion toute tracée. « C’est le rêve de tout sportif de devenir consultant car on reste dans notre univers, dans notre passion… mais les places sont rares », analyse-t-elle.

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Marion Rousse – France Télévisions

Elle poursuit son échappée belle à France Télévisions qu’elle rejoint en 2017 pour commenter, avec Alexandre Pasteur et Laurent Jalabert, Paris-Roubaix… puis le mythique Tour de France, monument du cyclisme mondial.

À cette occasion, elle devient d’ailleurs la première femme consultante cyclisme sur le service public. « Mais elle ne cherche pas à se différencier en tant que femme, note le Jurassien Alexandre Pasteur, grande voix du sport à la télé [lire Numéro 39 n° 4]. Elle prépare minutieusement ses étapes, vient tous les matins avec son calepin et travaille beaucoup. Marion n’est pas du tout dans la revendication ou le féminisme. »

Elle accueille toutefois avec grand plaisir l’organisation à venir du premier Paris-Roubaix féminin cet automne et la réflexion sur un Tour de France féminin en 2022. Mais refuse l’étiquette de porte-étendard de la cause féminine.

« Je ne suis pas là pour assurer un quelconque quota féminin », assure Marion Rousse qui se réjouit de voir des gamines lui dire qu’elles aimeraient suivre le même parcours sportif puis journalistique que le sien. « Ça me paraissait inimaginable de pouvoir commenter le Tour de France à vingt-six ans, et pourtant je l’ai fait. » « C’est une pro qui commente des courses de mecs et ça lui va très bien. Elle l’assume parfaitement et veut juste vivre sa passion à fond », résume Pasteur, lui aussi transfuge d’Eurosport.

Passion n’est d’ailleurs pas un terme assez fort pour décrire le lien entre la directrice-adjointe du Tour de Provence et la petite reine. Son histoire avec le vélo remonte à l’enfance et s’inscrit dans une certaine lignée familiale. Imaginez un peu : trois de ses cousins ont été coureurs professionnels (les frères Laurent et David Lefèvre, ainsi qu’Olivier Bonnaire) et son papa a longtemps couru à un très bon niveau amateur. De fait, évoluer au sein d’un univers masculin ne l’a jamais choqué. Au contraire presque : « Tous les dimanches, j’étais la seule femme “à partir à la guerre” pour gagner face à un groupe d’hommes. Cela s’est toujours bien passé, je n’étais pas différente et ne me donnais pas d’excuses. Je n’ai jamais eu de passe-droit dans la vie. Je souhaite simplement être reconnue pour la qualité de mon travail. »

Adoptée par le milieu

Très exposée sur France Télévisions, Marion Rousse aurait pu trébucher sur cette grande marche, mais son professionnalisme a vite fait l’unanimité autour d’elle et derrière le poste de télé. Elle a d’ailleurs succédé à un certain champion du monde de football 1998, Bixente Lizarazu, au Trophée de la reconversion, en étant sacrée meilleure consultante 2019. « J’ai été touchée par cette récompense car mon boulot n’est pas juste d’arriver le matin des courses et de voir ce qu’il se passe ensuite ! Je suis une fille studieuse qui aime travailler avant, préparer les courses, amener quelque chose d’inédit ou d’important à l’antenne. Et entre nous, succéder à Lizarazu me rend un peu fière ! »

Bienveillante avec les coureurs et pointue dans ses analyses tactiques, Marion Rousse connaît le peloton et le monde de vélo comme peu d’observateurs. Mariée à Tony Gallopin pendant douze ans avec qui elle allait en stage et roulait régulièrement, aujourd’hui compagne de Julian Alaphilippe, l’éclatant maillot jaune français du Tour de France de 2019, la jeune femme a de très nombreux contacts dans le peloton. Ainsi qu’une vue acérée : « Marion sait reconnaître un coureur sur une vue d’hélicoptère à travers le brouillard et croyez-moi c’est loin d’être simple », s’amuse Pasteur qui agit comme le meneur de jeu à l’antenne de France TV pendant les trois semaines du Tour.

« C’est une aventure humaine qu’on traverse intensément tous ensemble. Les téléspectateurs doivent sentir une complicité dans l’équipe, que ce soit avec Marion, Laurent Jalabert, Franck Ferrand et nos deux motards Thierry Adam et Thomas Voeckler. »

La légende jurassienne

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Marion Rousse… aux Rousses – DR

Le commentaire n’en devient que plus fluide après également le repérage des étapes en voiture. « On a un côté très pédagogue car nous diffusons sur une chaîne grand public. Je dois, avec Jaja, faire comprendre les stratégies de course, le travail des équipiers », poursuit la consultante qui a vécu un dernier Tour de France épique. « Il y a eu de très grands moments comme la victoire de Thibaut Pinot sur le Tourmalet, la dizaine de jours en jaune pour Julian Alaphilippe, les Français aux avant-postes, la blessure de Pinot… J’ai tellement hâte de retrouver le Tour cet automne après de nombreux mois sans courses à cause de la pandémie. Le vélo m’a beaucoup manqué pendant cette période. »

« Le Tour de France 2019 a réconcilié les Français avec le cyclisme, approuve Alexandre Pasteur. Rien n’était écrit d’avance et cette édition fut passionnante ».

Après avoir été menacée d’annulation, l’édition 2020 s’annonce toute aussi animée, compte tenu du parcours très montagneux retenu par ASO, l’organisateur du Tour. Avec une antépénultième course programmée entre Bourg-en-Bresse dans l’Ain, et Champagnole, dans le Jura. « Cette étape aura une résonance forte, c’est certain », prédit le journaliste. Programmée juste après Méribel – La Roche-sur-Foron et ses cinq ascensions dont les montées du Cormet de Roselend et du plateau des Glières, « le tracé du jour pourrait sourire aux attaquants juste avant le terrible contre-la-montre sur la Planche des Belles Filles le lendemain ».

Originaire du massif jurassien, Alexandre Pasteur retrouvera des coins de son enfance avec l’étape jurassienne du vendredi 18 septembre qui passera par Nozeroy, Les Planches-en-Montagne et ses magnifiques gorges de la Langouette…

« À chaque fois que le Tour de France est passé dans le Jura, un massif pas si facile pour rouler, on n’a jamais été déçu du spectacle », souligne Marion Rousse. 

En 2010, l’étape Tournus-Station des Rousses avait été remportée par Sylvain Chavanel qui s’était imposé en solitaire. Il reprenait du coup un maillot jaune qu’il avait déjà porté après sa victoire en Belgique quelques jours plus tôt.

Sept ans plus tard, un autre Français avait brillé en terre jurassienne au terme d’une journée riche en attaques. Lilian Calmejane décrochait sa première victoire sur la Grande Boucle, les crampes survenues à cinq kilomètres de l’arrivée accroissant encore le suspens dans les dernières minutes de course.

Mi-septembre, la France découvrira un Jura automnal… sans doute tout aussi séduisant que le modèle estival ! 

Thaïs Vauquières, l’humoriste pressée

By |2026-05-26T10:40:39+01:004 juillet 2020|Les Jurassiens|

Cette Lyonnaise de 28 ans dont la famille est attachée à Saint-Claude est en train de se tailler une belle réputation dans la nouvelle génération des humoristes. Le 9 décembre, elle sera à l’affiche des Tuches 4.

 

Chiche qu’elle en fera un sketch. Une humoriste sans public, confinée pendant cinquante-cinq jours chez sa mère, dans un appartement à Lyon, c’est de l’or en barre ! Thaïs Vauquières, bonne joueuse, a profité de cette mise au vert forcée pour peaufiner ses textes et prendre du recul. La voilà prête à reprendre son one woman show en simultané à Paris et à Lyon.

Comment commencer une carrière sur les planches ? Demandez à Thaïs, elle vous donnera sa recette : « Un soir de bringue, j’étais bourrée et une copine qui faisait de l’improvisation m’a demandé de l’accompagner pour une audition dans un petit théâtre. J’y suis allée et comme j’étais saoule, j’ai trouvé ça facile ! »

La suite s’est faite au pas de charge, comme tout ce qu’elle entreprend. À dix-neuf ans, elle joue dans Ça tourne, à base de parodies de films. La comédienne en herbe bouscule les règles, le public monte sur scène. Bref, une pagaille sans nom, mais la pièce – sa première – affiche les meilleures ventes à Lyon. Elle sera jouée un an et demi.

Ensuite défilent quatre années sur les planches et une dizaine de textes à apprendre. Mais voilà, sur scène, Thaïs Vauquières en fait des tonnes. Son producteur, Stéphane Casez, lui conseille alors d’écrire sa propre partition : « Il tenait le Boui-Boui, un café-théâtre comique, il a coécrit avec moi Hymne à la joie, mon one woman show. On a répété pendant cinq mois avant de jouer et cela s’est super bien passé. C’était complet à la première et il y avait cinq personnes à la deuxième », raconte-t-elle.

L’humoriste qui monte

Elle a alors 24 ans. Elle tient le haut de l’affiche dans la capitale des Gaules durant deux années avec son spectacle millimétré. Elle se filme pour mieux se corriger, n’hésite pas à enlever ce qui ne va pas, se bonifie. Son perfectionnisme l’amène à voir plus grand. Stéphane Casez lui offre Paris en 2018 et, selon lui, c’est mérité : « Thaïs a quelque chose de plus, ce talent rare d’écriture. Son humour n’est pas clivant, elle fait du stand-up, des sketches grand public, c’est un humour féminin accessible aux hommes. »

Depuis quelques mois, Hymne à la joie ravit la critique parisienne qui voit en elle la nouvelle Foresti, la Blanche Gardin version 2020, celle qui sait si bien se moquer d’elle-même et faire rire le public par ses outrances, par sa sensibilité aussi. Pourtant, quand elle débarque dans la capitale, il lui faut jouer des coudes : « J’ai bossé, fait des scènes ouvertes de cinq minutes, distribué des tracts, publié des vidéos sur Instagram, joué devant une salle vide. Quand je passais devant les gens qui attendaient, on me disait de faire la queue. J’étais inconnue, c’est ultra-dur quand tu es seule et en concurrence avec tout le monde. »

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Thaïs Vauquières – Numéro 39

Presque un an et demi de galères, avec des moments de grâce néanmoins, comme ses prestations à l’émission de télévision Téva Comedy Show. De fil en aiguille, elle conquiert un public : « Tout se joue sur un coup de dés. Ce n’est pas une course de vitesse mais un marathon. »

Au moment où la gloire se profile, alors qu’elle travaille les débuts de semaines à Lyon et les week-ends à Paris, donne la réplique à Titoff dans Amoureux, où elle se permet de chanter, de danser sur scène, de parler de son eczéma et de la pilule du lendemain, alors même qu’elle est invitée au festival de Montreux, à celui du Cap d’Agde, patatras : le coronavirus lui cloue le bec : « La presse a dit que les rassemblements de 1 000 personnes étaient interdits. Ouf, ça passait ! Après, ils ont baissé à 100. On avait une jauge de 80… Et puis, à ma dernière, une heure avant le spectacle, la télé annonce le confinement. Dans la salle, l’ambiance était bizarre. À la sortie, les bars étaient fermés par les policiers ! »

Elle fuit Paris. Elle aurait très bien pu se cloîtrer à L’Essard, sur les hauteurs de Saint-Claude, chez ses grands-parents jurassiens, mais elle file à Lyon chez sa mère à la Croix Rousse. Une cohabitation avec des hauts et des bas. Heureusement, il y a un balcon. Pour respirer, ça aide. Pour travailler aussi…

Souvenirs jurassiens

Alors, pourquoi pas le grand air jurassien ? Après tout, la rousse Thaïs y vient depuis toujours. C’est une enfant du pays : « Ma mère et mes grands-parents sont de la région de Saint-Claude et mon oncle tient le restaurant des Arobiers à Lamoura. Quand j’étais gamine, on venait tous les week-ends pour voir un peu de verdure ou skier. C’est drôle parce que j’ai le souvenir d’une ville grise, alors qu’aujourd’hui, je la vois plus festive. »

Les soufflaculs, ses chars et ses déguisements, la vie de quartier où les gens se parlent, la luge, l’humour haut-jurassien… Des choses qui ont marqué son enfance, mais pas au point d’y venir s’y enfermer.

Thaïs Vauquières est une pure Lyonnaise ; sa vie, c’est la ville : « Je suis une comédienne-humoriste et la vie d’une comédienne, ce sont les planches. Quant à mon humour, il n’est pas féminin, c’est juste de l’humour. Je me casse souvent la figure dans ma vie, alors je le raconte. » Et elle en a des choses à dire… Son isolement forcé l’a propulsée dans la réflexion, elle en est sortie plus boulimique que jamais : envie de doublage, de théâtre, d’écriture. Pièces, one woman show, scripts pour des séries télé, mais aussi vidéos, production et même cinéma. La desmoiselle sera à l’affiche des Tuche 4 dans quelques semaines : « Les chaînes attendent des produits que les acteurs font eux-mêmes, j’ai beaucoup d’idées mais quand tu es jeune, on ne te donne pas les clés. Moi, je n’ai pas de moyens. C’est injuste et frustrant ! »

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Thaïs Vauquières – Numéro 39

Marion, sa meilleure amie, croit en son talent : « On se connaît depuis vingt-deux ans, je sais que c’est une fille solide qui n’a pas peur du regard des autres. Elle est très drôle, légère, mais elle travaille énormément. C’est sûr, ça finira par payer. »

Peut-être, avec cette réserve que, depuis le 14 mars, rien n’est plus pareil dans le milieu du spectacle. Stéphane Casez le sait : « Cette rupture brutale atteint tous ceux qui avaient des projets et Thaïs en a beaucoup. Elle reste active mais, avec le temps qui passe, l’énergie diminue et l’envie aussi. La reprise ne se fera pas dans la même dynamique, il faudra se remettre dans le bain et avoir conservé le fight spirit. »

Thaïs Vauquières, elle, a appris à relativiser : « J’ai de la chance, je suis née dans une famille moyenne bobo, j’ai un appartement à Paris, je gagne bien ma vie. Je ne suis pas smicarde, je fais la fête, j’ai un métier cool que je fais à fond, mais j’espère qu’à un moment, ça va marcher parce que la vie à Paris peut être également très dure. Il y a beaucoup de misère et cela peut sacrément te miner. » 

Emmanuel Delran, à la barre du géant des mers

By |2026-05-26T10:41:04+01:003 juillet 2020|Les Jurassiens|

Pendant un an, le commandant de marine marchande Emmanuel Delran a travaillé à Shanghai sur le développement du plus gros porte-conteneurs du monde fonctionnant au gaz naturel liquéfié, véritable navire amiral du groupe marseillais CMA CGM. Il prendra la mer avec le Jacques Saadé courant août. « Le rêve d’une vie » pour ce navigateur très attaché à son Jura natal.

 

Vingt-cinq ans pile après son entrée dans le groupe de transport maritime CMA CGM, Emmanuel Delran devient le commandant du plus gros porte-conteneurs du monde propulsé au gaz naturel liquéfié, le CMA CGM Jacques Saadé, navire amiral du groupe marseillais [lire par ailleurs]. « Le rêve d’une vie », souffle ce Jurassien d’origine !

L’histoire est d’autant plus belle qu’en 1995, alors qu’il se rend à un entretien d’embauche, c’est justement le président fondateur Jacques Saadé en personne qui lui sert, par hasard, de guide : « N’ayant pas le code d’entrée, j’attendais devant la porte, raconte Emmanuel Delran, un sourire au coin des lèvres. Un monsieur me demande alors : “Que faites-vous ici jeune homme ?”, avant de me faire entrer. Quand j’ai vu tout le monde au garde-à-vous sur son passage, j’ai compris qui c’était… J’ai été recruté, mais je ne saurai jamais si c’est parce que j’ai été présenté au DRH par le grand patron », s’amuse aujourd’hui le commandant.

C’est un autre hasard qui l’a amené vers cet univers maritime, bien loin de ses attaches jurassiennes du côté de Mont-Sous-Vaudrey et la ferme du papy « où on passait tous nos étés en famille ».

Après une enfance heureuse passée dans le Jura jusqu’à ses douze ans, ce brillant jeune homme suit ses parents à Salon-de-Provence où il rêve alors d’une carrière de pilote de chasse. Pas étonnant avec l’École de l’air toute proche. Mais une rencontre va chambouler son projet professionnel : celle d’un très convaincant professeur de l’École supérieure nationale maritime lors d’un salon d’orientation. Séduit par le projet d’intégrer l’établissement qui forme, au Havre, les officiers de la marine marchande, Emmanuel Delran réussit le concours d’entrée et met le cap sur le nord-ouest. En tant qu’élève, il navigue pour la première fois sur le Mabro (qui signifie « mon pays », en breton), un petit pétrolier reliant la raffinerie de Donges et les bases navales de la Bretagne.

L’appel du grand large

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CMA CGM Jacques Saadé – CSSC

Emmanuel Delran termine son temps d’élève au sein du groupe marseillais qu’il vient d’intégrer… et qu’il ne quittera plus. Trois propositions de navires s’ouvrent à lui : son choix se porte sur le Siam Bay qui effectue des allers-retours Singapour-Bangkok. De quoi largement satisfaire son appel du grand large. « Mais attention Delran, ce ne seront pas des vacances là-bas », le met alors en garde son responsable, conscient du côté exotique de cette première mission dans l’océan Indien !

Un an plus tard, le voilà lieutenant avant de rejoindre, pour cinq ans, les Antilles où il devient responsable d’opération.

Au fil des missions et des années, le Jurassien gagne ses galons jusqu’à devenir commandant en 2011. Entre-temps, il découvre tous les métiers du groupe : « Cela m’aide aujourd’hui de mieux connaître les contraintes des travailleurs avec qui j’évolue sur un navire », souffle celui qui veille à la fois sur la sécurité du bâtiment, de ses conteneurs et de ses hommes !

Il garde d’ailleurs un souvenir ému de son premier commandement : « C’était aux Antilles, il y avait beaucoup d’appréhension, de la joie aussi. En fait, c’est un moment indescriptible et, aussi étonnant que cela puisse paraître, le fait de me voir confier cet outil industriel, ces marchandises et cet équipage m’a rappelé mon grand-père paysan et son côté gardien de troupeaux qui doit veiller sur ses animaux, ses outils et la bonne santé de sa ferme ! En cela, je reste très attaché à mes racines. »

En pleine mer, à des milles nautiques de toute terre habitée, le commandant se remémore parfois ses vieux souvenirs : « Comme au milieu de la mer de Chine, le Jura représentait pour nous la liberté. On avait l’impression d’avoir la forêt de Chaux et la Loue pour nous tout seuls. »

Mais ses vagabondages sont rares tant le commandement d’un porte-conteneurs géant demande de l’attention. « Quand je monte à bord, mon cerveau est concentré sur le bateau, le travail, les soucis possibles, sur ce que je mets en place pour éviter le pire, contourner les tempêtes, trouver une nouvelle route, anticiper au mieux le comportement d’un bateau qu’on ne peut pas stopper à la demande… tout cela pour amener, en toute sécurité, le bâtiment d’un point A à un point B.

Le Jura comme point de ralliement des delran

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Emmanuel Delran – DR

Les manœuvres n’ont rien d’anecdotiques aux commandes d’une embarcation de 300 000 tonnes, véritable immeuble perché à 70 m au-dessus de la mer. L’anticipation est de mise et le petit équipage de 25 à 28 personnes, ultra-formé et compétent, reste constamment aux aguets. « Dans les moments de grosse mer avec des creux de sept à huit mètres, la coque du bateau se déforme pour encaisser les chocs. C’est très impressionnant de voir le mat de la proue se déporter d’un mètre sur le côté ! »

Pour que tout fonctionne à merveille en haute mer « où personne ne viendra rapidement nous chercher en cas d’avarie », le commandant s’appuie sur une brigade rapprochée de sept officiers : la cheffe mécanicien et son second, le second capitaine et ses adjoints, avec qui il partage ses repas, à 12 h et 19 h, quand l’équipage se regroupe par ailleurs : « L’un des avantages de naviguer sous pavillon français réside dans la qualité de la cuisine, s’amuse le Jurassien. Pour les grandes occasions, les fêtes de fin d’année ou les anniversaires, on partage un repas tous ensemble. Ces moments permettent de souder des équipes loin des leurs pendant parfois deux à trois mois et soumises à un stress permanent pour mener à bien la mission. Par contre, une fois à quai, je fais un reset marine marchande et passe en mode congés. »

À raison d’un mois de repos pour un mois en mer, Emmanuel Delran, père de deux enfants et marié à une Normande (« qui commande à la maison », sourit-il), rend régulièrement visite à son cousin de Franche-Comté pour y passer les fêtes. « Le Jura est finalement le point de ralliement entre les Delran du sud et ceux de Normandie. Et même sans se voir pendant six mois, on se retrouve comme si on ne s’était pas quitté », sourit-il.

Au fil de ses missions, le commandant a fait des applications Skype, FaceTime et autre WhatsApp de précieux compagnons de vie pour rester en contact avec ses proches : « Certes, c’est par écran interposé, mais cela permet de garder le lien », dit-il.

La naissance d’un géant écologique

Cette dernière année a toutefois été plus particulière que les autres. Pendant douze mois, le commandant Delran et sa garde rapprochée ont été détachés de la liste du personnel navigant pour se rendre sur le chantier naval de Jiangnan situé près de Shanghai. Là-bas, à l’extrême ouest de la Chine, ils ont suivi la naissance du plus gros porte-conteneurs du monde propulsé au gaz naturel liquéfié, premier navire d’une série de neuf géants [lire ci-contre] commandés par le groupe marseillais.

Du plan sur papier au retour en Europe ce début d’été via le canal de Suez, la Méditerranée puis l’océan Atlantique, Emmanuel Delran a vécu une aventure incroyable et passionnante : « Si on ramène ce bateau au domaine de l’aviation, c’est un peu comme être le premier commandant de l’Airbus A380 ! Par les dimensions du CMA CGM Jacques Saadé d’une part mais aussi par son mode de propulsion pour lequel tout l’équipage s’est longuement formé. »

Le pacha est conscient de vivre une transition importante dans l’histoire de la marine marchande, vieille de mille ans et marquée par plusieurs innovations : l’arrivée de la voile, la vapeur puis l’hélice.

« Le Groupe CMA CGM a toujours considéré que sa performance économique était indissociable de sa performance sociale et environnementale. Cet engagement s’inscrit dans notre histoire et dans nos valeurs humaines et familiales », soutient d’ailleurs Rodolphe Saadé, le P.-D.G. du groupe.

« Ce chantier exceptionnel a permis de mettre en lien les constructeurs et les futurs utilisateurs. Nous avons apporté au fil des mois notre expérience pour améliorer différents points techniques. J’ai vécu ce chantier comme un challenge à relever avec mon équipe. Lors de la mise en l’eau en septembre, mes officiers et moi avons pu nous rendre dans la coque pour toucher l’hélice (de 10 mètres, N.D.L.R.) : un moment très fort pour un marin ! »

Le voyage inaugural, entre Shanghai et l’Europe du nord (alors qu’un accueil présidentiel avait été initialement prévu avant l’épidémie de Covid-19), se déroulera courant août avec l’équipage au complet : seulement 25 personnes hautement qualifiées dans leur domaine. « Personne ne viendra nous chercher en mer ! Nous devons savoir tout gérer nous-mêmes », résume le commandant, heureux et fier de ramener ce géant des mers à bon port ! 

Christophe Chaillot : lettre du Maroc

By |2026-05-26T10:41:37+01:002 juillet 2020|Les Jurassiens|

Christophe Chaillot dirige l’Institut Français de Marrakech, au Maroc. Depuis vingt-cinq ans, ce Champagnolais promeut la langue française à travers la planète.

 

Presque rien ne change finalement. Voici bientôt trois décennies, Christophe Chaillot exerçait le métier de serveur au Grand Café du Théâtre à Lons-le-Saunier. En cet après-midi d’hiver lumineux, les platanes de la place de la Liberté ont disparu, l’espace est devenu plus clair, plus minéral aussi, mais la terrasse semble identique. Il y a bien quelques touches de blanc qui sont apparues sur les tempes du désormais client – « c’est la neige » –, le teint un peu plus hâlé – « c’est le soleil de Champagnole ; à Lons, vous ne pouvez pas comprendre ». Sinon l’actuel directeur de l’Institut Français de Marrakech – depuis septembre 2019 – ne semble guère différent de l’ancien élève du lycée Jean-Michel. « J’ai vu Christophe l’été dernier et je peux dire que, malgré la distance et les missions qui lui ont été confiées récemment, il n’a pas perdu son humour et sa simplicité, souligne son amie Florence Restelli, de Conliège. Pour moi, il reste un voyageur. Depuis vingt-cinq ans, il est toujours dans d’autres pays ! ». Avec un fil rouge dans ce parcours nomade : l’enseignement et la promotion de la langue française.

Christophe Chaillot est né à Champagnole dans les années 1970. « C’est dans cette ville que s’étaient installés mes grands-parents paternels. Une partie de la famille est d’origine italienne, de la région d’Asti, dans le Piemont. C’est une immigration économique, car mon arrière-grand-père était venu travailler sur la ligne de chemin de fer qui relie Champagnole à Morez. Ma grand-mère est née sur cet itinéraire, à Châtelneuf ! Après, du côté de ma mère, nous sommes originaires du Nord. Mes parents se sont rencontrés dans le Jura, dans une colonie. Mon père était moniteur et ma mère infirmière scolaire. ». Au lycée Jean-Michel justement.

La colère de Chirac

Christophe Chaillot a suivi une formation de professeur de français langue étrangère à Besançon, puis d’ingénieur de coopération culturelle à Paris. « Je crois que cette envie de voyager, de découvrir d’autres pays est liée à mon expérience au Théâtre universitaire de Franche-Comté, les tournées dans différents pays d’Europe m’ont beaucoup plu. Aussi, le Centre de linguistique appliqué [CLA], où j’ai eu ma première expérience d’enseignement, m’a donné une ouverture internationale. Je réalise aujourd’hui combien ce bâtiment bizarre le long du Doubs bénéficie d’une reconnaissance internationale. »

En 1996, il effectue sa première mission loin de l’Hexagone. Il pose ses valises en territoire palestinien, pour y former des professeurs : « Je me souviens très bien de la colère de Jacques Chirac dans la vieille ville de Jérusalem en octobre 1996, j’étais à côté ! », confie-t-il.

Sofia, Beyrouth…

Ami de longue date de Christophe Chaillot, le Jurassien Gregory Chamberland n’a pas oublié cette période. « Je lui avais rendu visite à Ramallah, nous avions loué une voiture et avions roulé jusqu’à Eilat, au bord de la Mer Rouge, en traversant le désert du Sinaï. À chaque affectation à l’étranger, tu reconstruis une nouvelle vie, tu fais de nouvelles rencontres. Et je crois que Christophe a besoin de ça. »

Après cette première expérience à Ramallah, puis dans la ville aux sept collines, le Franc-Comtois multiplie les séjours à l’étranger. Il vit et travaille notamment en Bulgarie, à l’Institut Français de Sofia, et au ministère sénégalais de l’éducation, en tant qu’assistant technique et expert linguistique.

À partir de 2008, Christophe Chaillot travaille comme attaché de coopération éducative à l’ambassade de France à Beyrouth. « J’ai fait de belles rencontres parmi mes collègues libanais. J’ai aussi eu l’occasion de côtoyer Mathias Énard, le futur prix Goncourt. Aussi, dans le cadre des Jeux de la Francophonie, d’accompagner Jean-Pierre Raffarin, alors conseiller francophonie du Président Sarkozy et les ministres de l’époque, Roselyne Bachelot et Rama Yade et, belle surprise, de retrouver Gérald Baudoin, l’entraîneur de l’équipe de France de saut à la perche avec lequel j’étais en classe au collège Saint-Exupéry à Lons-le-Saunier. »

À Beyrouth, il collabore avec Aurélien Lechevallier, le directeur de l’Institut Français du Liban. Ce dernier, aujourd’hui ambassadeur de France en Afrique du Sud, se souvient bien de l’arrivée de son collègue : « Lorsque j’ai rencontré Christophe, je l’ai tout de suite trouvé très sympathique. Mais ce qui m’a le plus marqué alors, c’est son engagement total pour la promotion de la langue française. Il était très professionnel, créatif et respectueux de nos partenaires libanais. Il ne s’agissait pas d’imposer une politique ou des actions, mais de construire un agenda partagé, en tenant compte du contexte plurilingue libanais avec l’arabe et l’anglais. Toute son équipe l’adorait et, au-delà même de l’ambassade, tous ceux qui le côtoyaient ».

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Christophe Chaillot – Collection personnelle

De retour à Paris, en 2013, à l’Institut Français, établissement public qui promeut donc l’action culturelle extérieure de la France hors de nos frontières, le Jurassien prend la tête du pôle langue française et continue à réaliser de nombreux voyages pour accompagner les instituts et alliances français dans leurs actions. Mathieu Szeradzki, chargé de mission, témoigne : « Christophe, c’est d’abord quelqu’un de très professionnel. Sous son apparence décontractée, son sourire, c’est quelqu’un de très rigoureux. Il n’y a qu’à voir son bureau : rien ne dépasse ! C’était quand même le Monsieur langue française de l’Institut Français et, dans ce cadre, le référent de l’ensemble du réseau culturel français pour tout ce qui touche à l’apprentissage et à l’enseignement du français dans le monde. Son expérience unique lui donne cette légitimité. »

Agnès Alfandari, directrice du numérique à l’Institut Français, souligne à son tour : « Christophe, c’est quelqu’un qui aime travailler en transversalité, à chercher l’expertise de ses collègues. Il est enthousiaste, engagé, passionné par sa mission de service public. Je retiens qu’il est toujours dans une vision de coconstruction avec les acteurs sur place à l’étranger. Et cela s’illustre par son attachement au plurilinguisme, à inscrire le français parmi les autres langues, dont l’arabe. Pour lui, l’apprentissage de notre langue passe aussi par l’apprentissage des langues locales. »

Toutes ces qualités professionnelles sont reconnues au plus haut sommet de l’État. En 2017, Christophe Chaillot se voit confier une mission par le chef de l’État liée à la promotion de la langue française dans le monde.

Le projet s’appelle « Mon idée pour le Français ». « Nous avons voulu donner un nouveau souffle et une nouvelle ambition à la promotion de la francophonie et du plurilinguisme, explique Aurélien Lechevallier, qui était conseiller diplomatique adjoint à l’Élysée au cours de cette période. C’est tout naturellement que j’ai demandé à Christophe de nous aider et le président de la République a signé pour lui une lettre de mission. Christophe a parfaitement rempli son rôle et a donné beaucoup de substance et une dimension participative essentielle à cette nouvelle politique. Nous avons utilisé tout ce que nous avions appris sur le terrain, auprès de nos partenaires, mais cette fois à un niveau national et international. Son implication a été une grande réussite. »

De son côté, Christophe Chaillot confie : « Ce furent cinq mois intenses et une expérience grisante de pouvoir porter au plus haut niveau politique un sujet qui me tenait à cœur depuis des années. J’ai travaillé avec le président, ses conseillers et les ministères de l’Europe, des Affaires étrangères et de la Culture. Ce projet était également accompagné par des artistes du monde entier et des intellectuels, comme Leïla Slimani, que j’accueillerai prochainement à Marrakech. »

Comme le résume Agnès Alfandari, « Christophe, c’est un joli parcours, avec beaucoup de travail et d’enthousiasme. Même s’il est aujourd’hui à un poste de responsabilités importantes, ce n’est pas forcément un profil classique de haut responsable de la fonction publique. C’est un mélange, un bon équilibre entre quelqu’un de très respectueux et d’énergique pour inventer de nouvelles choses. Il est aventureux. C’est quelqu’un avec qui on se marre bien, de très drôle. Il peut envoyer des blagues idiotes et pas ne pas se prendre trop au sérieux. Il n’a pas la grosse tête. »

Football à Cize, tennis à Foncine…

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Christophe Chaillot – Collection personnelle

« Ce qui facilite aussi les relations quand tu es son collègue, c’est le sport. Il le cache, mais c’est aussi un bon joueur de tennis », souligne pour sa part Mathieu, le collègue de l’Institut Français. « C’est qu’il est un lecteur régulier de L’Équipe ! C’est d’ailleurs pour cela que nous l’avons choisi pour parrain de notre deuxième fils, pour lui transmettre cette passion du sport », explique Florence, l’amie jurassienne.

S’il connut une brève carrière de footballeur dans l’équipe de Cize, Christophe Chaillot fit également une apparition au tournoi de tennis de Foncine-le-Haut voici cinq ans ! « Le week-end, pour nous détendre, nous allions parfois jouer ensemble. Les parties n’étaient pas très disputées car nous étions tous les deux contents de voir l’autre gagner », se souvient Aurélien Lechevallier. Le principal intéressé acquiesce : « J’ai toujours eu de l’admiration pour des sportifs jurassiens. Je me souviens bien sûr de Fabrice Guy et Sylvain Guillaume en 1992 aux Jeux olympiques d’Albertville ou de la victoire de Philippe Grandclément sur La Transjurassienne. Dernièrement, j’ai aussi suivi la carrière de Jason Lamy Chappuis, que j’ai vu sauter au Grand Prix d’été de Chaux-Neuve, et de Quentin Fillon-Maillet. Ils témoignent d’un lien fort avec leur environnement et d’une volonté peu commune à dépasser leurs limites ».

De Clavel à Bailly

Depuis quelques années, et pour des raisons familiales, les liens avec le Jura se sont resserrés. Aujourd’hui, le natif de Champagnole séjourne régulièrement dans le village voisin de Cize. « En 2019, quand j’ai fait le choix de m’installer à Marrackech, je savais que je pouvais rentrer régulièrement, avec la proximité de l’aéroport de Dole-Tavaux ». Ce que confirme Grégory, l’ami d’enfance originaire de Ney : « Le Jura, c’est le lieu qui lui permet de garder le lien avec les amis et les camarades de lycée. Même si nous sommes éloignés, le Jura reste l’endroit où nous nous retrouvons. »

En dehors de sa famille, ses points d’ancrages restent liés à son cercle d’amis toujours implantés dans la région de Lons-le-Saunier. « J’ai aussi une affection particulière pour la région des lacs. Les Rousses, Saint-Laurent-en-Grandvaux, Foncine, la fromagerie Janin et la librairie de Champagnole, qui vient malheureusement de fermer, ou le Paléo Festival de Nyon font aussi partie de mon itinéraire quand je rentre. »

Christophe Chaillot n’oublie donc pas sa région. « Quand je rencontre des habitants des montagnes de l’Atlas, je pense au Jura, je retrouve le même attachement, les mêmes valeurs ». S’il se souvient avoir été marqué à l’adolescence par les ouvrages de Bernard Clavel – « surtout ceux consacrés aux Indiens du grand Nord » –, le premier auteur qu’il associe au Jura est Pierric Bailly dont l’avant-dernier livre, L’homme des bois, l’a particulièrement touché [lire notre entretien page 94]. L’éloignement et la distance permettent-ils d’appréhender le Jura de manière différente ? « Je ne pense pas. Je le trouve toujours magnifique été comme hiver ! Est-ce que je suis objectif ? »

Le soir même de notre rencontre à Lons-le-Saunier, Christophe Chaillot passait la soirée à Conliège. Le lendemain, il repartait à Paris, puis s’envolait pour le Maroc. Avec beaucoup d’envies. « J’aime le dynamisme de Marrakech et son côté multiculturel. Mais ce que j’aimerais, c’est accueillir à Marrakech des artistes – je pense à quelqu’un comme Hubert-Félix Thiéfaine – ou intellectuels jurassiens, créer des liens entre ces deux lieux auxquels je reste attaché. » 

Constance Delval : sous l’armure, la grâce

By |2026-05-26T10:42:03+01:001 juillet 2020|Les Jurassiens|

Elle est belle comme un cœur, douce et sensible… Mais ne vous y fiez pas. Avec son épée et son bouclier, cette double championne de France de béhourd vous briserait en morceaux en deux coups d’estoc. Amazone ? Guerrière ou simplement perchée ? En tout cas, Constance Delval conjugue le mystère de la féminité et de la violence.

 

Ne vous y fiez pas, cette jeune femme de trente ans aux yeux bleus, cheveux blonds qui tombent en cascade sur ses épaules, 1,78 m, est une athlète de haut niveau de béhourd, résurgence d’un sport médiéval. Championne de France par équipes, dame de fer cette fois en combat individuel lors du tournoi des Combes aux Rousses, la Jurassienne est membre de l’équipe de France. Et pour tout dire, avec ses copines, elle entend bien partir à la conquête du titre mondial détenu depuis des lustres par les Russes.

Un sacré caractère

Constance Delval, c’est pourtant la douceur. C’est aussi une part d’ombre : « Quand je combats, je fonce, je donne tout. C’est un vrai plaisir de donner des coups sans retenue ! » Au départ, rien ne la prédispose à la violence ; son truc, c’est le cheval : « Je ne suis pas bagarreuse, je n’ai jamais frappé personne, mais quand je mets l’armure, je me transforme… »

D’où lui vient cette force ? Sa réponse est surprenante : « J’ai accouché deux fois sans péridurale, volontairement. Je suis allée au bout de moi-même pour supporter la douleur, ça m’a donné le mental pour combattre et beaucoup aidé, je suis devenue plus forte ! »

Oups ! Cette fille est un mystère, elle accepte sans problème le monde viril du béhourd : « J’aime ce côté festif après les combats. Tout le monde se retrouve, on prépare le repas, on mange. S’il n’y avait pas ça, je crois que je serais moins attirée. Et puis, j’ai toujours eu beaucoup de copains, je suis habituée aux blagues grasses, mais il n’y en a pas que dans ce milieu ! »

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Quant au regard familial, elle s’en affranchit : « J’ai deux grandes sœurs, un grand frère et une demi-sœur. Tous sont venus me voir. Ma famille est contente que je pratique ce sport. De toute façon, si ça ne leur plaisait pas, ça ne m’empêcherait pas de le faire ! Pour moi, c’est une activité comme une autre. »

Hobby peut-être, mais non dépourvu de violence. Là encore, la combattante affiche sa différence : « Il y a des bleus, mais jamais de plaie au visage. En fait, il n’y a pas plus de problèmes que lorsqu’une fille joue au rugby ou fait du VTT. » Ce qui fait sourire Mickael, un géant d’au moins 110 kg, lui aussi grand pourfendeur d’hérétiques : « Constance, c’est un mec avec un beau physique ! Elle avait besoin de prendre confiance en elle. Quand elle met son armure, elle sort de sa carapace pour se bastonner, mais après, elle est gentille dans son rôle de petite nana ! »

Il était une fois… la Doye

Maintenant que les présentations sont faites, petite explication de texte. Tout commence au petit hameau de La Doye, à quelques encablures de Morez, mais dépendant des Rousses. Les habitants sont connus pour être de fortes têtes, particulièrement la famille Delval. Sans remonter à des lustres, le père, Christian, a choisi le métier d’écrivain, mais a défendu, comme un acharné, son indépendance. Entendez par là qu’il a écrit, fabriqué et vendu lui-même une trentaine de romans qui l’ont fait vivre, lui et sa famille, pendant trente ans.

Donc, pas étonnant que le fils, Loïc de son prénom, soit devenu forgeron et passionné de culture médiévale. Avant d’en arriver là, il a toujours eu un penchant prononcé pour la castagne, mais attention… selon les règles ! Arts martiaux au niveau international et, pour finir, le combat médiéval.

C’est comme ça qu’on arrive à Constance, son épouse, venue de Morbier, de l’autre côté de la vallée. Avant de la rencontrer, il avait créé une école de combat médiéval : « Genève Combat Club ». C’était en 2006. Démonstrations sans armure, pour la beauté du geste. Constance s’y met aussi, mais n’accroche pas : « J’avais peur de donner des coups, de faire mal. Au bout d’un moment, j’ai lâché. En fait, je ne voyais pas l’intérêt ! »

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Sauf que la graine est plantée et le jour où des copains leur envoient une vidéo YouTube sur un combat de béhourd en Russie, ils en tombent sur les fesses : « On s’est dit qu’ils étaient fous, c’était très violent et on a découvert qu’il existait en France une fédération. »

Nous sommes en 2013. Loïc intègre vite l’équipe comtoise d’Aquila Sequania, puis l’équipe nationale. Constance, elle, est attirée par l’ambiance, les casques, les armures, le bruit de la bataille et, surtout, elle apprend que les filles s’y mettent aussi. Elle ronge son frein, car elle est enceinte de Charles, son second fils. Ce n’est que partie remise.

Dans la salle d’entraînement de Loïc, quelque temps plus tard, la gaillarde enfile une armure. C’est une révélation : « Loïc m’économisait, mais j’ai ressenti un vrai plaisir et je me suis dit que je devais aller plus loin. »

Loïc, lui, voit son potentiel : « J’ai senti ses prédispositions, elle était en recherche, je me suis dit qu’il fallait la pousser ! » Il organise son premier combat individuel dans les Pyrénées-Orientales en 2017 et la prépare spécialement pendant deux mois. Elle gagne par KO technique en moins d’une minute.

Des débuts en fanfare

Le vrai test vient après, à Tourcoing, en combat singulier contre la capitaine de l’équipe de France, Marjolaine Martin, 1,85 m. Une référence. Constance sort vainqueur avec deux points d’avance grâce à sa technique de projection. À l’issue du combat, son adversaire lui rend hommage : « Je ne te veux pas en face de moi, mais dans mon équipe ! »

Et la voilà partie… Elle découvre la stratégie, l’entraide et le courage. 2018 n’est pas une année ordinaire. Dans le béhourd, les filles combattent dans les différents tournois, mais elles sont toutes inscrites dans des clubs masculins. Elles décident alors de monter une équipe féminine qu’elles appellent Dies Irae [jour de colère]. Loïc les entraîne et il forge pour certaines une armure sur mesure prenant en compte l’anatomie féminine. Une première dans son métier.

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En mars 2018, à Saint-Dizier, sans remplaçante dans leur équipe, les filles de Dies Irae deviennent championnes de France. Puis c’est le championnat du monde, le Battle of the Nations, à côté de Rome où les Françaises tombent directement sur les Ukrainiennes et les Russes, les deux meilleures équipes du monde.

Sous l’armure, la femme

2019 est une année peu ordinaire. Aux Pays-Bas, les filles se prennent une déculottée et reviennent avec des blessées… trop de blessées. Elles comprennent que, pour progresser, il faut bosser. Loïc leur concocte un entraînement mensuel chez lui, à La Doye, avec des heures de combat et des footings en armure, 22 kg de ferraille sur le dos. Elles sont une dizaine venue des quatre coins de France… et elles aiment ça ! Le travail paie. Désormais, Dies Irae fait peur dans les tournois nationaux. Elles sont à nouveau championnes de France et, dans les rencontres internationales, elles représentent leur pays : « Nous avons une belle équipe et d’autres filles viennent maintenant pour voir de près à quoi ressemble un combat, c’est motivant. »

La sauce prend peu à peu. Le béhourd féminin intéresse de plus en plus de femmes, mais bizarrement, pas les plus jeunes. La moyenne d’âge de l’équipe, c’est trente ans. Toujours cette peur du combat sans doute, qu’il faut dépasser : « Il faut essayer, c’est une expérience unique. Quand on met son armure, il se passe quelque chose. » D’autant que Sara, Marjolaine, Camille, Marie-Laetitia, Loreleï, Charlotte ou Émeline sont également des têtes bien faites et bien pleines, aux antipodes des clichés. C’est d’ailleurs le paradoxe de ce sport, elles peuvent cogner fort, crier comme des sauvages « Montjoye Saint-Denis » en arborant le tabard d’azur avec les trois fleurs de lys, elles restent avant tout des femmes, comme le rappelle Constance : « Une femme peut porter différentes casquettes et rester elle-même. Je suis maman, mais aussi une épouse, une femme ainsi que l’institutrice de mes enfants. J’aide mon mari dans son travail. Pourquoi pas aussi une combattante ? »

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Jennifer, son amie, cisèle davantage les mots : « Constance, même habillée n’importe comment, elle est belle. Le béhourd, c’est un sport qui l’entretient. Elle est restée très féminine, mais surtout, elle a la volonté d’aller au plus haut sommet et elle s’en donne les moyens. »

Et si, en fait, les coups d’épées, les boucliers n’étaient qu’une manière de trouver sa voie ? Pour Constance, c’est une évidence : « J’ai découvert en moi des choses que je ne soupçonnais pas : me surpasser, encaisser les coups, ne pas reculer, dépasser l’appréhension, rentrer dedans… Tout ça donne un équilibre à ma vie. »

Et le mot de la fin pour Adélaïde, sa grande sœur : « C’est une fille qui n’a pas froid aux yeux avec un cœur énorme. Elle a beau combattre en armure, elle n’a pas changé. Toujours innocente, elle a su garder son âme d’enfant. »

Pierric Bailly, l’enfant des bois

By |2026-05-26T08:48:41+01:001 juillet 2020|Les grands entretiens|

Au début de l’année, l’écrivain jurassien a publié Les Enfants des autres chez P.O.L. Un roman familial qui se déroule une nouvelle fois dans le Jura.

 

Son cinquième livre Les enfants des autres accorde une grande place au Jura, comme les précédents. Pierric Bailly poursuit son itinéraire littéraire chez P.O.L. La maison d’édition le suit depuis ses débuts avec le célèbre Polichinelle. C’était il y a douze ans. Depuis, l’écrivain de La Frasnée n’en finit pas de creuser ses liens avec un Jura qu’il a cherché à fuir et qui le retient… comme un élastique. Itinéraire d’un enfant des bois.

Numéro 39 – Jurassien, 38 ans, cinq romans publiés chez P.O.L.  – ce qui n’est pas rien – et une écriture qui captive ou rebute. À quoi sert aujourd’hui un écrivain ?

Pierric Bailly – Un écrivain raconte des histoires, et à travers elles, il permet une prise de distance vis-à-vis du monde. Le travail de l’écrivain, c’est de combattre le flux des chaînes d’infos en continu et de tous les discours simplistes qu’elles peuvent produire ; l’écrivain, lui, vient mettre de la complexité. Il y a mille façons d’écrire. De plus en plus, c’est le roman qui m’intéresse. Mon premier roman a été difficile à lire pour certaines personnes. Aujourd’hui, j’écris dans une langue plus simple, plus accessible ; je privilégie l’intrigue et les personnages. Mais finalement, depuis le début, je parle du même monde. La plupart de mes livres se passent dans le Jura, et j’essaie de raconter la vie de ceux qui l’habitent aujourd’hui.

Votre approche de l’écriture est assez spéciale. Votre premier livre Polichinelle s’inspire directement de vos deux jeunes sœurs ados que vous avez épiées pendant un été…

L’écriture de mon premier livre était très particulière, en effet, mais le langage des personnages était celui des jeunes que je côtoyais à l’époque, donc oui, de mes sœurs et de leurs amis. Je vivais avec eux et j’étais très attentif à leur façon de parler que je trouvais belle, tout simplement. Belle et inventive. J’aimais cette langue qui mêlait le parler des jeunes d’aujourd’hui à des formes plus anciennes, le langage des grands-parents, une sorte de patois. À l’adolescence, on aime jouer avec les mots, on est sensible aux tournures de phrases étranges, aux intonations, aux accents aussi. Dans une langue, il y a toujours quelque chose d’irréductible à un territoire. La langue de Polichinelle, c’est une langue qui sent la morille, la noix, et même la bouse de vache… Une langue jurassienne !

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Pierric Bailly – Numéro 39

Pourtant, vous ne l’avez pas écrit dans le Jura mais à Montpellier, tout seul dans une chambre…

Après mes études au collège Rouget-de-Lisle puis au lycée Jean-Michel à Lons, j’avais envie de partir, de changer d’environnement, comme souvent à cet âge-là. J’étais attiré par la ville, par Paris, mais c’était un Paris fantasmé, un Paris qui n’existe pas vraiment, ou alors un Paris d’avant le tourisme de masse. J’ai opté pour Montpellier car j’y avais de la famille, et j’ai suivi pendant trois ans des études d’art du spectacle à l’université. J’ai toujours été passionné par le cinéma et je dois cette passion au cinéma Renoir de Lons que je fréquentais assidûment à l’adolescence. Mais je n’étais pas à l’aise à la fac et j’ai très vite commencé à écrire. L’écriture correspond à mon caractère réservé, à mon goût pour la solitude. À l’époque, je ne connaissais rien au monde de l’édition. Je pensais qu’un livre s’écrivait en deux mois et qu’il était publié dans la foulée…

Pourtant, le livre est sorti chez P.O.L., l’une des maisons d’édition parmi les plus prestigieuses de France…

Après Montpellier, je suis revenu vivre dans le Jura pendant deux ans et je me suis mis à travailler en intérim. J’ai bossé un peu partout autour de Lons. En grande surface, à l’usine, chez Monneret, Skamex, Cinéconfort, Grosjean… J’ai aussi été balayeur chez Sita, j’ai passé des mois à ramasser les crottes de chiens dans les rues de Lons. La fatigue après une journée de travail ne m’empêchait pas d’écrire en rentrant. L’écriture de Polichinelle, mon premier roman, a été assez longue. Il y a eu plusieurs versions. La première faisait 1 300 pages, c’était absolument illisible ! J’ai repris le texte plusieurs fois, jusqu’à aboutir à une version de 200 pages, donc vous voyez que j’en ai jeté énormément. C’est à ce moment-là que j’en ai envoyé quinze exemplaires à des éditeurs. P.O.L. est le seul à m’avoir répondu positivement, mais c’est arrivé plus d’un an après mon envoi. Je n’y croyais plus du tout, j’étais déjà passé à un autre projet.

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Pierric Bailly – Numéro 39

Comment expliquez-vous que dans chacun de vos livres, le Jura apparaisse ?

Être de quelque part, pour raconter des histoires, me semble très important. Avoir un terreau dans lequel puiser. J’ai toujours eu tendance à revendiquer mes origines jurassiennes, c’est presque de l’ordre de la fierté régionaliste, un truc un peu con. Je suis né à Champagnole. Mes parents habitaient à La Frasnée et se sont séparés alors que je n’avais pas un an. Je vivais la moitié du temps chez mon père à La Frasnée et l’autre moitié chez ma mère à Savagna, à côté de Lons. Mon enfance à La Frasnée a façonné mon imaginaire, c’est un village de vingt habitants, perdu au fond des bois, avec une cascade magnifique. Mon goût pour la solitude vient peut-être de ces journées à me suspendre aux arbres et à crapahuter dans la forêt. Je partais le matin sans même prévenir mon père, ce que je ne permettrais pas à mes enfants aujourd’hui. Quand j’y repense, je me dis qu’il y avait une sorte d’insouciance chez mon père qui était belle. Savagna, c’est un peu différent, du fait de sa proximité avec Lons. Ces villages entre ville et campagne offrent des possibilités de déplacement inédites, typiquement à l’adolescence. Je faisais tout à vélo.

Quelle est votre définition du Jura ?

Déjà, le Jura que j’aime n’est pas un Jura de carte postale. C’est au contraire l’aspect sauvage des lieux qui me plaît. Les grottes perdues, les forêts moussues. Je marche énormément en forêt, je suis d’ailleurs une proie facile pour les tiques. Le Jura, c’est aussi un endroit où il n’y a pas de place pour le snobisme, et ça, ça fait du bien ! C’est le lieu des passions populaires, les tournois de pétanque, les campings, la pêche dans les lacs et les rivières, les pratiques sportives amatrices qui rythment la vie des villages et des familles. Et puis c’est un endroit pour qui aime être tranquille, au calme, un peu planqué. Ce n’est pas étonnant que les parents de Ravaillac soient venus se cacher à Lavigny. Si on veut briller, on ne vient pas ici.

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Pierric Bailly – Numéro 39

Mais il a fallu un drame pour que vous décidiez de vous y installer définitivement…

Je continue à vivre à Lyon une partie de l’année. Mais suite à la mort accidentelle de mon père, qui a chuté en forêt, j’ai acheté une maison vers Clairvaux. Cet événement et ses conséquences ont fait remonter l’importance que ce territoire a pour moi.

De quelle manière ?

Pour écrire L’Homme des bois, je suis revenu sur les traces de mon enfance avec mon père, ça a été une expérience très forte. Je prenais la voiture de mon père, j’écoutais sa musique et je sillonnais ces paysages qu’il aimait tant. 

J’ai reçu beaucoup de courriers de lecteurs, ce qui n’était pas le cas pour les précédents. Le livre a été bien accueilli par la presse, mais il a marché surtout grâce aux libraires et au bouche-à-oreille.

Ce retour aux sources a-t-il changé quelque chose pour l’homme que vous êtes ?

Ça a été un vrai bouleversement dans ma vie. Ça a surpris beaucoup de monde autour de moi, comme mes sœurs par exemple, mais je ne regrette absolument pas ce choix, je suis tellement bien ici.

Et pour l’écrivain ?

Aussi, oui. Aujourd’hui, c’est clairement mon territoire de fiction. J’essaie de faire exister ce monde rural à l’intérieur de mes romans. Je pars de ma vie, de mon quotidien et ensuite je transforme tout.

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Pierric Bailly – Numéro 39

Une vie modeste en somme ?

La vie d’un couple d’ouvriers qui fait un prêt sur trente ans pour bâtir sa maison mérite tout à fait d’être racontée. Le clinquant des vies spectaculaires ne m’intéresse pas, ne me fascine pas, je m’en fous. J’ai un train de vie très simple. J’alterne entre ce que me rapportent mes livres et des petits boulots. Je ne voyage jamais, j’ai une voiture toute pourrie !

Alors que la capitale dont vous rêviez vous tendait les bras ?

J’aurais pu me plaire à Paris, au contact du milieu littéraire, mais la greffe n’a pas pris. Je n’ai rien contre, mais ce monde ne me parle pas, je ne m’y retrouve pas.

Vous venez de publier votre cinquième roman Les enfants des autres. Que recherchez-vous aujourd’hui ?

Mes premiers livres ont parlé à un public assez intello, et j’aime bien l’idée de pouvoir être lu et apprécié par des gens très différents. Par des lettrés comme par ma grand-mère. J’essaie d’écrire des livres qui vont dans ce sens-là. Deux projets d’adaptation sont en train de se développer à partir des Enfants des autres, l’un pour une série, l’autre pour un film de cinéma. Je ne sais pas si l’un des deux aboutira, mais c’est le signe que ce livre a une certaine dimension romanesque. 

Polichinelle aussi avait failli devenir un film, quelques scènes avaient été tournées, mais ça n’avait pas été au bout. J’aime participer à l’écriture de ces scénarios. 

Et puis je suis sur le point de terminer un nouveau roman, dont l’intrigue se déroulera de nouveau dans le Jura… Entre Saint-Claude et Bellecombe, en passant par Prénovel… Il s’agit d’un mélodrame, une histoire de relation père-fils. L’enjeu, plus que jamais, est d’être au plus près des émotions des personnages.

Le Jura ne change pas, mais l’écriture ?

Chaque projet a son écriture propre. Pour L’Homme des bois, j’ai fait tout le contraire de Polichinelle. L’écriture ne devait pas être voyante, elle ne devait pas empiéter sur le récit. C’est un livre plus adulte, du fait de son sujet comme de sa forme. C’est aussi une autre facette du Jura qui est dévoilée. C’est le parcours d’un travailleur social en milieu rural. 

Dans celui que je viens de terminer, j’essaie de retrouver cette approche intimiste et sensible, tout en étant cette fois vraiment du côté du roman, de la fiction. 

Marion Guilbaud, France Inter côté musique

By |2026-05-26T13:46:04+01:0023 juin 2020|Les grands entretiens|

La musique du Nouveau Rendez-Vous et de Côté Club sur France Inter, c’est elle ! Marion Guilbaud cartonne avec sa programmation musicale et ses live qui font rappliquer tous les musiciens dans les studios de Radio France. À la rentrée, toujours avec son compère Laurent Goumarre, elle va animer une nouvelle émission quotidienne musicale. Entretien.

 

France Inter est la première radio de France. Une Jurassienne, avec tous les autres talents de la Maison de la Radio, a contribué musicalement à ce succès. Marion Guilbaud, née dans le Val d’Oise, a passé son enfance et son adolescence à Lons-le-Saunier, dans le Jura. 

Fille d’un directeur de MJC, elle a fini par monter à Paris où elle est aujourd’hui l’une des programmatrices musicales les plus influentes de France. Elle a travaillé avec Stéphane Bern, Isabelle Giordano, Pascale Clark, Didier Varrod…
Après les vacances, elle va animer une nouvelle émission avec Laurent Goumarre. Les deux professionnels se connaissent bien. Ils œuvrent déjà ensemble au Nouveau Rendez-Vous (NRV) et à Côté Club.

NUMÉRO 39 – Que répondez-vous quand on dit de vous que vous êtes l’une des références musicales de France Inter ?

Marion Guilbaud – Que ça me fait rougir ! Après, c’est vrai, j’ai une expérience, un parcours, une vision de la musique à 360 degrés, je connais mon sujet et je pense avoir aussi un ton. Je ne programme que les choses que je trouve intéressantes, pas forcément parce que je les aime, mais parce qu’il y a quelque chose à découvrir.
Je valide souvent des musiques que je n’écoute pas chez moi, mais qui apportent un plus.

Votre parcours est tout simplement ahurissant. Il a été marqué par la chance ?

J’ai été assez chanceuse, oui ! Dans ma vie, il y a eu des rencontres importantes, mais j’ai su en faire quelque chose, c’est ma force. Je ne suis pas carriériste, je n’aime pas anticiper, je profite des moments. Certains me disent : « Mais pourquoi tu n’as pas ton émission à toi ? » Tout simplement parce que ça ne m’intéresse pas ! Je ne dois pas avoir assez d’ego pour être seule en scène.
J’aime faire partie d’une équipe, je revendique simplement un style, un ton. J’aime être sur la crête. Je veux une reconnaissance. Mais, en même temps, pas tant que ça !

La petite nana de Lons est bien loin…

Oui et non ! J’aime beaucoup revenir dans le Jura parce que j’ai des copines et que ça m’aère de mon milieu professionnel parisien. Le week-end, je rêve de quitter Paris pour randonner, j’ai une relation particulière avec la nature jurassienne. J’ai passé toute mon enfance à bivouaquer, à faire du kayak ou du ski de fond partout dans le Jura. Ce sont mes racines, c’est important. À Paris, je suis courtisée toute la semaine par des gens dont je ne sais rien. Le Jura est l’endroit qui m’a appris à résister à Paris.

Revenons à Lons. Tout part de là ?

Je suis née à Sarcelles, mais, un an après, mes parents sont venus dans le Jura. Mon père venait d’obtenir son concours de directeur de Maison de la jeunesse et de la culture en 1968 et le ministère avait décidé d’en ouvrir une à Lons. J’ai grandi dans la MJC. Avec mon frère, nous avions accès à la culture, mes parents nous encourageaient à lire, à écouter des disques, à aller au cinéma et au théâtre, à voir des concerts, des expos… mais aussi à faire toutes sortes d’activités sportives et de plein air. Ça m’a construite. À douze ans, je voulais être journaliste et, adolescente, tous mes copains faisaient de la musique. Il y avait beaucoup de groupes à Lons : Les Infidèles, 127, Jungle à Ferraille…
 J’ai vu ce que signifiait répéter, composer, écrire, jouer.

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Marion Guilbaud – Numéro 39

Quel genre de fille étiez-vous alors ?

Nous avions une façon de vivre atypique. Je sortais peu le soir avant mes dix-huit ans. Mes parents ne gagnaient pas beaucoup d’argent, mais j’ai vu comment ils se battaient pour faire ce qu’ils aimaient. Cela m’a donné le sens de la passion. Au début des années 1980, Lons était très vivant, on était libres. Le lycée Jean-Michel était un lieu de confrontations, de débats, d’engueulades. Moi, je n’étais pas une leader, plutôt l’originale de service, habillée tout en noir. J’aimais provoquer, choquer. Je me fichais d’être appréciée. Mes amis étaient tous plus vieux que moi ; c’est avec ces gens que j’aimais parler. Évidemment, mon petit copain était musicien…

Comment s’est faite votre première rencontre avec Paris ?

Je disais toujours : « Quand j’ai dix-huit ans, je me barre de Lons ! » La ville me paraissait petite, je voulais voir le monde, bouger. Mes parents disaient : il faut prendre des risques, se surprendre. Après le bac, j’ai tenté Khâgne dans les grands lycées parisiens et, finalement, j’ai été prise dans un petit lycée de banlieue. Mais c’était décevant : je vivais chez mes grands-parents et je déprimais, je suis revenue à Besançon m’inscrire en IUT publicité. J’avais dix-neuf ans et j’ai retrouvé tous mes amis, le milieu musical. Tout ce que j’aimais.

Quelle a été votre première belle rencontre dans le milieu musical ?

François Pinard qui organisait des concerts à Besançon. Moi, je distribuais les tracts ! Ensuite, il y a eu Nadine Simoni à l’Élysée-Montmartre qui m’a appris le métier d’attachée de presse, puis le label Danceteria où j’ai fait du marketing, et Barclay, la grosse cylindrée.
Après, je suis passée du côté des médias avec Philippe Manœuvre, le rédacteur en chef de Rock and Folk, puis à Oui FM. J’ai débuté à France Inter avec cinq ans de missions renouvelables. C’est là j’ai rencontré Bernard Chérèze qui m’a confié les clés de la musique dans l’émission Le Fou du Roi avec Stéphane Bern. J’ai collaboré aussi avec Isabelle Giordano, Pascale Clark, Didier Varrod et Laurent Goumarre avec qui je travaille aujourd’hui dans Le Nouveau Rendez-Vous et Côté Club.

Pourquoi avez-vous percé alors que tant d’autres se cassent les dents ?

Sans doute le fait de connaître toutes les facettes du métier : l’organisation de concerts, la promotion, la conception d’un disque, l’accompagnement des artistes… J’ai aussi un gros carnet d’adresses dans le milieu musical et je ne me laisse pas bananer ! 

Pour moi, parler de musique dans une émission, ce n’est pas suffisant. Il faut la faire découvrir, l’amener là où on ne l’attend pas !
Faire des live, amener les musiciens à Radio France, se bagarrer pour que tout fonctionne, gagner la confiance des artistes… Tout cela forme un ensemble.

Vous êtes un cas à part ?

Dans ce milieu, je suis atypique, je suis arrivée à la Maison de la Radio à l’âge de trente-huit ans, j’avais derrière moi presque vingt ans d’expérience dans la musique. 

À France Inter, j’ai finalement presque créé mon poste, celui de programmatrice live. Aujourd’hui, je suis légitime car je me suis légitimée toute seule à la radio publique : j’ai appris l’antenne, les enregistrements. 

Ce n’est pas toujours facile de tenir cette position, je sais que j’ai des lacunes devant le micro ; parfois, il y a des approximations, mais je suis enthousiaste. 

Je profite au maximum. J’essaie toujours de me faire plaisir car cela s’entend !

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Marion Guilbaud – Numéro 39

Les places sont chères ?

Parfois, je me dis que les artistes que je reçois pourraient être mes enfants. Un jour, il y aura un décalage ; cela arrivera. J’aimerais pouvoir former des gens pour me remplacer, mais ça ne se fait pas, on n’embauche pas et c’est dommage… À la rentrée, avec Laurent Goumarre, nous allons défendre une quotidienne musicale : comment faire vivre la musique à la radio en 2020 ? Un nouveau défi à relever, comme je les aime !

Et si un jour, je ne fais plus de micro, je peux écrire (je pige aussi pour Marianne), faire des podcasts, mais j’aimerais pouvoir transmettre !

Quel regard portez-vous sur le milieu de la musique ?

Il est traumatisé par une énorme crise du disque qui lui a fait perdre beaucoup d’argent. Un modèle économique s’est arrêté, tout le monde cherche de l’argent sans avoir trouvé une formule de remplacement. Il y a le streaming, mais ce n’est pas cela non plus… Le milieu est frileux, beaucoup se contentent de suivre le son du moment et ne prennent plus de risques. Ils ne sont plus en état de proposer. Ce monde ne laisse plus parler ses envies. Il a peur. Et la crise sanitaire que l’on vient de vivre ne va pas arranger les choses, hélas…

Et celui des radios qui en parlent ?

Le format de la radio change, on pense à le découper sur le net par petits bouts. Il essaie de se transformer, j’espère qu’il va se faire un peu confiance. À la radio, comme dans la musique, on est dans le jeunisme et cela me fait rire parce que moi, j’ai écouté France Inter à trente-cinq ans ! Pas à cause de la musique, mais parce que je commençais à m’intéresser à la politique, l’écologie, la philosophie et qu’il y avait des gens super qui en parlaient. 

On nous bassine sans cesse avec les vieux, on dit tout le temps qu’il faut toucher les jeunes, mais c’est quoi les vieux aujourd’hui ? Des gens cultivés, actifs qui font tourner la société. Si mes émissions qui défrichent la musique leur plaisent, je suis contente !

Vous passez pour avoir un gros caractère…

Je dis toujours ce que je pense, c’est un héritage de mes parents. À la maison, les discussions étaient animées, on échangeait parfois vivement, mais je ne suis jamais dure avec les gens que je reçois parce que je sais que c’est un métier difficile qui, si on le fait trop longtemps, peut rendre fou. Dans les émissions, j’ai au contraire un côté très maternel, je veux que les artistes soient bien. Par contre, je ne suis pas cool avec ceux qui font cela n’importe comment.

Qu’est-ce que vous préférez dans votre carrière ?

Ce que je fais aujourd’hui parce que je m’exprime avec les artistes, derrière un micro, avec une équipe. Avant, j’aidais juste les autres à s’exprimer. Concilier les deux m’a pris du temps !

Et après ?

Je partirai direct de Paris pour trouver une maison entre Besançon et Lons (mon mari est de Pontarlier), vers Salins par exemple. Il me faut un peu de relief, mais pas près du vignoble où le paysage est trop travaillé, et pas dans le Haut-Jura où les hivers sont parfois trop longs. 

Alessandra Sublet : « le Jura, mon refuge »

By |2026-05-20T14:19:27+01:0022 juin 2020|Les grands entretiens|

L’histoire d’amour entre Alessandra Sublet et le Jura remonte à l’enfance. Il a pour port d’attache un petit hameau  de la commune de Villards d’Héria. Depuis, c’est là, dans ce Haut-Jura préservé où elle garde de très nombreux souvenirs, que la présentatrice de TF1, vient se ressourcer.

Alessandra Sublet est une star de la télévision. Chaque soir, sur TF1, elle donne la réplique à l’imitateur Nicolas Canteloup. Juste après le journal de 20 heures, des millions de téléspectateurs se régalent en regardant le duo commenter avec humour l’actualité.

La saison dernière, Alessandra Sublet a aussi fait partie du jury de Mask Singer et n’a pas hésité à se déshabiller pour sensibiliser les femmes au cancer du sein. « L’étoffe d’une championne », titrait Télé 7 Jours en mars, au moment de la diffusion de son documentaire Tony Parker Confidentiel sur TMC.

Alessandra Sublet est une femme libre. « Je suis qui je suis et je n’essaie pas d’être quelqu’un d’autre », confiait-elle l’été dernier à Paris Match. Une personnalité qui plaît. La présentatrice est populaire, comme l’ont été les plus grandes figures du petit écran.

Pour Numéro 39, elle ouvre pour la première fois les portes de son « jardin secret » qu’elle cultive en terre jurassienne. Entretien.

 

NUMÉRO 39 – Vous êtes née à Lyon. En quoi êtes-vous jurassienne ?

Alessandra Sublet – Ma mère, enfant, passait ses grandes vacances dans un petit village près de Moirans-en-Montagne. Elle s’est toujours promis d’y revenir et même d’acheter plus tard une petite maison. Son rêve s’est exaucé et c’est merveilleux de voir comment, avec mon père, elle a trouvé cette maison à Grand-Châtel. Cela a été un grand bonheur pour elle. Moi, j’y vais depuis ma naissance. Mes souvenirs jusqu’à l’âge de seize ans, mon enfance et mon adolescence sont là-bas. Voilà pourquoi, à mon tour et en famille, nous passons nos vacances là-bas, sur ses pas !

À quoi ressemble le Jura d’Alessandra Sublet

C’était l’appel de la forêt, les balades joyeuses, les virées sur le lac de Vouglans et mes retrouvailles avec mes cousins. Je conserve de vrais trésors d’enfant enfouis en moi. Ce sont aussi des odeurs qui me reviennent, même lorsque je suis à la capitale. Y retourner régulièrement avec mes deux enfants est une vraie joie familiale. L’histoire se répète pour mon plus grand bonheur.

C’est dire que vous avez vécu des moments forts dans le Haut-Jura ?

Oui ! Un premier amour, ça ne s’oublie pas ! Je me souviens aussi des virées à moto et le baptême de ma fille. Le prêtre n’avait plus les clefs de l’église, on a fait le baptême à la maison ! J’ai une grande affection pour ce petit hameau fait de maisons en vieilles pierres qui n’ont pas bougé depuis tant d’années et pour les anciens de ce village dont certains sont partis trop tôt malheureusement. J’ai aussi une pensée pour Claude que je salue et qui lira certainement cet article.

C’est le grand écart avec la vie parisienne ?

Pour internet et le portable, il y a très, très peu de réseau, mais ça me convient ! Ce village reste mon endroit préféré, même si je me balade tout autour. Pour moi, rien n’a changé, il est figé. Pas une maison de plus et c’est très bien. Il est préservé – comme l’ensemble du Jura d’ailleurs – et, pour moi, c’est un bonheur de se sentir loin de tout, à l’abri des regards. C’est également une chance de voir mes enfants marcher sur les mêmes chemins, les voir emprunter les mêmes routes à vélo et faire avec eux les mêmes découvertes de cascades ou de trésors à morilles !

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Alexandra Suflet – TF1

Les Français peuvent vous voir sur les antennes du groupe TF1. Mais avant cela, vous avez présenté d’autres émissions avec succès. Quels ont été les moments-clés de votre itinéraire ?

J’ai fait mes études à Lyon et j’ai eu de multiples aventures professionnelles avant de trouver ma véritable voie, mais L’Amour est dans le pré et C’est à vous ont été les deux émissions qui ont radicalement changé ma carrière par leur vérité et aussi par le lien que j’ai eu à ce moment-là avec le public.

Quel métier exercez-vous ? Vous vous diriez journaliste, documentaliste, présentatrice, productrice ?

Je suis animatrice. Même si le terme peut paraître ringard ou désuet, je suis très fière de mon métier. Il m’a amené aussi à apprendre la production et c’est une autre casquette avec laquelle je m’épanouis et qui me permet, par exemple, de pouvoir faire le portrait de certains parcours extraordinaires comme ceux d’Antoine Griezmann ou Tony Parker. Produire, c’est aussi la liberté de faire ce en quoi je crois.

Vous qualifieriez-vous de chanceuse ?

Un jour, j’ai reçu sur mon plateau un comportementaliste qui m’a dit « Le mouvement crée la chance ». Je crois à ça. Je ne crois pas que l’on naît sous une bonne étoile, je crois surtout que l’univers nous offre tout ce dont on rêve, si tant est que l’on soit prêt à y croire très fort et que l’on travaille pour. La chance, c’est l’envie et la volonté avant tout. J’ai tenté ma chance et, au travers d’échecs, j’ai aussi réalisé mes vœux. Je suis une optimiste, je crois que rien n’est impossible. Ajoutez à cela un peu de spontanéité et le tour est joué !

On vous retrouve tous les soirs sur TF1 avec Nicolas Canteloup, on vous a aussi vu récemment dans Stars à nu et, pour TMC, aux côtés de Tony Parker. Qu’est-ce qui vous plaît dans votre métier ?

Sans conteste, le lien que j’ai avec les gens, avec le public et ce depuis dix-sept ans, et aussi la rencontre avec des gens aux parcours multiples. Cela m’enrichit chaque jour. J’aime l’humour avec Canteloup et le vrai avec des émissions plus authentiques. La notoriété doit servir aussi à être l’écho de causes importantes parce que, justement notre voix est plus forte [Dans Stars à nu, quinze personnalités, huit femmes et sept hommes, ont accepté de se mettre à nu, sur la scène du célèbre cabaret parisien Le Lido, pour sensibiliser les Français au dépistage du cancer du sein, du testicule et de la prostate, N.D.L.R.]. Elle peut permettre accessoirement d’avoir un petit bout de comté gratis chez le fromager !

Comment conciliez-vous vie professionnelle et vie privée ?

Je suis restée la même, ce qui signifie que ma vie n’est pas mon métier ! Mon métier s’est introduit de mon plein gré dans ma vie, mais en me laissant du temps pour mes enfants et c’est le plus important. Je ne me protège pas, je suis flattée quand on me reconnaît dans la rue, mais je n’en fais pas état, je ne suis pas Madonna non plus ! J’ai les mêmes amis depuis plus de vingt ans, ils se fichent de ma notoriété et tant mieux. Je suis plutôt d’une nature généreuse et à vrai dire mes amis, ma famille me le rendent bien.

Êtes-vous carriériste ? N’est-ce pas une obligation quand on veut durer à la télévision ?

Je suis ambitieuse, oui, et ce n’est pas un vilain mot. Mais je suis avant tout mes envies, c’est le plus important. Ça demande quelques batailles souvent contre soi-même mais quel bonheur quand ça marche ! Je ne sais pas combien de temps je ferai ce métier, connaître l’avenir ne me fera pas être plus heureuse dans le présent. On verra !

Quel regard portez-vous sur notre société actuelle ?

J’essaie d’évoluer avec notre société. La nage à contre-courant n’a jamais été mon fort. Cependant je trouve que malgré les réseaux sociaux et certains sujets traités parfois dans les médias, il faut essayer de se faire une opinion, essayer d’avoir son propre libre arbitre. C’est important aussi de trouver sa place, d’être en accord avec soi-même et de ne pas trop se laisser influencer par ce qui pourrait polluer notre quotidien.

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Alexandra Suflet – TF1

Est-ce facile quand on habite Paris ?

Paris est une ville magnifique. J’y travaille, je m’y arrête parfois pour regarder les plus belles architectures au monde, mais Dieu merci, je n’y vis pas. Quand je travaillais sur la matinale de Canal+, j’avais une chance incroyable, celle de me lever tôt et de sillonner seule la plus belle avenue du monde, Les Champs-Élysée. Une aubaine réservée aux lève-tôt ou aux couche-tard !

Comment assumez-vous la pression ?

Je fais du sport deux fois par semaine, mais je le fais par envie. J’ai fait du sport étude pendant douze ans en danse classique. Je crois que mon corps n’est pas prêt à lâcher l’affaire. Je suis active, mais aussi contemplative. Parfois, se poser et regarder le monde bouger, c’est bien aussi.

Comment vous ressourcez-vous ?

Grâce au Jura entre autres… et puis j’habite à la campagne, loin de Paris. C’est une source de revitalisation totale ! Je crois que les gens qui le peuvent fuient les grandes villes dès que c’est possible. Et si nos enfants évoluaient vers une vie plus riche de nature et de simplicité ? Ils sont notre avenir aussi, soyons confiants.

Vous plaqueriez tout pour un coin du Jura ?

À vrai dire non. Le Jura, c’est avant tout une respiration, comme si j’avais besoin de lui pour repartir du bon pied et c’est parfait comme ça. Mais force est de constater que mes nuits jurassiennes sont apaisantes aussi… Qui sait ? Ne dit-on pas que seuls les idiots ne changent pas d’avis ?

Qu’est-ce que la crise sanitaire du Covid-19 et le confinement vous ont appris ?

Cette pandémie marquera une partie de notre histoire par sa violence et par la situation inédite dans laquelle nous nous trouvons. Mais elle nous permet peut-être aussi de prendre du recul sur le monde dans lequel nous vivons et sur nos profondes envies liées à notre avenir et celui de nos enfants. J’ai été et je suis encore très touchée par tant de victimes fauchées par ce virus, mais très surprise et heureuse aussi d’avoir vu autant de solidarité. Un énorme merci à nos aides-soignants, médecins qui ont lutté au plus près des malades au péril de leurs vies. 

 

Sa lettre aux Jurassiens

Il y a dans une vie d’adulte des souvenirs impérissables. Et nous devrions plus souvent honorer notre mémoire parce qu’elle sait de temps en temps nous les rappeler. C’est une vague de chaleur tellement réconfortante… C’est vrai, quel bonheur d’être le témoin de ses propres joies, de ses propres peines et de les garder pour soi le temps d’une vie.

Ce jardin secret, je le partage depuis tant d’années avec vous chers Jurassiens. Car oui, le Jura est un acteur majeur de mes émotions ! Il s’est glissé dans mes veines dès mon plus jeune âge, sous mes pieds d’enfant, dans mon cœur d’adolescente et il a tricoté au fil du temps ces souvenirs-là !

Des racines solides à l’image de ses conifères si majestueux. Ces souvenirs sont ceux qui font la sève de nos émotions futures et je lui en suis tellement reconnaissante…

Il a distillé les plus fortes émotions au plus profond de moi, il m’a ouvert les portes d’une nature exceptionnelle et si précieuse à mes yeux : le vent dans les hauts sapins, la mélodie des plus jolies cascades, les couleurs des plus beaux couchers de soleil, il a éduqué mon palais aux meilleures liqueurs, au meilleur comté et, enfin, il a été le témoin de mes rires et mes larmes qui font encore écho dans les plus hautes montagnes jurassiennes.

Le Jura, c’est un puits de ressource vitale pour moi, un havre de paix familiale dont les plus anciens du village ont su garder précieusement le secret.

Le Jura est mon confident et le gardien de tant de beaux souvenirs que je me devais de le fêter avec vous au travers de ces quelques lignes. Bienheureux sont celles et ceux qui ont partagé cela avec moi, là-bas au creux de ce petit hameau, car ils font ce que je suis aujourd’hui même au travers du petit écran. [AS]

Numéro 39 débarque sur Cafeyn

By |2020-04-10T12:10:00+01:0010 avril 2020|News|

Numéro 39 est désormais disponible sur le kiosque numérique Cafeyn. Toutes les éditions sont accessibles.

 

Numéro 39 est désormais accessible sur Cafeyn, le kiosque numérique leader en France.

Cafeyn compte à ce jour un peu plus d’un million d’utilisateurs actifs par mois. Il est disponibles via des opérateurs télécoms comme Bouygues Telecom et Free. Les abonnés de Canal+ et CDiscount peuvent aussi profiter de ce service.

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Par sa présence sur Cafeyn, Numéro 39 acquiert désormais une audience nationale.

Toutes les éditions sont disponibles.

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