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Anthony Bosio - DR
Anthony Bosio, alias Scratchin Beg, n’a jamais vraiment quitté le Jura, même lorsqu’il a passé quinze années dans le Sud-Ouest. Revenu « aux sources » en 2017, le DJ, producteur et organisateur de soirées a construit un parcours singulier, entre culture hip-hop, passion du vinyle et ancrage territorial assumé.
Né à Saint-Claude, Anthony Bosio, alias DJ Scratchin Beg, revendique sans détour son ancrage jurassien, même après quinze ans d’exil dans le Sud-Ouest. « Je suis né et j’ai grandi à Saint-Claude, puis j’ai quitté la région pendant plus de quinze ans. J’ai vécu à Pau de mes 23 à 38 ans, mais je suis un pur produit jurassien. Je suis revenu aux sources en 2017 », résume-t-il simplement. Ce retour, qu’il n’avait pas forcément anticipé, s’est imposé comme une évidence. « Je pensais rebondir ailleurs, à Lyon ou autre, et finalement, revenir ici a été super. Je me sens vraiment bien. »
Cet attachement à la capitale mondiale de la pipe de bruyère dépasse la simple biographie. Il est presque instinctif, difficile à expliquer selon lui. « Je suis vraiment attaché à cette ville. J’ai du mal à habiter aux alentours. Il y a quelque chose que je n’explique pas vraiment. » Il évoque les montagnes, la famille, mais aussi une adolescence marquée par une vie locale animée. « On a eu la chance de connaître de belles années ici. Les bars étaient pleins, il y avait de la vie. On ne s’ennuyait pas. »
Avant de devenir DJ à plein régime, Anthony Bosio a d’abord construit son rapport à la musique dans sa chambre d’adolescent. « Comme beaucoup, j’ai commencé à mixer chez moi. » Très loin des clichés électro, ses influences viennent d’ailleurs : soul, rhythm’n’blues, rock, puis très vite hip-hop. « Je n’ai jamais été très musique électronique, pas du tout techno. Je suis très orienté hip-hop et groove. » Ce qui l’attire d’abord, c’est autant la musique que la place du DJ dans la culture hip-hop. « Le rôle du DJ derrière les rappeurs m’a vraiment marqué. Il avait une vraie place. »

Anthony Bosio – DR
Avec le temps, sa palette s’élargit naturellement. Il explore les musiques du monde, le groove brésilien, les sonorités africaines, tout en conservant une approche très instinctive du mix. « J’ai toujours été attiré par ce côté groove. » Cette curiosité nourrit une pratique qui ne s’est jamais limitée au club. Aujourd’hui encore, il évolue entre deux univers : le dancefloor et un travail plus introspectif de production, souvent à la maison, autour de textures plus ambiantes ou expérimentales. « J’ai deux facettes. Un côté DJ set, et un côté plus expérimental, plus posé. »
Cette double approche se retrouve dans ses projets. Il travaille avec des artistes rap, développe ses propres productions, et a même lancé une soirée à Copenhague – Funkylicious Party –, trois fois par an, entièrement dédiée au vinyle et aux esthétiques funk et disco. « C’est 100 % vinyle, 100 % funk. » Une démarche qui prolonge une conviction forte : celle du support physique comme outil artistique.
Car Scratchin Beg reste un DJ vinyle. « Je ne mixe que sur platines vinyles. Et je ne changerai jamais. » Dans son approche, le microsillon n’est pas seulement un format, mais une contrainte créative. Là où le numérique permet de tout emporter, le disque oblige à choisir, à anticiper, à construire une narration. « Chaque disque est réfléchi, chaque disque est choisi. Tu es limité, donc tu fais des choix. » Cette contrainte devient une force, notamment dans la construction du set. « Quand ça prend avec les disques que tu as emportés, c’est une sensation unique. »
De Saint-Claude à Los Angeles
Son parcours le mène aussi loin du Jura, jusqu’à Los Angeles, où il tisse une relation artistique et humaine très forte. Découverte en 2017, la ville devient un point d’ancrage parallèle. « J’ai un vrai lien avec Los Angeles. C’est un lien de cœur et artistique. » Là-bas, il vit en immersion totale, entre disquaires, concerts et DJ sets. « Je n’y vais que pour la musique. Tous les jours, je vais dans les magasins de disques. » Avec le temps, il y construit des relations durables. « J’ai de vrais amis là-bas, des vrais frères. » Malgré cette ouverture internationale, il choisit pourtant de se réinstaller dans le Jura. Une décision qui coïncide aussi avec une nouvelle organisation de vie.

Anthony Bosio – DR
Depuis trois ans, il travaille comme chauffeur de bus scolaire. Un choix réfléchi. « Ça me laisse du temps pour ma musique la journée et le confort des vacances scolaires aussi. » Une manière de ne pas dépendre uniquement des dates et des cachets, et de préserver une liberté artistique. « J’ai préféré en faire moins, mais faire ce que j’aime. »
Enfin, son nom de scène raconte aussi une part intime de son identité. Scratchin Beg vient à la fois d’un surnom et de son bégaiement, qu’il a choisi d’assumer pleinement. « J’ai toujours été dans l’autodérision avec ça. » Une singularité qu’il a intégrée jusque dans son univers artistique, parfois même en jouant avec en live. « Je peux balancer un son ou un documentaire sur le bégaiement en plein DJ set », comme une signature.
De la Franche-Comté à la Californie, en passant par la cité d’Henri IV et Copenhague, Anthony Bosio trace son parcours derrière les platines. Mais au centre de tout, une constante demeure : le Jura. « Je suis vraiment bien chez moi ici, là où j’ai grandi. »

