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David Ramolet -Pauline Maillet

Si le quinquagénaire, auteur de trois cents chansons, écrit aujourd'hui des livres, c'est parce qu'il a eu un immense coup de cœur pour l'œuvre de Bernard Clavel après la lecture de La Maison des Autres

À 56 ans, David Ramolet vit en Eure-et-Loir, plus exactement dans le secteur de Maintenon et, depuis 2006, il écrit des livres. Auparavant, le gaillard a signé près de trois cents chansons pour le groupe La Brinche, dont il était le chanteur, avant de devenir chroniqueur radio, puis correspondant de presse. Mais avant ?

Je suis Julien

David Ramolet est un conteur… Si, si. Un vrai conteur. Il suffit de l’écouter raconter son histoire pour s’en persuader : « Au collège, j’étais un cancre redoutable et, un jour, je suis tombé sur un livre de français dans lequel il y avait six phrases extraites de La Maison des Autres. C’était le passage où Julien, l’apprenti pâtissier, suait sang et eau chez son patron dolois qui le maltraitait. J’ai eu un coup de cœur, j’ai voulu lire la suite. Quand je l’ai eu terminé, je l’ai lu une seconde fois. Je suis devenu Julien, au point de vouloir devenir pâtissier moi-même. J’étais bien naïf à l’époque et c’est bien après que j’ai compris que je ne serais jamais pâtissier mais, grâce à Clavel, romancier. Il m’a mis le pied à l’étrier. »

Dans ce livre culte, le petit Julien est autodidacte, il souffre. Il apprend l’injustice, la violence et la bêtise humaine, mais il découvre aussi l’amitié avec les autres, le partage et aussi l’amour : « Ce livre est initiatique. Dans la foulée, j’ai arrêté l’école et, inconsciemment, je me suis persuadé que j’arriverais un jour à exprimer mes sentiments. Je rêve encore de La Maison des Autres. Pourtant, le temps a passé. »

Retour aux sources

C’est vrai, beaucoup de temps a passé. David Ramolet a mis Clavel de côté pendant une vingtaine d’années jusqu’au jour où il décide de marcher dans les pas de Julien. Nouveau coup de foudre.

Il faut laisser parler l’auteur : « Quand j’ai débarqué à Dole, je connaissais la ville sans jamais y être allé. Elle était tellement belle. Je la reconnaissais par les mots de Clavel et dans la rue de Besançon, je vois une pâtisserie. Je pousse la porte et, en réponse à mes questions, la patronne, Madame Mermet, me dit : “vous êtes dans la Maison des Autres, traversez la cour, mon mari est dans le laboratoire”. J’ai suivi le couloir et, là, je me suis retrouvé dans le monde de Clavel. Tout ce qu’il avait décrit était là : le labo au fond de la cour, la chambre au premier étage où il dormait avec les punaises. Le patron m’a tout raconté, il a pris une heure pour me parler. Son beau-père était ouvrier ici en même temps que Clavel ! Il a inspiré le personnage de Victor dans le roman. » David Ramolet est sous le choc, il écrit une chanson qu’il dédie à Clavel, Pâtisseries, lui envoie une lettre mais pas adressée à l’écrivain, juste à Julien : « C’était plus facile pour moi ». Trois jours plus tard, il reçoit une lettre de l’écrivain qui le rassure : « Julien va bien… » Pour le remercier, la célébrité joint plusieurs livres dédicacés.

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David Ramolet – DR

Ce n’est pas tout. Un jour, au Mans, il aperçoit Bernard Clavel en pleine dédicace, mais il n’ose pas l’aborder. Trop impressionné. Du coup, il lui écrit à nouveau et, pour ses quatre-vingts ans, l’auteur de Malataverne et des Fruits de l’hiver l’invite à Lausanne (Suisse), où une cérémonie lui est consacrée. Là-bas, il échange brièvement avec son mentor, jusqu’au moment où il lui tend une photo : « Il s’est mis en colère : “je ne vais quand même pas commencer à dédicacer des photos !” » Vexé, je lui dis de regarder un peu mieux, il reconnaît alors le couloir de la pâtisserie, se radoucit et me demande avec émotion ce que j’ai pensé de ce lieu où il avait vécu tant de choses !  »

David Ramolet est retourné à Dole, et aussi à Lons où est située la maison natale, à Château-Chalon et au cimetière de Frontenay où repose l’écrivain : « Grâce à Clavel, j’aime le Jura comme si j’étais Franc-Comtois et, quand je suis à Dole et que je passe devant le 11 rue de Besançon, où la pâtisserie a disparu, je sens presque la présence d’un copain. » 

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