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David Linarès, le football par plaisir du jeu

Depuis novembre dernier, David Linarès est entraîneur principal du groupe professionnel du club de football de Dijon. Un aboutissement pour l’ancien joueur professionnel qui tire sa force des valeurs et des racines jurassiennes qu’il a su préserver. Portrait.

 

« Un portrait de David, c’est le bon choix pour Numéro 39 » confie Maryline Linarès, sa sœur. L’ancien footballeur professionnel termine sa première saison à la tête du Dijon Football Côte-d’Or (DFCO). Une année difficile pour le club relégué en Ligue 2 et une confiance à retrouver. Pourtant, cet entraîneur réputé proche de ses joueurs, n’a peut-être jamais autant appris sur lui-même et sur les autres.

Voix posée, mots précis, le Jurassien égrène un chapelet de mots pour définir le haut niveau : humilité, exigence, ténacité, rigueur, excellence. Hasard ou coïncidence, si l’on ne prend que les premières lettres apparaît alors le nom d’un arbre qu’il affectionne.

Pour David Linarès, tout commence à Arlay, un village du Jura où serpente la Seille. « Tout vient de mon grand frère Laurent qui jouait au foot au village, j’ai voulu faire comme lui et je me suis pris de passion pour ce sport. Et comme je me débrouillais pas mal, que c’était gratifiant, j’ai continué, uniquement guidé par le plaisir du jeu ». Et c’est en regardant l’équipe de Mulhouse dans une émission sportive diffusée le dimanche matin sur TF1 que le déclic a lieu : « Mon frère m’a expliqué qu’un joueur, Jean-Michel Peuget, était du Jura [Le Moirantain a joué au FC Mulhouse et au Racing Besançon. Il est le père d’Alexi Peuget, qui évolue actuellement au poste de milieu défensif au GFA Rumilly-Vallières, N.D.L.R.]. À partir de là, j’ai compris que c’était un métier possible ».

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David Linarès – Numéro 39

Quand sa grand-mère, correspondante du journal local, lui demande quel sera son métier plus tard pour un article qu’elle doit écrire, il répond alors « footballeur ». Mais elle lui réplique que ce n’était pas une profession. « Il était furieux, se souvient Maryline. Mon frère a toujours été très persévérant, même gamin. Depuis Arlay, il a tout fait pour réussir cette carrière. Il est parti jeune de chez nous, ce n’était pas si simple. Mais cette volonté lui a permis de devenir qui il est, malgré l’éloignement ».

Le jeune homme passe par Dole-Tavaux, en sport études pendant une année, puis par Besançon et, à l’âge de quatorze ans, il débarque au centre de formation de l’Olympique Lyonnais. Travailleur et discret, il franchit toutes les étapes vers le haut niveau et dispute sa première rencontre de Ligue 1 contre Lille en novembre 1996. Avec l’OL, David Linarès remporte la coupe de la Ligue de 2001 et le titre de champion de France de Ligue 1 en 2002. « J’ai suivi un parcours classique et ce qui m’a guidé a toujours été la passion pour le jeu. Pour moi, le foot, ce sont d’abord des émotions partagées. Les années lyonnaises, ce sont aussi les souvenirs de Champions League ou de la Coupe de l’UEFA ».

À Lyon avec Grégory Coupet

Cela semble simple, mais la détermination ou le talent ne peuvent suffire pour expliquer une telle trajectoire. Grégory Coupet, qui a partagé l’aventure des Gones avec lui et reste l’un de ses meilleurs amis, le confirme : « il y a beaucoup de valeurs dans la famille de David. Il a toujours eu les pieds bien ancrés dans le sol, tout en vivant dans un monde incroyable et parallèle. À Lyon, avec Philippe Violeau, ils formaient une paire avec une belle intelligence de jeu ».

Ce que confirme sa sœur : « il n’a pas perdu la tête, il est toujours dans la raison. C’est la base de l’éducation que nous avons reçue. La valeur travail a toujours été là aussi, nous avons toujours vu travailler notre père. À Lyon, il a été repéré pour ses qualités physiques, il bossait pour le collectif. Et, aussi, il a horreur de l’échec, il hait la défaite ! ».

« Je suis issu du milieu du bâtiment, poursuit l’ex-footballeur. Mon père était charpentier, mon grand-père menuisier, mon oncle aussi. Je retiens ces valeurs d’entraide, de solidarité, qui existent entre les ouvriers du bois ».

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David Linarès – Numéro 39

Entre Saône et Rhône, David Linarès rencontre également sa future épouse : « nous nous sommes connus au lycée et nous ne nous sommes plus quittés. J’ai la chance d’avoir quelqu’un qui me comprend » et qui deviendra la mère de leurs deux enfants, Maeva et Noa. « Ils sont le vrai pilier dans sa vie, poursuit son aînée. Sa famille lui apporte de la stabilité, je le dis sans prétention. »

« Ma grande sœur Lydia est aussi importante pour moi, confirme David, elle fait partie de mon équilibre. Sa gentillesse et son soutien me tranquillisent beaucoup dans les moments difficiles ».

Après la capitale des Gaules, le Jurassien a poursuivi sa carrière à Troyes (Aube) notamment, avant de poser ses valises de manière définitive à Dijon, en 2005. Et quand il arrête sa carrière de joueur en 2010, à l’âge de 35 ans, il bascule progressivement vers le métier d’entraîneur. Encore joueur professionnel, il a pu passer certains diplômes, notamment le brevet d’entraîneur formateur de football, « un diplôme très important pour moi, car il m’a permis de basculer dans le métier et comprendre les exigences fédérales », dit-il.

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David Linarès – Numéro 39

David Linarès raccroche les crampons en 2010 après quatre belles saisons en Ligue 2. « Quand j’ai arrêté, je crois que j’avais une bonne image auprès du président [Olivier Delcourt, N.D.L.R.]. Il m’a proposé de basculer vers le métier d’éducateur. J’ai commencé par l’équipe féminine pendant deux ans. Ce fut une remise en question, ce n’est pas le même jeu. Ensuite, je me suis occupé de l’équipe C. Après l’équipe de N3, je suis ensuite devenu entraîneur-adjoint de l’équipe 1. » En 2020, il en prend les commandes. « Il y a eu des concours de circonstances, mais j’ai un parcours linéaire, ce qui m’a permis de suivre la carrière des joueurs que j’entraîne aujourd’hui », explique-t-il.

Joueur puis entraîneur du club de Dijon

« On recrute ensemble, on travaille ensemble, on a mis un nouveau système à 4, comme avant, il n’y a pas de raison que ça ne fonctionne pas. À sa place, il y en a plus d’un qui serait parti, c’est un compétiteur. Il va relever le défi [c’est-à-dire remonter en Ligue 1, N.D.L.R.], assure Olivier Delcourt chez nos confrères de France 3. La pression est pour tout le monde, le coach, les joueurs et les dirigeants. »

« Quand je suis venu à Dijon en 2020 pour entraîner les gardiens, c’est en partie pour David, explique Grégory Coupet, ex-footballeur international français qui a porté les couleurs de l’AS Saint-Étienne, de l’OL, de l’Atlético Madrid et du PSG. La dimension humaine du projet du DFCO me plaît. Cette saison, le fait que David ait dirigé l’équipe tout en passant son diplôme d’entraîneur [en fait, le Brevet d’entraîneur professionnel de football (BEPF), le plus haut diplôme français en la matière, N.D.L.R.] – un diplôme difficile – a suscité l’admiration du staff et des joueurs, il m’a impressionné ».

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David Linarès
(au centre),
entouré de Grégory Coupet
et Jérôme Monier – Numéro 39

C’est que, ajoute Maryline Linarès, « il ne fait rien à moitié. L’année qu’il vient de passer n’a pas été simple ».

En fait, le Jurassien s’inscrit dans le long terme. « Il a une vraie intelligence du poste, il défend ses joueurs tout en arrivant à faire passer ses messages sans monter la voix, je crois qu’il a pris cela de Jacques Santini, notre entraîneur à Lyon. Mais j’ai un message à leur faire passer : David n’est pas qu’un gentil, il a du caractère. Et quand il commence à hausser le ton, c’est qu’il est déjà trop tard », poursuit l’ancien gardien de l’équipe de France.

Arlay, sa bouffée d’oxygène

Humilité, goût de l’effort, esprit collectif. David Linarès accorde de l’importante à la cohésion de groupe, à la force que peut avoir le sport dans le lien humain. « La base de mon métier, ce sont les relations humaines, il n’existe pas beaucoup de jobs qui procurent autant d’émotions. Je mesure la chance que j’ai de vivre dans cet environnement. Les années de formation difficiles me donnent aujourd’hui les diplômes nécessaires pour continuer à m’épanouir dans ce milieu, le plus longtemps possible j’espère ».

Ces derniers mois, il a eu moins d’occasions de venir dans le Jura. « Il est passé rapidement la semaine dernière », glisse sa sœur. Mais sa terre d’enfance reste importante. « Il est très fier de son village. Il a l’habitude d’offrir du vin de paille à ceux qui ne connaissent pas. Quand il est à Arlay, il m’envoie par téléphone des photos de la rivière [la Seille, N.D.L.R.] où il pêche », confie Grégory Coupet.

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David Linarès et son équipe – Numéro 39

Depuis peu, David Linarès s’est mis au vélo et explore les bois du côté de Quintigny, Lavigny ou Pannessières. « Même si le collectif a toujours été son truc, il pratique depuis peu ce sport où l’on est seul face à soi, et il ne peut pas s’empêcher de se fixer des objectifs », constate, en souriant, sa sœur. « Il sait d’où il vient, il a gravi les échelons tranquillement et il a la faculté de s’améliorer tout le temps », ajoute-t-elle.

« C’est ma bouffée d’oxygène. Dès que je peux, je viens dans le Jura, je retrouve des personnes qui me connaissent depuis toujours. Je redeviens le fils de, ou le frère de, un gars d’Arlay. Cela fait partie de mon sas de décompression. Je suis parti tôt de la maison, mais ce n’est pas un handicap. Pour revenir, il faut partir tôt ». 

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