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Samuel Cordier - JEAN-FRANÇOIS BADIAS / STRASBOURG EUROMÉTROPOLE

Directeur du musée zoologique de Strasbourg depuis 2021, Samuel Cordier a beau passer ses semaines en Alsace, son port d’attache reste le massif jurassien. Géologue, muséologue, ancien journaliste sportif, aquarelliste et passionné de ski nordique, il raconte un Jura de paysages, de rencontres et de fidélités.

Il y a tout ce qu’il dit, et ce qui parle pour lui. Depuis 2021, Samuel Cordier dirige le musée zoologique de Strasbourg. Loin de l’image d’Épinal de la fonction, il reste ouvert au monde qui l’entoure. Lancé sur l’une de ses nombreuses passions, il devient intarissable. Il a aussi des talents cachés : des mains habiles et une fibre artistique. « J’adore dessiner. Je peins bien sûr les lacs du Jura, mais pas seulement. » Sur le compte Instagram dédié à ce passe-temps (@aquarelles_de_zian), le lac de Joux côtoie le port du Havre, le lac de Saint-Point succède à des ambiances bretonnes, le Petit Maclu voisine avec Sète. Le quinquagénaire a vu du pays, pour raisons professionnelles comme par plaisir. Le Jura reste son phare, un repère dont il ne cesse de vanter la beauté. Il ne s’en est jamais vraiment éloigné, même si sa curiosité et ses multiples envies l’ont mené bien au-delà de la région.

« Ce qui est drôle, c’est que je n’ai jamais vraiment travaillé dans le département du Jura ! J’y suis resté jusqu’à mes vingt ans environ. Je suis originaire de Pannessières, un village proche de Lons-le-Saunier. Désormais, j’habite aux Grangettes, juste à côté de Pontarlier. Je fais l’aller-retour tous les week-ends avec Strasbourg. » Ses études, puis la vie active, l’ont conduit dans des endroits très différents. « En tant qu’étudiant, j’ai habité Besançon, Poitiers, Dijon et Paris. » Des villes diverses pour un parcours peu commun. « Lors de ma formation universitaire, j’ai fait de la géologie puis de la muséologie. » Il possède une maîtrise dans la première discipline, un doctorat dans la seconde. « J’ai effectué mon doctorat au Muséum national d’histoire naturelle à Paris. C’est un lieu inspirant. Ses collections et les scientifiques qui y ont travaillé m’ont toujours fait rêver. » Trente ans après avoir décroché son sésame, il y retourne régulièrement.

La capitale et les villes déjà citées ne sont qu’une partie de son périple dans l’Hexagone. Nîmes, Paris à nouveau, Marseille, puis un retour dans le Jura pour faire de la géologie jalonnent son parcours. Montbéliard et Dijon figurent aussi sur la liste. « Cela fait beaucoup de mouvements ! Malgré tout, mon port d’attache a toujours été le Jura et le secteur de Pontarlier, où je vis avec ma famille depuis dix ans. Je me suis installé dans la région où, enfant, j’allais en vacances chez mes grands-parents. On est au bord d’un lac, juste en face de l’endroit où ils habitaient. »

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Samuel Cordier – JEAN-FRANÇOIS BADIAS / STRASBOURG EUROMÉTROPOLE

Il n’y a pas que le Jura dans la vie, et dans celle de Samuel Cordier en particulier. Pourtant, ses multiples passions y sont intimement liées. Son sang jurassien se traduit notamment par une appétence pour le ski nordique. Au début des années 2010, il revient dans le Jura pour des raisons professionnelles. Il en profite pour servir la cause à travers sa plume. « J’ai fait beaucoup de journalisme sportif. J’étais correspondant pour Le Progrès et Nordic Magazine [édité comme Numéro 39 par les Éditions du Jura, N.D.L.R.]. Je parcourais le massif tous les week-ends. » Dans ce milieu, tout le monde se connaît, ou presque. Il n’échappe pas à la règle. « J’ai été surveillant au collège de Morez quand Coralie, la sœur d’Anaïs Bescond, y était élève. Je connaissais un peu Anaïs », raconte-t-il au sujet de l’une des meilleures biathlètes françaises de ces dernières années.

Le même langage que les fondeurs

Ses talents de rédacteur lui permettent de côtoyer de grands champions et de pousser les portes d’épreuves prestigieuses. « Mon truc, c’est le ski de fond et le saut spécial. Je suis moins le combiné nordique et le biathlon, mais j’admire la popularité de ce sport. » Dans son panthéon, les frères Balland, Guy et Hervé, occupent une place à part. « J’ai encore en tête les performances d’Hervé lors des Jeux olympiques d’Albertville en 1992, puis aux Mondiaux de Falun l’année suivante. » En France, le Morberand prend la cinquième place du 50 km, à une trentaine de secondes de la médaille de bronze. En Suède, il accomplit la course de sa vie, sur le même format, et devient vice-champion du monde derrière le Suédois Torgny Mogren, devant le légendaire Norvégien Bjoern Dæhlie. « J’apprécie beaucoup Hervé et sa famille. Il est resté simple alors qu’il a gagné de très grandes courses. Quand il remporte la Transjurassienne [en 1991 et 1996], il y a du beau monde au départ. » À une quinzaine de reprises, Samuel Cordier couvre la mythique épreuve pour la presse régionale ou spécialisée. Anouk Faivre-Picon, Célia Aymonier, Jason Lamy Chappuis, Emmanuel Jonnier — « On était potes et je l’ai accompagné dans sa communication pendant quelques années » — sont autant de champions croisés et évoqués avec tendresse. Pas sectaire, il admire aussi les biathlètes Florence Baverel, Sandrine Bailly ou encore Vincent Defrasne. Derrière cet attachement au ski nordique, on décèle son goût des autres et de l’échange. « C’est l’avantage des métiers-passions. Ce qui les rend géniaux, ce sont les rencontres. C’est pour cela que j’ai apprécié faire du journalisme sportif. »

S’il n’a jamais aspiré à monter sur le podium de la Transjurassienne ou à décoller du tremplin de Prémanon, Samuel Cordier parle le même langage que les as des spatules ou des airs. « J’adore échanger avec eux. Les skieurs sont attachés à leur territoire. Ils ont leurs lieux et leurs circuits préférés. Ils les connaissent par cœur et entretiennent un rapport intime avec leur environnement. » Il marque un temps d’arrêt, réfléchit, puis lâche : « En fait, j’aime écouter les personnes qui entretiennent des liens étroits avec le massif, les scientifiques, les peintres, les écrivains, les sportifs, ceux qui travaillent la terre, les forestiers… tous l’appréhendent et l’enrichissent à leur manière. »

Une géographie sentimentale

Volubile dès qu’il évoque la région, Samuel Cordier est régulièrement taquiné par ses collègues à ce sujet. « Ils me disent que j’en parle beaucoup, vraiment beaucoup. » Comme tous les amoureux du massif, il a vu la fréquentation grimper en flèche depuis la crise sanitaire. « Certains lieux sont très fréquentés. Parfois, j’ai envie d’aller au bord d’un lac, mais je ne peux pas y accéder. » Là réside tout le paradoxe du Jura, qui veut attirer sans perdre son authenticité. « Des collègues de Strasbourg souhaitent venir en vacances au lac de Narlay et n’y arrivent pas toujours. Le camping est souvent plein ! »

Ce lac l’incite à embrayer sur une liste qui semble interminable. Quand il évoque ses sites favoris, difficile de l’arrêter. L’énumération achevée, il marque un nouveau temps d’arrêt. « Est-ce qu’il faut vraiment le dire ? » Pour vivre heureux, le Jurassien aime se cacher. Qu’ils partagent ou non la localisation de leurs endroits préférés, les amoureux du secteur s’accordent sur un point : « Il y a beaucoup d’ambiances différentes dans le Jura en raison des plateaux jusqu’à la haute chaîne. Ce n’est pas un hasard si de plus en plus de films sont tournés dans des paysages. » Le géologue n’est jamais loin. « J’adore les coins liés à l’histoire géologique. Nous avons toute une palette de formes morphologiques, avec des plis remarquables, des failles, des gouffres ou des formations de surface plus récentes. Les lapiaz [formation rocheuse parsemée de fentes ou de rainures] sont des formes d’érosion calcaire incroyables. J’aime bien identifier les blocs erratiques dans le paysage, ce sont de gros cailloux arrondis que les glaciers ont transportés. Quand j’en trouve, c’est génial ! »

On l’a dit : le massif jurassien est son phare. Mais certaines opportunités professionnelles ne se refusent pas. Celle venue du Bas-Rhin il y a quelques années en fait partie. « Quand j’ai été nommé directeur du musée zoologique de Strasbourg en 2021, il était fermé pour rénovation. J’ai pris le train en marche. Rejoindre cette aventure m’a semblé évident. Le projet scientifique et culturel me plaisait tout comme l’idée d’un travail en équipe en partenariat entre la Ville et l’Université. » Dans la capitale européenne, Samuel Cordier découvre un nouveau mode de fonctionnement. « La ville était allemande au début du XXe siècle. Le modèle berlinois de mutualisation des musées y a été importé. Les dix musées de la ville ont des services transversaux importants», éclaire-t-il.

Diriger un musée, un sport collectif

La réouverture du musée, après six ans de fermeture, a été un moment fort. « Les Strasbourgeois y sont attachés. C’est une de leurs madeleines de Proust », souffle Samuel Cordier. Retrouver le public, observer les visiteurs face aux collections, échanger avec eux : il ne s’en lasse pas. Mais le directeur le sait déjà, l’aventure ne s’arrête pas au ruban coupé. « Le retour du public était une immense satisfaction, mais ce n’était que la première phase. La seconde commence maintenant : faire vivre le musée au quotidien, absorber le succès, gérer le bâtiment, les équipes, les collections, les expositions. Il faut trouver notre rythme. »

Il en parle avec les mots du nordique. Diriger un musée relève aussi du sport collectif, entre endurance, adaptation et sens de l’équipe. « J’ai échangé avec Jacques Gaillard [ancien entraîneur des équipes de France masculine de combiné nordique puis féminine de saut spécial, N.D.L.R.] sur le management. Les conseils de Jean-Pierre Lacroix [entrepreneur de Bois d’Amont, soutien de nombreux champions de ski] furent aussi précieux. » Représenter la structure, monter des expositions, s’occuper des collections, accueillir les publics, s’intéresser aux médiations, toujours être à l’écoute des collègues : voilà son terrain naturel. L’exploitation quotidienne du bâtiment, elle, impose d’autres réflexes.

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Samuel Cordier – SALLY REED

Malgré la complexité de ses missions et un emploi du temps chargé, Samuel Cordier et sa conjointe, originaire de L’Étoile, n’ont pas quitté le massif jurassien. « Nos deux enfants sont scolarisés ici. Je les quitte le dimanche soir et je reviens le vendredi soir, après ma semaine à Strasbourg. » Son attachement au Jura, malgré une accessibilité pas toujours simple, a un prix : le temps. « À une époque, je me déplaçais beaucoup en BlaBlaCar, mais désormais, je prends le train. »

Amoureux aussi des grandes villes

Malgré ces aléas, il ne regrette pas de se couper en deux. « Ma famille aime vivre dans le Jura et j’y serai toujours attaché. » Pierric Bailly, célèbre auteur jurassien et ami de Samuel Cordier, est sur la même ligne. « On échange parfois sur le sujet. Pierric est parti vivre à Montpellier, Nîmes, Paris et maintenant Lyon, mais il est toujours revenu. Peut-être que si j’ai gardé ce lien, c’est en raison des paysages. J’aime ce qu’on voit dans le Haut-Doubs et le Haut-Jura, où c’est plus accidenté », admet ce contemplatif. Il aurait été surprenant qu’il ne remette pas l’humain au centre. « Ici, j’ai ma famille et mes amis d’enfance. J’aime les voir, discuter avec les gens du Progrès de Lons-le-Saunier, les camarades du musée de Lons-le-Saunier, de Dole ou de l’Abbaye, à Saint-Claude… Je garde aussi de fortes attaches avec des artistes du Jura. »

Après ce qui ressemble à une déclaration d’amour pour le Jura, n’allez pas croire que Samuel Cordier honnit les grandes métropoles ou ne se sent à l’aise que sur les terres qui l’ont vu naître. « J’adore les grandes villes ! J’apprécie beaucoup Paris et j’ai pendant un temps eu le projet de m’y installer. Heureusement, j’y vais souvent pour mon travail. Paris, c’est la ville des musées et j’adore ça. Les musées, j’y passe un temps fou. C’est autant mon truc que le Jura. » Pourquoi choisir ?

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