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Thaïs Vauquières, l’humoriste pressée

Cette Lyonnaise de 28 ans dont la famille est attachée à Saint-Claude est en train de se tailler une belle réputation dans la nouvelle génération des humoristes. Le 9 décembre, elle sera à l’affiche des Tuches 4.

 

Chiche qu’elle en fera un sketch. Une humoriste sans public, confinée pendant cinquante-cinq jours chez sa mère, dans un appartement à Lyon, c’est de l’or en barre ! Thaïs Vauquières, bonne joueuse, a profité de cette mise au vert forcée pour peaufiner ses textes et prendre du recul. La voilà prête à reprendre son one woman show en simultané à Paris et à Lyon.

Comment commencer une carrière sur les planches ? Demandez à Thaïs, elle vous donnera sa recette : « Un soir de bringue, j’étais bourrée et une copine qui faisait de l’improvisation m’a demandé de l’accompagner pour une audition dans un petit théâtre. J’y suis allée et comme j’étais saoule, j’ai trouvé ça facile ! »

La suite s’est faite au pas de charge, comme tout ce qu’elle entreprend. À dix-neuf ans, elle joue dans Ça tourne, à base de parodies de films. La comédienne en herbe bouscule les règles, le public monte sur scène. Bref, une pagaille sans nom, mais la pièce – sa première – affiche les meilleures ventes à Lyon. Elle sera jouée un an et demi.

Ensuite défilent quatre années sur les planches et une dizaine de textes à apprendre. Mais voilà, sur scène, Thaïs Vauquières en fait des tonnes. Son producteur, Stéphane Casez, lui conseille alors d’écrire sa propre partition : « Il tenait le Boui-Boui, un café-théâtre comique, il a coécrit avec moi Hymne à la joie, mon one woman show. On a répété pendant cinq mois avant de jouer et cela s’est super bien passé. C’était complet à la première et il y avait cinq personnes à la deuxième », raconte-t-elle.

L’humoriste qui monte

Elle a alors 24 ans. Elle tient le haut de l’affiche dans la capitale des Gaules durant deux années avec son spectacle millimétré. Elle se filme pour mieux se corriger, n’hésite pas à enlever ce qui ne va pas, se bonifie. Son perfectionnisme l’amène à voir plus grand. Stéphane Casez lui offre Paris en 2018 et, selon lui, c’est mérité : « Thaïs a quelque chose de plus, ce talent rare d’écriture. Son humour n’est pas clivant, elle fait du stand-up, des sketches grand public, c’est un humour féminin accessible aux hommes. »

Depuis quelques mois, Hymne à la joie ravit la critique parisienne qui voit en elle la nouvelle Foresti, la Blanche Gardin version 2020, celle qui sait si bien se moquer d’elle-même et faire rire le public par ses outrances, par sa sensibilité aussi. Pourtant, quand elle débarque dans la capitale, il lui faut jouer des coudes : « J’ai bossé, fait des scènes ouvertes de cinq minutes, distribué des tracts, publié des vidéos sur Instagram, joué devant une salle vide. Quand je passais devant les gens qui attendaient, on me disait de faire la queue. J’étais inconnue, c’est ultra-dur quand tu es seule et en concurrence avec tout le monde. »

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Thaïs Vauquières – Numéro 39

Presque un an et demi de galères, avec des moments de grâce néanmoins, comme ses prestations à l’émission de télévision Téva Comedy Show. De fil en aiguille, elle conquiert un public : « Tout se joue sur un coup de dés. Ce n’est pas une course de vitesse mais un marathon. »

Au moment où la gloire se profile, alors qu’elle travaille les débuts de semaines à Lyon et les week-ends à Paris, donne la réplique à Titoff dans Amoureux, où elle se permet de chanter, de danser sur scène, de parler de son eczéma et de la pilule du lendemain, alors même qu’elle est invitée au festival de Montreux, à celui du Cap d’Agde, patatras : le coronavirus lui cloue le bec : « La presse a dit que les rassemblements de 1 000 personnes étaient interdits. Ouf, ça passait ! Après, ils ont baissé à 100. On avait une jauge de 80… Et puis, à ma dernière, une heure avant le spectacle, la télé annonce le confinement. Dans la salle, l’ambiance était bizarre. À la sortie, les bars étaient fermés par les policiers ! »

Elle fuit Paris. Elle aurait très bien pu se cloîtrer à L’Essard, sur les hauteurs de Saint-Claude, chez ses grands-parents jurassiens, mais elle file à Lyon chez sa mère à la Croix Rousse. Une cohabitation avec des hauts et des bas. Heureusement, il y a un balcon. Pour respirer, ça aide. Pour travailler aussi…

Souvenirs jurassiens

Alors, pourquoi pas le grand air jurassien ? Après tout, la rousse Thaïs y vient depuis toujours. C’est une enfant du pays : « Ma mère et mes grands-parents sont de la région de Saint-Claude et mon oncle tient le restaurant des Arobiers à Lamoura. Quand j’étais gamine, on venait tous les week-ends pour voir un peu de verdure ou skier. C’est drôle parce que j’ai le souvenir d’une ville grise, alors qu’aujourd’hui, je la vois plus festive. »

Les soufflaculs, ses chars et ses déguisements, la vie de quartier où les gens se parlent, la luge, l’humour haut-jurassien… Des choses qui ont marqué son enfance, mais pas au point d’y venir s’y enfermer.

Thaïs Vauquières est une pure Lyonnaise ; sa vie, c’est la ville : « Je suis une comédienne-humoriste et la vie d’une comédienne, ce sont les planches. Quant à mon humour, il n’est pas féminin, c’est juste de l’humour. Je me casse souvent la figure dans ma vie, alors je le raconte. » Et elle en a des choses à dire… Son isolement forcé l’a propulsée dans la réflexion, elle en est sortie plus boulimique que jamais : envie de doublage, de théâtre, d’écriture. Pièces, one woman show, scripts pour des séries télé, mais aussi vidéos, production et même cinéma. La desmoiselle sera à l’affiche des Tuche 4 dans quelques semaines : « Les chaînes attendent des produits que les acteurs font eux-mêmes, j’ai beaucoup d’idées mais quand tu es jeune, on ne te donne pas les clés. Moi, je n’ai pas de moyens. C’est injuste et frustrant ! »

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Thaïs Vauquières – Numéro 39

Marion, sa meilleure amie, croit en son talent : « On se connaît depuis vingt-deux ans, je sais que c’est une fille solide qui n’a pas peur du regard des autres. Elle est très drôle, légère, mais elle travaille énormément. C’est sûr, ça finira par payer. »

Peut-être, avec cette réserve que, depuis le 14 mars, rien n’est plus pareil dans le milieu du spectacle. Stéphane Casez le sait : « Cette rupture brutale atteint tous ceux qui avaient des projets et Thaïs en a beaucoup. Elle reste active mais, avec le temps qui passe, l’énergie diminue et l’envie aussi. La reprise ne se fera pas dans la même dynamique, il faudra se remettre dans le bain et avoir conservé le fight spirit. »

Thaïs Vauquières, elle, a appris à relativiser : « J’ai de la chance, je suis née dans une famille moyenne bobo, j’ai un appartement à Paris, je gagne bien ma vie. Je ne suis pas smicarde, je fais la fête, j’ai un métier cool que je fais à fond, mais j’espère qu’à un moment, ça va marcher parce que la vie à Paris peut être également très dure. Il y a beaucoup de misère et cela peut sacrément te miner. » 

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