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Michelle Labrèche-Larouche - Jocelyn Michel
Amie de Josette Pratte, la seconde épouse de Bernard Clavel, la Québécoise Michelle Labrèche-Larouche a assisté à la rencontre du couple, de l’autre côté de l’Atlantique, fin 1977. Elle n'a rien oublié.
Michelle Labrèche-Larouche connaît Josette Pratte de longue date quand la jeune attachée de presse lui présente Bernard Clavel. Fin 1977, l’auteur des Fruits de l’hiver, le Prix Goncourt en 1968, est venu se ressourcer au Québec, à l’invitation de son éditeur. En sa présence, elle met en garde son amie. « Après les salutations d’usage, Josette m’a dit que Bernard voulait la marier ! » Avec son franc-parler, son amie réagit aussitôt : « Josette, ne l’écoute pas ! Ils disent tous ça ! » Sous entendu, il n’en fera rien. Mais la Québécoise n’en est pas moins troublée. Elle se rend compte que le Jurassien est convaincu de ce qu’il dit : « J’ai encore à l’esprit l’image de cet homme sûr de ce qu’il avançait. » La suite lui donne raison. L’écrivain quitte tout pour s’installer quelques années dans le pays de la nouvelle élue de son cœur.
La franchise de l’amie québécoise
Sa petite phrase lâchée, Michelle Labrèche-Larouche a des remords. « De quoi je me mêlais ! Ce n’étaient pas mes affaires ! Bernard aurait pu m’en vouloir de mon manque de politesse. J’aurais dû attendre d’être seule avec Josette pour lui parler. » L’amoureux transi n’est pas rancunier. « Avant de rentrer en France, il m’a offert un de ses tableaux. Il est toujours chez moi. Chaque fois que je le regarde, je pense à lui. »
L’alerte octogénaire ne cache pas son émotion à l’évocation du grand homme qui aurait eu cent ans cette année. « Son authenticité était sans faille. C’est tellement rare dans le monde d’aujourd’hui. Il sortait parfois des choses un peu raides, mais c’était toujours authentique. Quand il vous parlait, il vous regardait dans les yeux. Qu’il connaisse ou pas les gens, il s’en fichait. Il disait ce qu’il pensait. » Comme elle le souligne, sa nature entière l’a poussé à tourner le dos à sa vie d’avant par amour pour une jeune Québécoise de vingt-huit ans sa cadette. « Il était prêt à tout pour Josette. Rien ne lui faisait peur. Rien ne l’aurait empêché de vivre cet amour. S’il avait fallu, il aurait séparé la mer Rouge en deux. »
Michelle Labrèche-Larouche tarde pourtant à comprendre que leur amour est plus fort que tout. « Jusqu’au bout, je n’y croyais pas. J’étais persuadée qu’il ne l’épouserait pas. Elle a tout plaqué pour lui. Cela lui a demandé du courage, même si elle aimait la France. » Cette passion de Josette Pratte pour la France fait écho à celle de Bernard Clavel pour le Grand Nord canadien. Ses mots ont magnifié cette terre pas comme les autres. Elle lui inspira sa saga Le Royaume du Nord, étalée sur six opus, entre 1983 et 1989. « Bernard adorait le Québec et les Québécois. Il aimait cette nature sauvage, le fleuve Saint-Laurent, Montréal…Ici, le climat n’est pas le même qu’en France. Nos hivers peuvent être très rigoureux. Cela ne le gênait pas. En tant qu’étranger, il a réussi à ressentir ce que ressentent les gens du cru. Dans la nature sauvage du Grand Nord, quelque chose lui ressemblait. »

1978, à Saint-Télesphore, au Canada : Josette Pratte – Photo Bernard Clavel (Coll. Privée)
Un chevalier sans peur et sans reproche
Bernard Clavel a parfois refusé les honneurs de son pays, jamais ceux du Québec. Il renonça à deux reprises à la Légion d’honneur par conviction personnelle. Comme avant lui, George Sand, Guy de Maupassant et deux de ses écrivains préférés, Marcel Aymé et Jules Renard. Il accepta en revanche de devenir chevalier de l’Ordre national du Québec en 2002. Son œuvre a laissé une trace auprès des amoureux des Belles-Lettres de la Belle Province. « Les gens cultivés savent qui est Bernard Clavel. Il m’arrive encore d’en parler avec ceux de mon âge. Les jeunes, hormis quelques exceptions, ne savent pas qui il était. »
Chaque moment partagé avec Bernard Clavel et Josette Pratte est indélébile dans la mémoire de Michelle Labrèche-Larouche. « J’ai encore des frissons quand j’en parle. Bernard était un homme bon, un chevalier sans peur et sans reproche. Tout le monde savait que c’était un grand écrivain. C’était aussi un être exceptionnel. » Que l’amour a sublimé. Son coup de foudre a donné un second souffle à son œuvre. « Il en a été transformé. Cela lui a ouvert d’autres univers comme homme et créateur. Josette était le centre de son monde et sa muse. » Elle était plus que cela. « Il la laissait exister. Il aurait pu dire que c’était lui, le génie et l’écrivain, mais il ne l’empêchait pas d’écrire. Il l’a aidé, elle aussi, à réaliser de très beaux livres. » Première lectrice de ses œuvres, sa femme ne mâchait pas ses mots. « Je n’aurais pas écrit pareillement sans elle », avait reconnu l’auteur.
Treize ans après son décès, Josette Pratte perpétue encore la mémoire de son époux. « Elle est toujours habitée par lui. Dans les dernières années de sa vie, quand il était diminué, Josette était très présente. Elle était aussi entière et passionnée que lui. C’était un beau couple et une immense histoire d’amour. »

