
Photo :
Laurent Bidot - DR
Avec L’Histoire de Baume-les-Messieurs, Laurent Bidot transforme le célèbre village jurassien en récit vivant. Une BD patrimoniale où l’abbaye, les grottes, les légendes et la mémoire familiale dialoguent à travers les siècles.
Avec L’Histoire de Baume-les-Messieurs, Laurent Bidot signe une bande dessinée patrimoniale qui ne se contente pas d’illustrer un haut lieu jurassien. Elle le réveille. En quarante-huit pages, l’auteur traverse plus de mille ans d’histoire, depuis les origines monastiques de l’abbaye jusqu’aux débuts du tourisme moderne, en passant par les conflits, les excommunications, les légendes et les grottes. Le pari était risqué : raconter Baume sans l’assécher, instruire sans empeser, faire entendre les pierres sans les transformer en manuel scolaire.
Né en 1967, formé au dessin et au graphisme, Laurent Bidot connaît bien ce terrain. Après L’Histoire de la Grande Chartreuse en BD, L’Histoire du Mont-Saint-Michel, Carnac ou Le Gouffre de Padirac, il poursuit ici un compagnonnage ancien avec les lieux chargés de mémoire. « Je suis toujours passionné par les lieux que je visite », confie-t-il. Son ambition reste la même : « faire découvrir aux gens, et notamment aux visiteurs, aux touristes, les lieux qu’ils fréquentent ». Mais Baume-les-Messieurs touche à quelque chose de plus intime : « La famille est de la région du Jura, donc ça faisait un moment que l’envie de raconter l’histoire de Baume-les-Messieurs me trottait dans la tête. »
La belle idée de l’album est d’avoir confié le récit à Josette Coras, artiste jurassienne que Bidot avait rencontrée jeune. Elle devient une narratrice-passeuse, présence sensible entre les siècles. « Elle a conforté mon envie de communiquer avec les pierres, les paysages, et d’observer aussi », se souvient-il. Grâce à elle, la BD échappe au simple parcours chronologique. Elle avance comme une visite habitée, où l’imaginaire fait surgir abbés, soldats, visiteurs et fantômes de mémoire.

Extrait de la BD – Laurent Bidot
Car l’abbaye, mentionnée dès le IXe siècle, n’a rien d’un simple refuge hors du monde. Issue de l’élan monastique porté par Baume et Gigny, tous deux liés à la fondation de Cluny, elle fut longtemps traversée par les tensions religieuses et politiques de l’Europe médiévale. En se plongeant dans la documentation, Bidot dit avoir découvert « une histoire tumultueuse, avec des rebondissements multiples ». Encore fallait-il tout faire tenir dans un album lisible. « Il faut faire des choix », reconnaît-il, en pensant d’abord au « premier lecteur », celui qui découvre le lieu avant, peut-être, d’aller vers des ouvrages plus érudits. Le dessin donne alors chair à cette traversée : architectures changeantes, costumes, cavalcades, retable flamand, grottes et falaises. La bande dessinée trouve son rythme dans l’alternance des scènes : aux passages documentaires répondent des surgissements plus romanesques, des silhouettes venues du passé, des cavaliers, des soldats, des tensions d’abbaye et des respirations poétiques. Rien n’est figé : Baume-les-Messieurs devient un décor en mouvement, traversé par ceux qui l’ont construit, disputé, transformé. La fin, plus personnelle, fait entrer Augustin Bidot, arrière-grand-père de l’auteur, lié à la mise en valeur des grottes au moment où naissait le tourisme. L’histoire collective rejoint alors la mémoire familiale. Et Baume-les-Messieurs, loin de n’être qu’un décor, apparaît pour ce qu’il est : un lieu encore habité.
> Laurent Bidot, L’Histoire de Baume-les-Messieurs, 48 pages, 15 €, Éditions de la Belle Étoile

