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Dix ans. Ce n’est presque rien à l’échelle d’un massif, d’une reculée, d’un sapin qui prend son temps ou d’une pierre chauffée par l’été. Mais pour un magazine, dix ans disent déjà une fidélité, une obstination, une manière de tenir debout dans un monde où tout passe trop vite. Depuis 2016, Numéro 39 avance avec cette idée simple, et pourtant jamais acquise : offrir chaque année aux Jurassiens un objet de presse exigeant, soigné, généreux, que l’on ouvre comme on pousse une porte, que l’on garde comme une lettre, que l’on retrouve plus tard avec le sentiment d’y croiser encore des visages familiers.

Il aurait été facile de réduire le Jura à ses cartes postales : les lacs, les combes, les vignes, les clochers, les neiges patientes du Haut-Jura, les routes qui serpentent entre deux silences. Numéro 39 a choisi une autre voie. Non pas nier la beauté du décor, mais rappeler que les paysages ne valent jamais seuls. Un territoire n’existe pleinement que par celles et ceux qui l’habitent, le quittent, y reviennent, le racontent, l’emportent avec eux comme une seconde peau.

Au fil des numéros, la rédaction a dessiné une galerie humaine où se répondent écrivains, artistes, cinéastes, sportifs, chefs, entrepreneurs, voix de radio, figures médiatiques, artisans d’exception, serviteurs de l’État, aventuriers discrets et bâtisseurs inattendus. Il y a Bernard Clavel, bien sûr, dont l’œuvre semble avoir retenu quelque chose des rivières, des hivers et des forêts jurassiennes. Jeanne Champion, dont la vie traversa la peinture, l’écriture et le théâtre. Jean-François Stévenin, acteur et cinéaste libre, figure à part du cinéma français. Pierric Bailly, qui transforme ses bois d’enfance en territoire romanesque.

Il y a Xavier Thévenard, fils du massif, preuve vivante qu’une terre peut former un souffle autant qu’un caractère. Alessandra Sublet, revenue vers un Jura plus intime que mondain. Marc-Antoine de Saint-Germain et Georges-Antoine Florentin, deux Jurassiens devenus pachas du Charles-de-Gaulle, comme si ce département sans rivage savait aussi produire des hommes du large. Denis Favier, patron à deux reprises du GIGN, ancien directeur général de la gendarmerie nationale, qui incarne une autre tradition jurassienne : le service, la rigueur, le sang-froid. Il y a encore Sylvain Caire, enfant de Sainte-Agnès, parti du Sud-Revermont pour inventer avec Freegun une marque portée bien au-delà des frontières du pays natal. Paule Monory, installée à Château-Chalon, proche collaboratrice d’Yves Saint Laurent, rappelant que le Jura sait dialoguer avec la haute couture, les ateliers parisiens, les élégances les plus secrètes. Quelques noms, parmi tant d’autres, pour dire une même chose : le Jura ne produit pas seulement des paysages, il façonne des trajectoires.

Ce que Numéro 39 a offert, pendant dix ans, ce ne sont donc pas seulement des portraits. Ce sont des présences. Des preuves. Des récits qui contredisent la vieille idée selon laquelle les destins remarquables naîtraient forcément ailleurs, dans les capitales, les grands centres, les lieux déjà consacrés. Ici, l’extraordinaire surgit parfois d’un petit village, d’une maison familiale, d’une enfance longtemps gardée en soi. Le Jura devient alors moins un point sur la carte qu’une réserve d’élans.

Numéro 39 a voulu lui donner de la profondeur, du style, de la mémoire. Chercher derrière le succès la faille, derrière la réussite l’enfance, derrière le nom connu la part secrète, derrière la trajectoire l’attachement. C’est peut-être cela, au fond, la noblesse d’un portrait : ne pas fabriquer des statues, mais rendre les êtres à leur complexité.

Cette aventure, Numéro 39 ne l’a pas menée seul. Elle s’est écrite avec des compagnons de route. Armand Spicher fut de ceux-là : une plume fidèle, attentive aux êtres, capable de faire entendre dans un portrait ce qui ne se déclare pas toujours à voix haute. Un magazine tient aussi par ces présences discrètes.

Dix ans après, l’ambition demeure intacte. Numéro 39 veut rester le média des belles histoires. C’est une ligne de conduite. Et peut-être une conviction : les territoires les plus riches ne sont pas toujours ceux qui parlent le plus fort, mais ceux qui savent encore faire naître des femmes et des hommes capables de croire en leurs rêves, puis de leur donner forme.

 

Au sommaire

  • Franck Mignot
  • Pierric Bailly
  • Adeline Burger
  • Benjamin Melot
  • Quentin Fillon-Maillet
  • Vivien Sonzogni
  • Delphine Merle
  • Margaux Seigneur
  • Jacques Hauller
  • Samuel Cordier
  • AYmeric Carrez
  • Dominique Guéritey
  • Frédéric Berrod
  • Laure Bizard
  • Florence Griffond
  • Émilie Satt
  • C-ROM
  • Wheobe
  • Léo Nivot
  • Anthony Bosio
  • Josette Coras
  • Laurent Bidot
  • Quentin Joly

 

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