
Photo :
C-Rom - MATHILDE GALLIOT
Avec Je pars et reviens, entré dans le Top 50 Viral de Spotify, C-ROM, alias Romain Plumet, a vu une chanson très personnelle devenir celle des autres. Enfant du Jura, passé par le conservatoire, les grandes écoles et les scènes parisiennes, il transforme ses départs, ses doutes et ses souvenirs familiaux en refrains capables de rassembler.
Fin avril, Je pars et reviens a intégré le Top 50 Viral France de Spotify. Pour C-ROM, alias Romain Plumet, ce n’est pas seulement un chiffre, une ligne ajoutée à une biographie encore jeune. C’est plus profond : la preuve qu’une chanson écrite dans une maison de famille, dans le calme du Jura, peut soudain appartenir à tout le monde.
Le morceau parle d’un départ. Ou plutôt de tous les départs. Ceux des étudiants qui quittent leurs parents, des familles séparées par une ville, parfois un pays. Une histoire presque banale, donc totalement universelle. C-ROM, lui, ne l’avait pas forcément anticipé. Il voulait être clair, direct, moins mystérieux que dans certains de ses textes précédents. Son ami d’enfance Antoine Pegeot, qui l’accompagne dans son aventure musicale, y voit une bascule logique : « Avec les titres précédents, il se cachait parfois derrière des images poétiques. Là, il parle de quelque chose qu’il vit vraiment, au premier degré, sincèrement. J’étais persuadé que l’authenticité toucherait les gens. »
Je pars et reviens a donc fait ce que font parfois les chansons miroirs de leur époque : elle a échappé à son auteur. Sur les réseaux, des inconnus se la sont appropriée, l’ont posée sur des vidéos de quais de gare, de séparations, de retours provisoires. Elle a traversé les âges, touché les enfants comme les parents. « J’ai reçu des centaines de messages, venus de partout en France et de personnes de toutes nationalités, témoigne Romain Plumet. Beaucoup me disaient : “Je suis étudiant, je viens de quitter ma famille, je vis exactement la même chose, j’ai pleuré en écoutant ta chanson.” Honnêtement, je ne pensais pas que ce morceau ferait cet effet sur les gens. »

C-Rom – MATHILDE GALLIOT
Il y a dans cette surprise quelque chose qui raconte très bien le rappeur. Il ne fabrique pas encore avec la froideur de ceux qui pensent le succès comme une mécanique. Il observe, il témoigne. Surtout, il doute. Cette viralité est aussi née d’un retour à la source. « Je reviens toujours dans le Jura pour écrire, parce que c’est là que naissent mes morceaux les plus sincères. »
Le Jura, chez lui, n’est ni un décor ni un argument régional. C’est une colonne vertébrale. Il a grandi à Dole, garde une attache forte à Lons-le-Saunier par sa mère, à Cessey par la maison familiale, au Haut-Doubs par d’autres branches de son histoire. Longtemps, il n’a d’ailleurs pas su s’il fallait dire d’où il venait. « Tant que c’était moi qui choisissais d’en parler ou non, ça allait. Mais un jour, alors que je préparais un événement, on m’a dit : “Surtout, ne dis pas que tu viens du Jura.” Là, j’ai eu un déclic. »
Depuis, il le revendique. Il le met en avant, jusqu’à l’inscrire dans sa description sur les plateformes d’écoute. Il veut « mettre le Jura sur la carte ». La formule pourrait sonner comme un slogan. Chez lui, elle prend la forme d’un apaisement. Paris lui a donné les studios, les grandes scènes, la nécessité d’exister parmi tant d’autres. Le Jura, lui, laisse exprimer sa voix intérieure. « Je ne me suis jamais senti chez moi ailleurs. Je suis allé à Grenoble, à Paris, à Besançon, mais il n’y a qu’en revenant ici que j’ai vraiment le sentiment d’être chez moi. Tous mes souvenirs sont là. » Sa mère, Anne Plumet, y voit moins une destination qu’un refuge : « Il revient de Paris relativement souvent. J’ai l’impression qu’il veut préserver ce Jura comme la terre de son enfance, de sa famille. »
Dans la voix, le Jura
Avant C-ROM, il y a donc Romain, les années doloises, les copains, les premières écoutes de rap. Antoine Pegeot est de ceux qui ont vu cette histoire commencer. « Je ne me rappelle même pas le moment où on s’est rencontrés. C’était sa première année de maternelle. Après, on a fait toute notre scolarité ensemble, jusqu’au bac. » Plus tard, dans leur bande, chacun noircit quelques pages, porté par les mêmes écoutes et le désir un peu flou de créer quelque chose. « On écoutait beaucoup de rap. On se mettait à écrire des textes chacun de notre côté, parfois à rapper en soirée. Et progressivement, on a tous laissé ça de côté, sauf Romain, qui a fait exactement l’inverse. »
Ce souvenir éclaire une différence essentielle. Chez les autres, l’exercice est resté un jeu d’adolescence, une manière de prolonger les moments partagés et les amitiés. Chez lui, il est devenu une langue de travail. Peu à peu, ce qui relevait du défi entre copains s’est déplacé vers quelque chose de plus intérieur : non plus seulement trouver la bonne rime, mais comprendre ce qu’il avait vraiment besoin de dire.
Cette bascule n’est pas sortie de nulle part. Avant le rap, avant les textes griffonnés entre potes, la musique occupait déjà une place familière, presque naturelle, dans son quotidien : du côté paternel, Queen, Daft Punk, Pink Floyd… Une mère pianiste, un oncle professeur de formation musicale, un frère au hautbois puis à la basse, une sœur au piano. Romain entre au conservatoire, passe par l’éveil musical, choisit la clarinette presque par hasard. « On est passés devant une boutique d’instruments. J’en ai désigné un au hasard : c’était une clarinette. » Sa maman se souvient surtout d’un enfant qui voulait trouver sa place à côté de son aîné, sans le copier tout à fait. « Son frère jouait du hautbois, Romain voulait trouver un autre instrument, mais qui soit un peu proche, évidemment pas le même. Il a vu la clarinette, il a dit : pourquoi pas. »

C-Rom – MATHILDE GALLIOT
Huit ans de formation. Huit ans à apprendre ce qu’il remercie aujourd’hui d’avoir dans son logiciel, mais qu’il a longtemps vécu comme une contrainte. Trop de partitions, trop peu de création. « Il s’est senti un petit peu dans un carcan, reconnaît Anne Plumet. Mais aujourd’hui, je pense que ça lui permet de construire sa musique. »
Ce conflit-là est fondateur. Le jeune homme ne veut pas seulement jouer. Il veut écrire. Surtout, il découvre que les mots peuvent être une scène. Adolescent, il commence par des textes de son âge. Rien, encore, ne permet vraiment de deviner jusqu’où cela le mènera. Pour Antoine Pegeot, la prise de conscience se fait plus tard, au moment du premier morceau rendu public. « C’est quand il a sorti un titre sur YouTube, en 2020 je crois, qu’on s’est dit qu’il voulait en faire quelque chose de sérieux. Pour lui, ce n’était pas juste un jeu. » Il se souvient d’avoir été « le premier supporter », accueillant les premiers morceaux « avec fierté ».
En parallèle de cette échappée par les mots, Romain Plumet suit une voie parfaitement balisée. Collège de l’Arc puis lycée Charles-Nodier à Dole, classe préparatoire ENS D2, dite Cachan, à Besançon, avant Grenoble École de Management, dont il sort diplômé d’un master : le parcours a tout d’une trajectoire solide, rassurante, presque tracée d’avance. Antoine Pegeot, sorti lui aussi d’école de commerce, se trouve au même carrefour. « Il y avait deux choix : rentrer dans une carrière classique, ou se dire que c’était peut-être le bon moment pour tenter quelque chose d’un peu fou et créatif. On s’est accordé un an pour se mettre à 100 % dans le projet C-ROM. »
Quand Romain Plumet annonce à ses parents sa décision, ceux-ci ne sautent pas de joie. Ils ne ferment pas la porte non plus, mais posent un cadre. « Il y avait une sorte de deal : tu le fais, mais il faut absolument que tu termines ton parcours, parce que la musique peut très bien ne pas te faire vivre », se rappelle sa mère. « Ils n’étaient pas chauds du tout, confirme le fils. Quand je leur ai dit que je voulais essayer pendant un an, ils se sont dit : bon, c’est un caprice. » Le Jurassien combine alors un travail alimentaire, les études à mener jusqu’au bout et le temps accordé à son projet. Dans cet équilibre précaire, l’écriture devient plus qu’un loisir : un espace à lui, le seul endroit où déposer ce qui déborde.
Écrire pour ne pas déborder
La voix, elle, s’impose presque par nécessité : puisque les mots sont là, il faut bien leur trouver un chemin hors de la feuille. Dans la maison familiale, le piano devient alors un point d’appui. L’apprenti apprend seul, avec des tutos YouTube, cherche des accords, apprivoise des mélodies. C-ROM ne naît pas d’une envie de se mettre en avant. « Je n’ai jamais eu cette vocation de me dire, un jour, je serai chanteur. » Et plus loin : « Au bout d’un moment, j’avais des choses à dire et c’était la seule manière pour moi de les exprimer. »
Sa mère le formule avec les mots de celle qui connaît l’enfant derrière l’artiste : « L’écriture, c’est un exutoire pour lui. Il est très sensible à tout un tas de choses et il a besoin de l’écrire. Ça lui permet d’exprimer son ressenti. » Elle sourit de ce décalage : derrière des chansons souvent mélancoliques, elle retrouve un garçon lumineux. « C’est quelqu’un de très gai, en fait. » Antoine Pegeot, lui, voit dans ce contraste l’un des ressorts de son ami. « Romain a le côté artiste, avec beaucoup de doutes et de remises en question. Mais ce qui fait sa force, c’est sa sensibilité. Tout ce qu’il vit, il arrive à très bien l’exprimer. Il a un côté poétique, une âme d’enfant. » Autour de lui, les rôles se sont presque naturellement répartis : à Romain l’élan, les intuitions, les visions parfois trop grandes pour les moyens du moment ; à Antoine le cadre, l’organisation, le rappel au réel. « On est très complémentaires. Lui, c’est vraiment la créativité, mais aussi la détermination. Même s’il doute beaucoup, il a toujours cru qu’on pouvait faire quelque chose de grand. »

C-Rom – MATHILDE GALLIOT
Derrière l’efficacité mélodique, les chansons de C-ROM avancent dans des zones plus troubles qu’il n’y paraît. Elles charrient des images d’adolescence provinciale, de vieux clocher, de marché, de Clio 3 et de bières au goulot, mais aussi des nuits trop longues, des amitiés dangereuses, des départs rêvés, des amours devenues maisons hostiles. On y trouve des refrains lumineux, des blessures mal rangées, des souvenirs qui collent aux doigts.
On comprend mieux, dès lors, pourquoi son évolution récente lui importe autant. Après les premiers morceaux fabriqués seul ou presque, les cartes son et les micros achetés avec les premiers salaires, les clips tournés avec son copain d’enfance, les projets bricolés mais pensés comme de vraies histoires, il y a eu les studios, Chris Mapplepack et Edwin Ziegler, les vrais instruments, la volonté de sonner plus professionnel. Mais ce changement d’échelle a aussi réveillé une vieille inquiétude : il ne veut pas interpréter quelque chose qui ne vient pas entièrement de lui. Aujourd’hui, il compose davantage. « J’enregistre les premières versions, puis je vais en studio pour apporter les vrais instruments et donner plus d’ampleur aux morceaux. »
La fabrique de soi
Anne Plumet voit aussi ce mouvement : « Il n’a pas hésité à se mettre au piano. Il ose. Et c’est de ça que je suis un petit peu admirative. » Ce retour à une fabrique plus personnelle n’a rien d’anecdotique. Pour C-ROM, créer lui-même est devenu une nécessité. Il veut que les chansons viennent de lui, qu’elles portent sa trace dès la première note. « Quand elle ne m’appartient pas, ça ne m’intéresse pas du tout. » Ce n’est pas une question de contrôle, plutôt de sincérité. « Ce qui me fait vraiment du bien, c’est le moment où je crée. »
Autour de lui, Antoine Pegeot prend d’abord en charge l’image : clips, photos, vidéos de concerts, visuels pour les réseaux sociaux. Un rôle né sur le tas, dans une aventure commune. « Je me suis lancé dans la vidéo à ce moment-là. Je l’accompagnais partout. Puis le côté stratégie, communication, compréhension de l’industrie musicale m’a passionné. C’était presque un rôle de manager, sans que je le sache. » Mettre l’univers de Romain en images n’a pourtant pas été immédiat. « Le premier clip a été très compliqué. Mais Romain a une vision très précise de ce qu’il veut, même sur le côté visuel. Aujourd’hui, on a appris à travailler ensemble. »

C-Rom – MATHILDE GALLIOT
Un troisième regard s’est ajouté à ce cercle rapproché : celui de Valentin Bonjour, lui aussi originaire du Jura. Il découvre son compatriote presque par hasard, il y a trois ou quatre ans, lors d’un concert à Dole. « J’y suis allé sans savoir qui était la personne. Quand je le découvre sur scène, je trouve qu’il y a un truc intéressant, mais qu’il y a encore pas mal de boulot. » Plutôt que de s’en tenir à cette intuition, le professionnel prend des notes, lui envoie des conseils. Quelques mois plus tard, les deux hommes se retrouvent à Paris, au moment où l’artiste cherche comment se professionnaliser, s’entourer, entrer dans une industrie musicale dont il ne possède pas encore les codes.
Celui qui va devenir son manager apporte ce qui manque alors : un cadre, un réseau, une méthode. « Quand on est un petit enfant du Jura, comme lui et comme moi je l’ai été avant, quand on débarque à Paris, c’est compliqué. On ne connaît personne. On ne sait pas comment ça se passe. » Il l’aide à rencontrer les bonnes personnes, à penser les premières parties, la stratégie, les sorties de titres, la promotion radio.
Ce qui l’impressionne surtout, c’est la constance de son poulain. « Il est très rigoureux. Il bosse tout le temps. » Sans doute pour se rassurer. « Il a toujours ses doutes et il les aura toujours. Ça fait partie de lui. Mais là, il est hyper motivé, parce qu’il voit que tout se passe bien et que c’est maintenant qu’il faut y aller. »
C-ROM, c’est donc cela : l’art comme soin. Le nom lui-même porte cette idée de sérum, de remède. À ses débuts, il avait même distribué une soixantaine de CD dans des pharmacies de Dole et de Paris, comme si ses chansons pouvaient circuler à la manière d’un traitement sensible. « Je me suis dit : ah oui, OK ! Il me surprend souvent quand même », sourit sa mère.
Mais derrière le pseudonyme, Romain Plumet ne disparaît pas. Il signe ses textes de son vrai nom, quand la scène appartient à C-ROM. Le personnage n’est pas un masque, plutôt une version de lui-même capable d’oser davantage. « Je raconte qui je suis avec 4 000 fois plus d’assurance que je peux le faire dans la vraie vie. »

C-Rom – MATHILDE GALLIOT
Le théâtre l’a aidé à comprendre cette distance. À Paris, il s’y inscrit d’abord pour être meilleur sur scène, puis s’y attache. Troupe amateur, conservatoire d’arrondissement, rôles de jeune amoureux ou de cynique : il apprend à entrer dans une présence. En concert, il n’est par contre jamais totalement un autre. Plutôt lui-même, mais déplacé d’un cran, comme si C-ROM lui permettait d’entrer dans la lumière sans s’y perdre. « Quand je le vois sur scène, c’est quand même Romain, confie sa maman. Mais il est transformé. Quand je le vois bouger, quand je le vois avec les gens, je ne l’imaginais pas du tout comme ça. » Antoine Pegeot fait le même constat : « C-ROM prend toute la scène. C’est peut-être tout ce qui ne sort pas dans sa vie de Romain qu’il a besoin d’exprimer là. »
« Je suis obligé de me mettre dans un personnage pour oublier que je suis sur scène, en fait », confie l’intéressé. Une manière, dit-il encore, de se « déposséder un peu de la peur ». C-ROM n’efface donc pas Romain Plumet ; il lui donne seulement l’aplomb qui manque parfois dans la vie ordinaire.
Les récitals deviennent peu à peu son territoire d’élection. Au Delta Festival, à Marseille, ils sont nombreux à l’entendre, mais le souvenir reste flou. « Je ne me souviens pas du concert. Je m’oublie. Je suis en roue libre », raconte-t-il. Programmé après un DJ, il voit une partie du public s’éloigner. Plutôt que de s’effondrer, il comprend qu’il doit encore apprendre à retenir une foule. Il vient tout juste d’enregistrer Lalala lorsqu’il la présente pour la première fois à ce rendez-vous baigné de soleil. La confirmation viendra ensuite à Dole, lors des Mardis d’été : face au public de sa ville, le refrain accroche, les voix répondent, la chanson s’imprime. Puis une vidéo tournée lors d’une soirée entre amis provoque un premier emballement sur les réseaux. Lalala devient une porte d’entrée, son premier succès.
Puis il y a La Péniche, La Boule Noire à Paris. Début 2026, à Pigalle, les gens ne viennent plus par hasard. Ils ont acheté une place pour l’applaudir. Ce soir-là, il mesure ce que signifie avoir un répertoire. Il chante, et la salle chante avec lui. Sur certains morceaux, il peut se taire : les paroles continuent sans lui. « Il y a une vidéo où je ne chante même plus et je les entends et c’est… C’est un bonheur immense ! »

C-Rom – ALINA MICKELSON
Ce bonheur-là n’est pas seulement celui de la reconnaissance. C’est la confirmation qu’une histoire personnelle peut circuler, que ce qui a été écrit seul dans une pièce peut revenir sous forme de chœur. À force de voir des inconnus reprendre ses paroles, il a mesuré que ses créations ne lui appartenaient déjà plus tout à fait. C’est là, peut-être, que C-ROM trouve sa place : dans ce moment où l’intime devient collectif.
Il y a aussi ce périple à vélo. Avant son grand concert parisien, il choisit de relier son territoire à la capitale à la force des jambes : 500 kilomètres sur la route, accompagné par le fidèle Antoine. Derrière l’effort, il y avait un hommage intime à sa grand-mère, résistante, qui transportait des messages et des faux papiers à vélo, au risque de sa vie, du côté de Port-Lesney et de la ligne de démarcation. Antoine Pegeot en sourit encore : « C’était la dernière chose à laquelle je m’attendais de sa part. Un voyage à vélo, alors qu’il n’aime pas du tout ça… »
Des refrains en partage
C’est sans doute pour tout cela que Je pars et reviens marque un tournant. C-ROM y trouve non seulement un succès viral, mais une direction. Il sait mieux ce qu’il doit raconter : « Aujourd’hui, je me sens beaucoup plus crédible, et je vois que l’on s’intéresse davantage à moi. Surtout, je sais mieux dans quelle direction aller. J’ai compris que ce qui touche les gens, c’est lorsque je raconte ma propre histoire : celle d’un gamin du Jura qui veut réussir à Paris, avec ses souvenirs d’enfance en bagage. »
Autour de lui, cette bascule se ressent aussi. Des rendez-vous avec des labels ont eu lieu, des propositions sont arrivées. Pour son ami, le rêve devient concret : « Jusqu’à maintenant, les gens nous soutenaient, mais je ne pense pas qu’ils y croyaient vraiment. Là, on se dit que c’est totalement possible. Vivre de sa musique, ce n’est plus qu’une histoire de temps. »
Valentin Bonjour mesure la fragilité de cette accélération. « C’est un peu le moment de la bascule de la carrière », observe-t-il. Avant, C-ROM avançait avec « son petit public, sa petite audience ». Désormais, le mouvement s’inverse : « Maintenant, ce sont les gens qui viennent directement nous voir. » Labels, rendez-vous, promotion, radios, rythme des sorties : tout exige d’aller vite sans se précipiter. « C’est une période très compliquée où il faut faire attention à tout ce qu’on fait. Et en même temps, il faut être hyper réactif, parce qu’il se passe plein de choses. »
Il y a quelques années, certains proches s’inquiétaient. La voie était tracée, les études solides, la vie professionnelle classique possible. Romain Plumet a choisi le chemin moins sûr. Il ne l’a pas fait contre les siens, mais pour respirer. Aujourd’hui, ses parents le voient heureux, plus ouvert, plus solaire. « Je suis très fière de lui, dit Anne Plumet. Il a réussi à tout combiner. Il n’est pas dans l’impatience, il fait quelque chose qui lui plaît, qui lui donne du plaisir. Et il n’est pas abîmé par son désir de faire de la musique. » Après La Boule Noire, son père a aussi eu cette phrase que le rappeur n’a pas oubliée : voir son enfant s’épanouir sur scène vaut toutes les carrières rêvées. Au fond, c’est peut-être le plus beau mouvement de cette histoire. C-ROM est parti pour se trouver.

