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Marion Rousse, la belle échappée

Pour la quatrième année, Marion Rousse commentera le Tour de France qui, le 18 septembre, passera par le Jura qu’elle connaît bien pour y être venue en vacances et y avoir parcouru les routes à vélo.  Rencontre avec la première consultante cyclisme  à œuvrer sur une antenne publique.

 

Le 18 septembre, Marion Rousse commentera, avec Alexandre Pasteur, Laurent Jalabert et Franck Ferrand, l’étape du Tour de France reliant Bourg-en-Bresse à Champagnole. Sous l’impulsion du président du conseil départemental, Clément Pernot, la Grande Boucle sera de retour dans le Jura, un terrain de jeu que la jeune femme aime beaucoup pour y avoir passé de nombreuses vacances d’hiver en famille. À La Pesse mais aussi aux Rousses. « On y faisait du ski de fond, j’adore ce village, les gens y sont sympas et j’ai toujours eu cette impression de m’y sentir bien », témoigne la Ch’ti.

Plus tard, depuis le golf du Mont Saint-Jean où elle logeait, l’ex-cycliste professionnelle a sillonné le territoire à vélo. « Il y a énormément de belles routes comme les lacets de Septmoncel, les lacs, le Haut-Jura dans son ensemble, sans oublier les jolis coins suisses avec le lac de Joux, les cols du Marchairuz et du Mollendruz. »

Marion Rousse est une femme pressée… et douée. Sprinteuse, grimpeuse ou puncheuse à ses heures. Toujours endurante face aux challenges qu’elle s’impose. Travailleuse comme doit l’être un équipier dans le cyclisme moderne. La compétition coule dans ses veines. Elle la découvre à seulement six ans au cœur du mythique vélodrome de Roubaix (avec la complicité de sa maman et à l’insu de son papa cycliste qui voulait éviter cette difficile voie sportive à sa fille). À 19 ans, la Nordiste passe professionnelle. Elle devient double championne de France de cyclisme l’année suivante avant de mettre un terme à sa carrière professionnelle à seulement vingt-quatre ans… alors qu’elle faisait les beaux jours de l’équipe Lotto-Soudal. Un météore sur deux roues !

Entre-temps, une première pige en tant qu’invitée de l’émission d’Eurosport de Guillaume Di Grazia, Les Rois de la pédale, puis en tant que consultante pour la chaîne payante lors de la Vuelta 2013, confirme sa reconversion toute tracée. « C’est le rêve de tout sportif de devenir consultant car on reste dans notre univers, dans notre passion… mais les places sont rares », analyse-t-elle.

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Marion Rousse – France Télévisions

Elle poursuit son échappée belle à France Télévisions qu’elle rejoint en 2017 pour commenter, avec Alexandre Pasteur et Laurent Jalabert, Paris-Roubaix… puis le mythique Tour de France, monument du cyclisme mondial.

À cette occasion, elle devient d’ailleurs la première femme consultante cyclisme sur le service public. « Mais elle ne cherche pas à se différencier en tant que femme, note le Jurassien Alexandre Pasteur, grande voix du sport à la télé [lire Numéro 39 n° 4]. Elle prépare minutieusement ses étapes, vient tous les matins avec son calepin et travaille beaucoup. Marion n’est pas du tout dans la revendication ou le féminisme. »

Elle accueille toutefois avec grand plaisir l’organisation à venir du premier Paris-Roubaix féminin cet automne et la réflexion sur un Tour de France féminin en 2022. Mais refuse l’étiquette de porte-étendard de la cause féminine.

« Je ne suis pas là pour assurer un quelconque quota féminin », assure Marion Rousse qui se réjouit de voir des gamines lui dire qu’elles aimeraient suivre le même parcours sportif puis journalistique que le sien. « Ça me paraissait inimaginable de pouvoir commenter le Tour de France à vingt-six ans, et pourtant je l’ai fait. » « C’est une pro qui commente des courses de mecs et ça lui va très bien. Elle l’assume parfaitement et veut juste vivre sa passion à fond », résume Pasteur, lui aussi transfuge d’Eurosport.

Passion n’est d’ailleurs pas un terme assez fort pour décrire le lien entre la directrice-adjointe du Tour de Provence et la petite reine. Son histoire avec le vélo remonte à l’enfance et s’inscrit dans une certaine lignée familiale. Imaginez un peu : trois de ses cousins ont été coureurs professionnels (les frères Laurent et David Lefèvre, ainsi qu’Olivier Bonnaire) et son papa a longtemps couru à un très bon niveau amateur. De fait, évoluer au sein d’un univers masculin ne l’a jamais choqué. Au contraire presque : « Tous les dimanches, j’étais la seule femme “à partir à la guerre” pour gagner face à un groupe d’hommes. Cela s’est toujours bien passé, je n’étais pas différente et ne me donnais pas d’excuses. Je n’ai jamais eu de passe-droit dans la vie. Je souhaite simplement être reconnue pour la qualité de mon travail. »

Adoptée par le milieu

Très exposée sur France Télévisions, Marion Rousse aurait pu trébucher sur cette grande marche, mais son professionnalisme a vite fait l’unanimité autour d’elle et derrière le poste de télé. Elle a d’ailleurs succédé à un certain champion du monde de football 1998, Bixente Lizarazu, au Trophée de la reconversion, en étant sacrée meilleure consultante 2019. « J’ai été touchée par cette récompense car mon boulot n’est pas juste d’arriver le matin des courses et de voir ce qu’il se passe ensuite ! Je suis une fille studieuse qui aime travailler avant, préparer les courses, amener quelque chose d’inédit ou d’important à l’antenne. Et entre nous, succéder à Lizarazu me rend un peu fière ! »

Bienveillante avec les coureurs et pointue dans ses analyses tactiques, Marion Rousse connaît le peloton et le monde de vélo comme peu d’observateurs. Mariée à Tony Gallopin pendant douze ans avec qui elle allait en stage et roulait régulièrement, aujourd’hui compagne de Julian Alaphilippe, l’éclatant maillot jaune français du Tour de France de 2019, la jeune femme a de très nombreux contacts dans le peloton. Ainsi qu’une vue acérée : « Marion sait reconnaître un coureur sur une vue d’hélicoptère à travers le brouillard et croyez-moi c’est loin d’être simple », s’amuse Pasteur qui agit comme le meneur de jeu à l’antenne de France TV pendant les trois semaines du Tour.

« C’est une aventure humaine qu’on traverse intensément tous ensemble. Les téléspectateurs doivent sentir une complicité dans l’équipe, que ce soit avec Marion, Laurent Jalabert, Franck Ferrand et nos deux motards Thierry Adam et Thomas Voeckler. »

La légende jurassienne

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Marion Rousse… aux Rousses – DR

Le commentaire n’en devient que plus fluide après également le repérage des étapes en voiture. « On a un côté très pédagogue car nous diffusons sur une chaîne grand public. Je dois, avec Jaja, faire comprendre les stratégies de course, le travail des équipiers », poursuit la consultante qui a vécu un dernier Tour de France épique. « Il y a eu de très grands moments comme la victoire de Thibaut Pinot sur le Tourmalet, la dizaine de jours en jaune pour Julian Alaphilippe, les Français aux avant-postes, la blessure de Pinot… J’ai tellement hâte de retrouver le Tour cet automne après de nombreux mois sans courses à cause de la pandémie. Le vélo m’a beaucoup manqué pendant cette période. »

« Le Tour de France 2019 a réconcilié les Français avec le cyclisme, approuve Alexandre Pasteur. Rien n’était écrit d’avance et cette édition fut passionnante ».

Après avoir été menacée d’annulation, l’édition 2020 s’annonce toute aussi animée, compte tenu du parcours très montagneux retenu par ASO, l’organisateur du Tour. Avec une antépénultième course programmée entre Bourg-en-Bresse dans l’Ain, et Champagnole, dans le Jura. « Cette étape aura une résonance forte, c’est certain », prédit le journaliste. Programmée juste après Méribel – La Roche-sur-Foron et ses cinq ascensions dont les montées du Cormet de Roselend et du plateau des Glières, « le tracé du jour pourrait sourire aux attaquants juste avant le terrible contre-la-montre sur la Planche des Belles Filles le lendemain ».

Originaire du massif jurassien, Alexandre Pasteur retrouvera des coins de son enfance avec l’étape jurassienne du vendredi 18 septembre qui passera par Nozeroy, Les Planches-en-Montagne et ses magnifiques gorges de la Langouette…

« À chaque fois que le Tour de France est passé dans le Jura, un massif pas si facile pour rouler, on n’a jamais été déçu du spectacle », souligne Marion Rousse. 

En 2010, l’étape Tournus-Station des Rousses avait été remportée par Sylvain Chavanel qui s’était imposé en solitaire. Il reprenait du coup un maillot jaune qu’il avait déjà porté après sa victoire en Belgique quelques jours plus tôt.

Sept ans plus tard, un autre Français avait brillé en terre jurassienne au terme d’une journée riche en attaques. Lilian Calmejane décrochait sa première victoire sur la Grande Boucle, les crampes survenues à cinq kilomètres de l’arrivée accroissant encore le suspens dans les dernières minutes de course.

Mi-septembre, la France découvrira un Jura automnal… sans doute tout aussi séduisant que le modèle estival ! 

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