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Josselin Mahot : Monstres et Cie

Réalisateur de films et créateur d’effets spéciaux pour  le cinéma, Josselin Mahot a vécu quatorze ans aux États-Unis. Mais ses yeux d’éternel enfant pétillent encore à l’idée  des parties de pêche et virées dans la nature, qu’il vivait  chaque été avec ses cousins et ses sœurs autour du domaine familial de Blandans.

 

Il va vite, s’enthousiasme de tout, s’assure que tout le monde ne manque de rien et tchatche joyeusement sans discontinuer. Josselin Mahot, chemise vichy sur jean foncé, baskets montantes d’un blanc immaculé, a décidé de prendre la vie du bon côté. Parisien pur sucre, il a pourtant baigné toute son enfance dans la campagne jurassienne, batifolant dans les champs avec ses cousins et sa sœur Philippine, titillant la truite dans la rivière Seille. Sa mère, Sibyl de Broissia, a grandi dans le Revermont, où son frère Patrice habite toujours le domaine familial de Blandans, à Domblans.

« On y passait un mois et demi chaque été de mes six à quinze ans. » Oncle Patrice voyait alors débarquer, chaque mois d’août, toute une ribambelle de marmots, bien décidés à faire les quatre cents coups avec un seul mot d’ordre : liberté !

Mais les beaux étés comtois ont pris fin à l’adolescence pour Josselin, parti loin de sa famille dans un coin paumé du Texas, avec un rêve en tête : créer des monstres pleins de sang ! Aujourd’hui réalisateur de films documentaires diffusés sur Canal+, National Geographic, RMC Découverte… et dirigeant d’un studio de création artistique, Josselin Mahot a débuté dans le cinéma comme maquilleur-prothésiste d’effets spéciaux. « Je voulais du Freddy, du zombie, de la 3D depuis toujours. Quand j’étais gosse, je me planquais pour regarder en douce les films d’horreur, avec carré blanc, que ma mère adorait. »

Mais Liberty Texas, à une heure de Houston et à deux pas des vaches, n’est pas franchement le lieu où faire carrière dans le cinéma. Pourquoi cette petite ville ? C’est le moyen qu’avait trouvé sa mère pour l’éloigner d’un destin qui ne lui ressemblait pas. Josselin Mahot de La Quérantonnais est le fils d’Yves Mahot de la Quérantonnais, notaire parisien. Cette particule, ce lien à l’aristocratie, « Joss », comme l’appellent ses collègues, ne les renie pas, mais n’en fait pas étalage. « Parce qu’en France, le rapport à l’argent est difficile, confie-t-il. Tu as beau bosser comme un âne, c’est suspect. Je ne veux pas susciter la jalousie. »

« Notre père aurait voulu qu’il fasse une grande école ou quelque chose du genre. Ma mère a éloigné Josselin pour lui permettre de vivre à sa manière », explique Philippine, de deux ans sa cadette.

Success story à l’américaine

Josselin Mahot, Numéro 39, Jura, Jurassiens, magazine, Numéro 39, Jura, Jurassiens, magazine

Après un an au Texas, dans une famille « très catholique, sympa, middle class », Josselin Mahot passe son bac – obligation paternelle – et file à Los Angeles en juin 1990. Il s’inscrit dans une école de cinéma pour obtenir le visa américain. « En parallèle, je sculptais, je modelais des formes et des masques… » Ses héros de l’époque s’appellent Lon Chaney (Frankenstein), Dick Smith (L’Exorciste), Chris Walas (La Mouche, Star Wars le retour du Jedi), Rob Bottin ou encore Rick Becker. Autant de maquilleurs FX qui le font vibrer, à qui il voue un véritable culte.

Puis, Josselin Mahot – « qui n’a jamais eu la trouille de rien », dixit sa sœur Philippine – se lance dans l’aventure. À l’américaine. Il frappe aux portes, son portfolio sous le bras et n’hésite pas à sortir des bouts de bras, de jambes ou de têtes qu’il pose sur les tables des studios de création. Il « réseaute », passe des coups de fil, rencontre « quelqu’un qui connaît quelqu’un qui… ». « À Los Angeles, vous êtes à six degrés de n’importe qui », résume cet hyperactif d’une volonté sans bornes. Il finit par décrocher un tout premier job chez Amalgamated Dynamics, un studio d’effets spéciaux connu pour ses contributions dans Godzilla II, Indépendance Day ou encore The Monster. « J’ai sorti tout ce que j’avais fait. Ils ont regardé mes yeux et vu à quel point j’avais envie… Trois jours après, ils m’ont rappelé en me disant “Tu sais faire ça ?” J’ai répondu “oui” sans la moindre hésitation. Tu participes à des films qui pèsent 100 millions de dollars, tu travailles dans d’énormes hangars pour créer des bêtes à qui tu donnes vie. T’es sur le Graal ! »

Son premier job sera celui de premier assistant sur le film d’horreur Warlock, puis s’enchaînent des superproductions telles Demolition Man, Seven, Jumanji, Mission Impossible (la scène où Ethan Hunt/Tom Cruise enlève son masque), Starship Trooper, Alien 4, etc.

Un pied dans la cour des grands

Josselin Mahot, Numéro 39, Jura, Jurassiens, magazine, Numéro 39, Jura, Jurassiens, magazine

Josselin Mahot a désormais un pied dans la cour des grands et travaille avec ceux qui le faisaient rêver quelques années plus tôt. Mais le maquillage et les prothèses ne suffisent plus : des films comme Abyss ou Terminator ont révolutionné le monde des effets spéciaux et l’art ne s’exprime plus seulement dans les hangars, mais au moyen d’ordinateurs et d’effets spéciaux vidéo. « J’ai pris des cours du soir pour apprendre les bases de Photoshop et After Effects et j’ai gardé le cap pour voler droit dans cette énorme industrie. »

Marié une première fois à vingt ans à Los Angeles, le joyeux fonceur suit son amour de jeunesse à New York et ses autres rêves de carrière. « Notre histoire prenait fin, mais je voulais aller au bout. Surtout, j’avais envie d’explorer d’autres pistes de travail… » Il s’inscrit à la Visual Effect School, puis intègre durant cinq ans Pitch Inc, un studio de création new-yorkais où il travaille avec Steve Katz, le réalisateur de Protest, un court-métrage qui gagne Deauville en 1999. Puis, Josselin Mahot se lance lui-même dans la réalisation avec un premier court-métrage, Glee, qui lui ressemble : une minicomédie musicale « à la Charlie Chaplin » volante, légère et vive, gentiment moqueuse et pleine de fausse candeur.

Ce petit film lui permet de trouver un distributeur et d’aller vers la réalisation.

Back to Paris

Josselin Mahot, Numéro 39, Jura, Jurassiens, magazine

De retour à Paris en 2003, Josselin Mahot fait du clip, de la pub, des jeux vidéo, du motion capture, puis s’oriente vers le documentaire. Il rencontre alors Louis-Paul Ordonneau, le troisième associé d’Happy Flamingos. Américain de cœur et d’état d’esprit, le jeune homme découvre – un peu dans la douleur – le fonctionnement français fait de notes d’intention, de paperasse, de justificatifs divers… Pas facile ! Mais il est devenu un véritable couteau-suisse : il sait réaliser, créer des effets visuels, gérer l’ensemble de la post-production. « J’ai eu envie de créer ma boîte. »

En 2015, il propose l’aventure à Romuald Masclet avec qui il travaille sur de nombreux projets pour Canal +, le groupe Lagardère, etc. « Après notre documentaire sur le Rafale, le bouche-à-oreille avait bien fonctionné. Joss a eu l’idée de surfer sur la vague. J’ai dit go : c’est un mec toujours heureux, fiable dans le privé comme dans le travail, capable d’encaisser. Il est direct, ça m’allait bien », assure l’associé. L’entreprise s’appellera Happy Flamingos, joyeux flamants roses, avec une maxime : be happy or fly away…

Depuis toujours, Josselin Mahot est un mélange de fantaisie et d’absolue détermination. Louis-Paul Ordonneau, qui avait produit la campagne publicitaire européenne pour Bic dont Josselin a tourné plusieurs films, a rejoint le duo quelques années plus tard. « On se connaît depuis treize ans avec Joss. J’étais producteur, lui réalisateur et j’avais apprécié son travail. C’est quelqu’un de déterminé, créatif et bienveillant, qui donne tout dans la confiance. » « Avec une idée par minute ! », ajoute Romuald Masclet. 

 

Photo : Numéro 39

 

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