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Laure Bizard - photo personnelle ia

Ancienne infirmière puéricultrice, la Jurassienne Laure Bizard a suivi son mari au Canada puis aux États-Unis, au fil de ses mutations professionnelles, avant de rentrer en France. Entre-temps, l’enfant de Lons-le-Saunier est devenue Phoenix B. Asher, autrice à succès de la New Romance.

« Je ne dis pas que c’est la même personne. Je dis juste qu’on ne les a jamais vues ensemble dans la même pièce. » Le gimmick va comme un gant à Laure Bizard et Phoenix B. Asher. Derrière ce patronyme à consonance anglaise se cache l’une des autrices françaises en vue de la New Romance®. Pour les profanes, le genre, apparu au début des années 2010 aux États-Unis et qui a explosé en France en 2014, met en scène des personnages, souvent de jeunes adultes, confrontés à des thèmes contemporains comme la grossophobie, la perte des illusions, le sacrifice ou le consentement. Ces romans, ancrés dans le réel, déroulent le fil d’une histoire d’amour qui finit toujours bien. Si le récit l’exige, les scènes de sexe sont explicitement décrites. La clé de l’intrigue tient souvent à la manière dont les héros apprivoisent leurs difficultés pour vivre enfin des relations sentimentales apaisées.

Le petit « R » cerclé ne vous aura pas échappé : Hugo Publishing a fait de New Romance® une marque déposée en France. Parmi les figures du genre, la Canadienne Elle Kennedy a beaucoup fait parler d’elle ces dernières semaines. Elle est à l’origine de la saga The Deal, dont l’adaptation en série télévisée, Off-Campus, est distribuée en France par Prime Video. Plus près de nous, Phoenix B. Asher s’est rapidement imposée comme l’une des références françaises du genre. Ses romans occupent une place de choix dans les grandes chaînes de librairies.

Lectrice acharnée dès l’enfance, capable d’avaler « entre 50 et 60 livres par an », Laure Bizard n’aurait pourtant jamais imaginé vivre un jour des histoires sorties de son imagination foisonnante. « À l’adolescence, j’écrivais déjà, mais c’était juste pour le plaisir et les copines. »

Près d’une vingtaine de romans en dix ans

Ses racines sont à Lons-le-Saunier, « où ma famille vit depuis longtemps », rappelle la quadragénaire. Dans son enfance et son adolescence, elle ne s’imagine pas quitter ce Jura auquel elle reste profondément attachée. Sa première vie professionnelle l’éloigne pourtant de l’écriture : Laure Bizard devient infirmière puéricultrice. « J’ai exercé jusqu’en 2012. J’ai arrêté pour suivre mon mari à l’étranger. » Ce dernier occupe un poste à responsabilités au sein du groupe fromager Bel, connu pour ses marques emblématiques comme La Vache qui rit, Babybel, Kiri ou Boursin. « L’entreprise a des usines et des bureaux au Canada et aux États-Unis. »

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De l’autre côté de l’Atlantique, la petite famille vit successivement dans ces deux pays. Parents d’une petite fille avant leur départ, Laure Bizard et son mari accueillent ensuite des jumeaux. « Comme leur sœur, mes fils sont nés en France. À l’époque, mon mari était souvent en déplacement. On a pensé que ce serait plus simple si j’étais entourée. J’ai terminé ma grossesse dans le Jura. Tous mes enfants sont Jurassiens ! », s’amuse-t-elle.

Avant cette seconde naissance — double, cette fois —, elle avait posé ses valises au Canada, à Montréal plus précisément. « L’adaptation a été difficile. L’hiver au Québec est un cran au-dessus de celui du Jura ! Je m’occupais de ma fille. Je ne travaillais pas, comme beaucoup de femmes d’expatriés. » Parfois, faute de diplôme reconnu — « pour exercer, j’aurais dû suivre une formation complémentaire » —, parfois par manque de temps, l’éducation des enfants occupant largement les journées.

Pour se changer les idées, elle lit énormément et écrit ses propres textes. « J’allais souvent sur la plateforme Fyctia, qui organisait des concours d’écriture. J’aimais le principe de pouvoir commenter chaque chapitre. » À force de la parcourir, l’envie lui vient de se jeter à l’eau. « En 2016, j’ai participé à un concours de thriller. » Fan de romance, la Lédonienne en injecte de larges séquences dans son histoire. Elle parvient jusqu’en finale. « Je n’ai pas gagné. Ce n’était pas assez thriller au goût du jury. »

Son talent ne passe toutefois pas inaperçu. Elle s’appuie sur cette base, retravaille l’histoire et s’autoédite. Elle admet que « cela restait amateur ». À l’époque, elle prend en main la relecture et les corrections, aidée par ses amies. Pour l’anecdote, ce premier ouvrage, Pine Lake Resort, a été réédité il y a deux ans au format poche. « On l’a encore retravaillé. Il restait du boulot ! »

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Boostée par ce premier essai concluant, elle persiste. « J’ai participé à un autre concours sur Fyctia. » Le style est différent : cette fois, il s’agit de littérature érotique. Sa plume fait mouche. « J’ai été publiée dans la collection La Condamine, chez Hugo. Avoir un pied dans une maison d’édition et connaître des éditrices ouvre des portes. » Une dizaine d’années après s’être lancée dans la jungle de l’édition, l’autrice franc-comtoise approche la vingtaine de romans, dont l’incontournable saga Les Dieux du campus, Tout ce que je veux pour Noël, c’est toi, Les Jumeaux Westwood : The Sphinx ou Everywhere With You.

Les États-Unis, son deuxième pays

Après le Québec, Laure Bizard et sa famille découvrent les USA, dans l’État de l’Illinois. « Mon mari travaillait à Chicago, mais on s’est installés dans la banlieue. » Le pays de l’Oncle Sam l’inspire et garde une place importante dans ses ouvrages, malgré un retour en France il y a quelques années. « Les États-Unis occuperont toujours une grande part en moi. On y a vécu six ans, mes enfants y ont grandi et nous aussi, en tant qu’adultes. Quand on a quitté ce pays pour rentrer en France, c’était une forme de déchirement. Cela restera notre deuxième pays. Écrire des histoires qui s’y déroulent me permet d’en rester proche. »

Les souvenirs emmagasinés de l’autre côté de l’Atlantique, notamment les paysages — « certains me rappellent le Jura » — et les ambiances constituent un terreau fertile, mais ne suffisent pas. Soucieuse du moindre détail, Laure Bizard prépare minutieusement chaque ouvrage. « Avec les réseaux sociaux, tout va plus vite et les critiques sont parfois acerbes. On doit être très attentif à ce qu’on écrit. » Avant de coucher les premières pages d’un roman, elle s’astreint à une préparation rigoureuse. « Que ce soit seule ou avec ma coautrice, je n’écris pas des romans sur un thème spécifique, comme le hockey sur glace par exemple, sans vérifier. Tout ce qu’on raconte doit être cohérent et réaliste. À la moindre bêtise, on ne nous ratera pas ! »

Rigoureuse, Phoenix B. Asher possède une autre qualité que beaucoup d’auteurs lui envieraient : elle ne connaît pas l’angoisse de la page blanche. « Mon stress, c’est de ne pas avoir assez de temps pour écrire les histoires qui me viennent à l’esprit ! » Son éditeur ne lui met aucune pression, mais elle produit à un rythme soutenu. « J’aime être efficace dans mon job. Je ne veux pas laisser passer trop de temps entre les livres. J’aurais peur que mon lectorat m’oublie. On est nombreux sur le marché. »

L’écriture est sa drogue. « J’ai beaucoup trop d’idées en tête pour laisser filer le temps et ne pas faire de livre pendant deux ou trois ans. Dès qu’une idée me vient, quelle que soit l’heure, je la note. Il m’arrive de me réveiller en pleine nuit pour ça. L’application Notes de mon téléphone est bien remplie ! »

Un lien fort avec ses lecteurs

On pourrait imaginer Laure et Phoenix ne faire qu’une tout au long de la journée. Ce n’est pas le cas. Le matin, Phoenix reste sagement en retrait pour que Laure accomplisse pleinement son rôle de maman. « Mes fils ont des troubles de l’apprentissage. En attendant d’avoir des places dans des classes spécialisées, ils font l’école à la maison. » Travailler à domicile lui permet de leur accorder une grande attention. « Le matin, je leur fais les cours. C’est le moment où ils sont le plus concentrés et efficaces. L’après-midi, j’écris, et je déborde parfois sur le début de soirée. Quand on est proche de la deadline, j’écris tout le temps ! »

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Phoenix B. Asher est une autrice bien ancrée dans le réel. « Je m’inspire beaucoup du quotidien et de la vie des gens, explique la Lédonienne. J’aime écrire sur ce que j’arrive à visualiser. Je pourrais écrire du fantastique, mais ce serait plus dur à imaginer. Avec ma coautrice, on aborde des sujets de société. On glisse des éléments de la vie de tous les jours, de ce qu’on voit dans les médias ou sur les réseaux sociaux. »

L’identification des lecteurs aux personnages sortis de sa plume est forte. « On me dit souvent : “Cela m’a touché parce que j’ai vécu ça” ou “je me suis retrouvé dans ce personnage”. Écrire sur la vie des gens, c’est ce que je préfère. »

La Sarthe avant un retour dans le Jura

Son goût du réel lui a permis de nouer un lien solide avec ses fans. Il ne se passe pas une journée sans qu’au moins un lecteur ne l’identifie sur les réseaux sociaux pour partager son coup de cœur pour l’un de ses livres. « J’échange avec certains d’entre eux et il y a beaucoup d’interactions. Ils sont curieux, ils veulent connaître le thème du prochain bouquin ! » Dès qu’elle le peut, Laure Bizard participe à des salons littéraires et à des séances de dédicaces pour rencontrer celles et ceux qui dévorent ses histoires. Beaucoup ignorent encore le parcours de vie de celle qui se cache derrière Phoenix B. Asher et qui a mis le cap à l’ouest… de la France.

Moins dépaysante que le froid québécois ou la frénésie de Chicago, la Sarthe a accueilli Laure Bizard et sa petite famille à leur retour en France. Mais les valises ne vont pas tarder à être refaites. « Dans quelques semaines, on revient dans le Jura ! », lâche-t-elle avec entrain. Paradoxalement, ce retour aux sources bousculera les habitudes prises ces dernières années. « Aux États-Unis, plus qu’au Canada, on a découvert un rythme différent, auquel on s’est adaptés. Dans la Sarthe, on n’est pas vers Le Mans, mais au milieu de nulle part, même si on est près d’une gare TGV. Ce sont ces fameuses gares perdues dans la campagne. Ce n’est pas toujours facile. Alors, quand mon mari a évoqué ce possible retour dans le Jura, je lui ai dit de foncer. »

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En Franche-Comté, ils profiteront de leurs proches autrement que par écrans interposés. «Il va falloir se réhabituer à compter sur nos familles.» Elle puisera peut-être une inspiration nouvelle dans ces lieux qu’elle connaît comme sa poche et dont elle ne se lasse pas de conter le charme. «Ces dernières années, quand on rentrait dans le Jura, on allait surtout chez mes parents, à Lons-le-Saunier. Cela reste une ville sympa. Le centre-ville est vraiment beau maintenant et on a envie de s’y balader. C’est l’un des derniers centres-villes où tout n’a pas été fermé et excentré.»

Quand elle s’éloigne des limites du chef-lieu, elle aime, en bonne Jurassienne, profiter des lacs de Chalain et de Vouglans. « On a quand même pas mal d’endroits sympas dans le département ! On n’est également pas loin des grandes villes comme Lyon et Dijon par la route. » Laure Bizard revient donc aux sources. Phoenix B. Asher, elle, gardera l’esprit de l’autre côté de l’Atlantique.

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