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Pascal Chastin a laissé les Pyrénées pour Mignovillard pour retrouver les espaces décrits par Bernard Clavel - Numéro 39

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Il a cinquante-huit ans. Il est né en Côte-d’Or, a passé pas mal d’années dans les Pyrénées pour, enfin, débarquer à Mignovillard, à la rentrée 2022, comme professeur des écoles. Un périple singulier. À vélo et sur les pas de Clavel.

Ce qui est sûr dans cette étrange histoire, c’est que Pascal Chastin a retrouvé la passion du Jura grâce à l’écrivain, ce Jura qu’il connaissait dans sa jeunesse en voisin : « Depuis un an ou deux, je voulais y venir. C’était une forme d’attirance que je n’arrivais pas à expliquer et, dès que j’ai eu pris ma décision, j’ai retrouvé son odeur, ce parfum si particulier des hauts plateaux, fait de relents de vaches, de fumée de bois, de sapin, de résine. Ces sensations, Clavel me les a transmises à travers les Colonnes du Ciel entre autres. Je me suis tout de suite senti chez moi. Ici, tout le monde connaît Clavel, un peu moins chez les moins de quarante ans, mais ils ont tous entendu leurs parents ou leurs grands-parents parler de ses romans. »

Pascal Chastin avoue une vraie passion pour l’auteur hors normes qu’il n’a jamais rencontré : « En 2005, je lui ai écrit une lettre pour lui parler des livres que j’avais lus, mais il ne m’a jamais répondu. Il avait eu son AVC en 2003. Josette Pratte, sa veuve, m’a répondu. On a échangé et, un jour, elle m’a demandé si je ne voulais pas faire quelque chose autour de l’œuvre de Bernard Clavel. Je l’ai rencontrée en 2017 et c’est ainsi que s’est bâtie l’association Lire Clavel. » Il est vrai qu’autour de l’auteur jurassien, il y a tout à faire. C’est ce travail de mémoire qui passionne Pascal Chastin, il rêve de créer une route « Bernard Clavel » passant par tous les lieux décrits au fil de ses romans. Lui-même est parti de Salins-les-Bains à vélo pour les découvrir. Le périple l’a emmené jusqu’en Suisse.

C’est toujours pareil avec Bernard Clavel, il vous prend quand vous ne vous y attendez pas. Pour l’enseignant, c’était une œuvre très peu connue : Victoire au Mans. Tombé dessus par hasard, il a senti passer quelque chose : « Moi qui n’ai aucun intérêt pour les bagnoles, il m’a presque donné envie de les aimer ! J’ai reposé le livre et j’ai pris celui qui était à côté. C’était la Maison des Autres. J’ai avalé la Grande Patience et tous les titres des Colonnes du Ciel… » La suite, c’est une déclaration d’amour : la façon de décrire les lieux : « Il utilise des mots tactiles, il pétrit les phrases. C’est un homme de matière, un artisan. » Les gens aussi : « La manière dont il parle des relations humaines, leur profondeur. J’aime la priorité qu’il donne aux petites gens. Il fait presque partie de moi. »

Si Pascal Chastin est venu dans le Jura sur les pas de Clavel, c’est aussi pour ses prises de position pacifiste et humaniste : « Il a été écolo avant l’heure, avec une manière particulière de parler de la nature, de sa force, de sa beauté. J’ai eu envie de le suivre… »

C’est ainsi qu’en 2020, il a frappé à la porte de la maison lédonienne où a grandi Clavel, le locataire n’a pas eu l’air surpris. C’est en moyenne une personne par mois qui vient toquer pour un pèlerinage aux sources. Et pas toujours des Français ! « Clavel, c’est la meilleure promotion touristique que le Jura peut trouver, tout le monde le connaît. Il parle de Dole, Salins, Lons, Château-Chalon, Saint-Claude. Bien plus que Rouget de Lisle ! C’est un homme de construction et d’expériences. Contrairement à ce qu’on croit, il n’était pas solitaire. La preuve, Georges Brassens avait sa chambre dans sa maison de Château-Chalon. »

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