Josette Pratte, Bernard Clavel, Jura, Jurassiens, magazine, Numéro 39, Jura, Jurassiens, magazine
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Colette Sauter - YvesBurdet

La malicieuse trublionne aime surprendre avec son vocabulaire imagé. Elle et son mari Pierre ont connu Clavel dès les années soixante-dix, peu après son Goncourt. Plus qu’un écrivain, Bernard était pour eux un ami simple, fabuleux conteur et piètre buveur de vin !

Marie, avec ses enfants et son frère Pierre, paysans francs-comtois du XVIIe siècle, quitte sa région ravagée par la peste et la guerre de Trente Ans. Ils s’engagent dans un périlleux voyage jusqu’en Suisse, au bord du lac Léman. Ainsi débute La Lumière du lac, roman de 1977 situé par Clavel dans le canton de Vaud qu’il aimait tant. Là-bas, Colette Sauter, fidèle amie de l’écrivain, se souvient de leur première rencontre au début des années soixante-dix. Avec l’accent chantant de son pays, la dame, qui a passé quatre-vingts ans, raconte : « Mon mari Pierre était imprimeur et Robert Dufourg, pour qui le fils Clavel travaillait comme graphiste, nous a appris que Bernard venait dans le pays vaudois. Il a proposé de nous le présenter. Je lui ai répondu : “Oui bien sûr et il peut loger chez nous !” À l’époque, on ne le connaissait pas, mais nous sommes devenus très amis. »

La nature, les arbres et pas d’ordinateur !

Bernard Clavel, qui avait obtenu quelques années plus tôt le Goncourt, en 1968 pour Les Fruits de l’hiver, allait « respirer l’air du pays » selon Colette. Il venait une fois par an chez ses amis helvètes dans leur maison de Reverolle, petit village au-dessus de Morges.

Là, dans la chambre du troisième étage, le romancier a préparé La Lumière du Lac, second tome de la série Les Colonnes du ciel. Le couple Sauter lui a fait rencontrer du monde pour que l’homme de lettres accède aux archives. Il l’a également mis en relation avec des historiens.

Colette se souvient très bien le duo que le romancier formait avec sa première femme, Andrée : elle recopiait à la machine à écrire les textes qu’il écrivait au stylo. « Pour ça, je suis très Clavel : pas d’ordinateur et tout ce tintouin ! », s’amuse Colette.

On imagine parfaitement comment ces deux-là ont pu s’entendre. Colette Sauter a le parler imagé d’une joyeuse trublionne. Elle et son mari aimaient Clavel, « homme de la campagne, amoureux des arbres, de la nature, du jardin, de la simplicité. »

« Il n’était ni Parisien, ni mondain. Il appréciait les gens de métier, beaucoup plus que les intellectuels. Il avait beaucoup d’admiration pour les manuels et prenait plaisir à regarder mon mari faire de la menuiserie ou forger. Le voir faire son pain l’impressionnait beaucoup aussi, lui qui pourtant avait débuté en tant que pâtissier et avait un père boulanger. »

Les mondains, les poireux, très peu pour lui

Elle se souvient encore des promenades dans le jardin avec Bernard et des grandes conversations au petit-déjeuner. « C’était magnifique ! Il me racontait Brassens, René Fallet… J’aimais beaucoup. Chez lui, j’appréciais encore plus le conteur que l’écrivain. On s’entendait bien. On était popote et planplan. » Dommage que vous n’ayez pas de son, pas d’image, car écouter Colette Sauter, c’est du bon cinéma.

Elle buvait donc les paroles de son ami comme lui avalaient ses eaux de plantes. « Il buvait du thé et de la tisane. Peu de café, pas d’alcool. Chez les Vaudois, ça avait un peu de mal à passer… » Colette Sauter connaissait Clavel, comme ces amis qui savent combien de sucres vous mettez dans votre café et qui vous regardent changer de femme sans juger, en spectateurs. Goncourt ou pas, connu ou pas, Clavel était un ami cher. « Il avait horreur du fromage, ça le rendait malade. Et il détestait les poireux, les crâneurs si vous préférez. Il venait de la campagne et ne l’oubliait pas. » 

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