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Denis Favier, général 5 étoiles et Jurassien

Patron à deux reprises du GIGN, directeur général de la gendarmerie, il a été de tous les coups durs depuis près de trente ans. Mais c’est dans le Jura que Denis Favier a puisé les valeurs qui ont guidé sa prestigieuse carrière.

 

Impressionnant… Par la force du regard, par la prestance, par le timbre de Sa voix, par cette impression de force et de calme entremêlés. Rencontrer Denis Favier, c’est poser le pied sur une autre planète, avoir la certitude que tout est simple et maîtrisé, dans un environnement empreint de doutes et d’incertitudes.

Il y a 58 ans, naissait à Lons-le-Saunier, un petit Favier que sa mère Suzanne et son père Gérard appelèrent Denis. C’était un pur produit jurassien, de ce Jura rural et dur à la tâche. Dans son arbre généalogique, on croise des grands-parents paternels qui exploitent une ferme dans la région de Cousance, et du côté maternel, également des agriculteurs dans le secteur d’Orgelet. Pourquoi s’attacher à ces détails ? Parce qu’ils ont façonné la personnalité du gamin qui va passer une partie de son enfance dans la ville-préfecture, subjugué par son père militaire : « Quand je suis né, mon père était en Algérie… J’étais enfant et je voulais déjà être soldat, je n’ai jamais rien voulu d’autre. »

Patron à deux reprises du GIGN, directeur général de la gendarmerie, il a été de tous les coups durs depuis près de trente ans. Mais c’est dans le Jura que Denis Favier a puisé les valeurs qui ont guidé sa prestigieuse carrière.

Briefing du GIGN quelques heures avant l’assaut contre les frères Kouachi auteurs de la tuerie de Charlie Hebdo à Dammartin-en-Goële, en janvier 2015.

De ces années-là, Claude Mathieu, de Pannessières, ami proche, en dit un peu plus : « Le papa de Denis était militaire dans l’armée de terre, il a été blessé en Indochine, en Algérie. Il a été décoré de la Légion d’Honneur au feu. C’est lui qui l’a orienté vers la gendarmerie. Il est mort en 1983 en faisant du ski dans le Risoux quelques semaines avant que Denis épouse sa femme Sylvie qui a des attaches à Prémanon. »

Un héritage qui vous suit toute une vie. Mais Denis Favier n’est que pudeur, il n’étale pas ses émotions. Quelques mots seulement pour se souvenir que son paternel l’emmenait chez ses grands-parents à Merlia ou qu’il aimait retrouver la maison familiale de Pannessières. « Je faisais les foins à Saint-Christophe. Tous ces lieux ont marqué mon enfance. Par la suite, ma famille s’est orientée vers le Haut-Jura et ce sont d’autres endroits que j’ai appris à aimer : les forêts du Risoux et du Massacre, le Pic de l’Aigle, le lac de Bonlieu. Il existe une magie profonde du Jura. Quand on monte jusqu’à la Dôle et qu’on découvre les Alpes, on se dit que ces lieux n’ont pas bougé depuis des millénaires. Certains peuvent ne pas y être réceptifs, c’est un sentiment qu’on ne peut pas imposer. Moi, j’ai un attachement profond à la terre, aux hommes qui l’habitent. Ce sont mes racines rurales qui m’ont donné un peu de bon sens et la capacité de relativiser. »

 

Le GIGN à deux reprises

Cursus scolaire au gré des affectations de son père jusqu’en 1975, l’élève Denis Favier intègre ensuite le lycée militaire d’Autun, puis celui d’Aix-en-Provence. Ses résultats sont si bons qu’il rejoint l’École spéciale militaire de Saint-Cyr, entre 1981 et 1983. Pour ceux qui l’ignorent, Saint-Cyr est l’antichambre d’une carrière militaire de haut vol. Le Jurassien choisit la gendarmerie plutôt que l’armée de terre. « Je suis très attaché aux territoires. J’ai besoin du service rendu aux citoyens et j’aime l’opérationnel. Je n’ai jamais regretté mon choix ! J’ai profondément aimé la gendarmerie, l’engagement et le désintéressement des femmes et des hommes qui y servent. »

Voilà qui est dit… Le jeune officier fait ses premiers pas dans la Gendarmerie mobile, à Baccarat, au pied des Vosges. Pendant quatre ans, il multiplie les séjours outre-mer, notamment en Nouvelle-Calédonie. Ensuite s’enchaînent des responsabilités en Bretagne, puis dans les Pyrénées, de 1988 à 1992. Le lot commun d’un gendarme de métier… jusqu’à ce que son destin prenne un tour bien particulier. Il rejoint le Groupe d’intervention de la Gendarmerie nationale (GIGN) pour en prendre le commandement [lire par ailleurs].

En 1997, nouvelle orientation : Denis Favier décide de faire l’École de Guerre, le plus haut établissement de formation des officiers supérieurs des Armées françaises, de la Gendarmerie nationale et des services de la Défense, installé dans les locaux de l’École militaire à Paris. Un temps de sélection pour les militaires qui souhaitent accéder à des fonctions encore plus importantes. Le Jurassien enchaîne avec un séjour de deux ans dans l’administration centrale, avant d’être nommé commandant de la gendarmerie de Haute-Savoie, puis de réintégrer l’administration : « Cette alternance est un principe de base dans la gendarmerie pour que les responsables connaissent les deux volets du métier. »

2007, c’est le retour dans l’unité d’élite de la Gendarmerie nationale qui doit, de nouveau, être réformée pour répondre aux nouvelles formes du terrorisme et du grand banditisme.

 

100 000 gendarmes sous ses ordres

En 2011, Denis Favier prend pour un an la responsabilité de la gendarmerie d’Ile de France. Un poste difficile, un de plus. La vie de ce Comtois hors du commun n’est décidément pas un long fleuve tranquille. En 2012, c’est le Premier ministre Manuel Valls qui fait appel à lui pour être son conseiller gendarmerie : « C’était un challenge intéressant avec une équipe sympathique. La gendarmerie a pu apporter sa voix et être entendue. »

Patron à deux reprises du GIGN, directeur général de la gendarmerie, il a été de tous les coups durs depuis près de trente ans. Mais c’est dans le Jura que Denis Favier a puisé les valeurs qui ont guidé sa prestigieuse carrière.

Patron à deux reprises du GIGN, directeur général de la gendarmerie, il a été de tous les coups durs depuis près de trente ans. Mais c’est dans le Jura que Denis Favier a puisé les valeurs qui ont guidé sa prestigieuse carrière.

Un an plus tard, en 2013, il devient directeur général de la gendarmerie française, il a autorité directe sur 100 000 gendarmes et 20 000 réservistes. C’est son dernier poste. Trois ans et demi après, Denis Favier décide de quitter la gendarmerie. Volontairement. « J’avais fait mon temps, trente-cinq ans au service de l’État. Que ceux qui disent que j’ai pantouflé viennent me voir… » Voilà le Jurassien de caractère qui ressurgit : « Après avoir porté des réformes lourdes et connu pas mal d’épreuves, j’ai voulu assurer ma succession pour que tout se passe au mieux. J’aurais pu rester plus longtemps sans véritable risque, mais il faut savoir partir. La gendarmerie avait besoin de sang neuf. »

Patron à deux reprises du GIGN, directeur général de la gendarmerie, il a été de tous les coups durs depuis près de trente ans. Mais c’est dans le Jura que Denis Favier a puisé les valeurs qui ont guidé sa prestigieuse carrière.

Honneurs au drapeau par le général Favier.

Durant toutes ces années, le militaire ne s’est jamais pris pour un stratège. « Mon métier, ce sont les opérations, confie-t-il. Nous nous sommes engagés massivement dans l’affaire des frères Kouachi, auteurs de l’attentat contre le journal Charlie Hebdo, qui a eu lieu à Paris le 7 janvier 2015 et a entraîné la mort de douze personnes. Dans le crash du vol 9 525 de Germanwings, il y a deux ans sur le territoire de la commune de Prads-Haute-Bléone, à la suite d’un acte volontaire du copilote, on a identifié toutes les victimes en quinze jours. J’ai tourné la page avec un pincement au cœur. » Revenir un jour ? « Ce n’est pas possible, il ne faut pas d’aller-retour, sinon on est une girouette ! »

 

Une nouvelle vie

Denis Favier a rejoint un grand groupe privé dont il a en charge la sécurité. Dans son bureau du 42e étage d’une belle tour de verre du quartier de La Défense à Paris, pas d’images du passé. Pas de nostalgie. L’homme vit l’instant présent : « Je ne peux pas concevoir d’arrêter, j’ai assez de travail pour encore dix ans ! »

De sa carrière, lui reste un titre : général cinq étoiles, ce n’est pas rien ! C’est même énorme pour le petit gars de Lons, par ailleurs grand officier de la Légion d’honneur. Mais son humilité jurassienne n’est jamais très loin. Son humilité et une certaine forme d’humour : « Général d’armée cinq étoiles, c’est le rang de tous les chefs d’État-Major. Au-dessus, il n’y a que maréchal, mais c’est une distinction ! »

Patron à deux reprises du GIGN, directeur général de la gendarmerie, il a été de tous les coups durs depuis près de trente ans. Mais c’est dans le Jura que Denis Favier a puisé les valeurs qui ont guidé sa prestigieuse carrière.

Denis Favier a rejoint un grand groupe privé dont il a en charge la sécurité.

Alors, ce regard intense qui vous traverse semble soudain vous quitter pour se porter quelque part sur les eaux jurassiennes qu’il aime tant : « Les lacs, c’est la liberté, se baigner au cours d’une promenade… J’aime Chalain et mes parents se sont mariés à la chartreuse de Vaucluse, aujourd’hui enfouie au fond du lac de Vouglans. Qu’y a-t-il de plus beau que la vallée de la Valouse avec ses petits villages qui émergent dans la brume d’un matin d’été ? »

Qui a dit que derrière un général ne pouvait pas se cacher un contemplatif ? 

 

Avec le GIGN, une longue histoire

Le 22 avril 1988, en Nouvelle-Calédonie, des indépendantistes kanak attaquent la gendarmerie de l’île d’Ouvéa. Après avoir tué quatre gendarmes, ils se replient dans une grotte avec seize otages. 

Le 5 mai, à trois jours du second tour de l’élection présidentielle opposant François Mitterrand et Jacques Chirac, l’assaut est lancé, faisant 19 morts parmi les Kanaks et deux chez les militaires.

Cette opération laissera des cicatrices qui marqueront le GIGN. 

C’est dans ce contexte sensible que Denis Favier est appelé, en 1992, à prendre le commandement de l’unité d’élite.

Mission délicate. Le Jurassien n’appartient pas au GIGN et, d’ordinaire, on prend des gens du sérail pour effectuer ce genre de mission. Le gendarme est choisi pour ses états de service, il sera accepté par la troupe : « C’était une première car, sans assentiment interne, les choses sont compliquées. Le GIGN est une formidable maison avec des hommes de caractère. Tout s’est finalement bien passé et je pense que mon formatage “à la Jurassienne” à base de sérieux et d’obstination m’a beaucoup aidé. J’ai connu des épreuves et, au final, je crois avoir été reconnu ! »

Dans les faits, Denis Favier reprend tout à zéro : formation, attitude… Les résultats s’enchaînent, le GIGN résout quelques affaires criminelles et terroristes qui font la une des journaux télévisés, notamment la prise d’otages du vol Air France 8 969 à Marseille-Marignane, du 24 au 26 décembre 1994, alors qu’il est commandant. C’est lui qui dirige l’opération qui peut être suivie en direct sur LCI. Plus de 300 munitions sont tirées.

Les terroristes sont neutralisés. Le blason du GIGN est redoré. En 2007, il est rappelé à nouveau à sa tête : « On m’a demandé de défaire ce que j’avais contribué à créer quelques années plus tôt. Nous devions coller mieux au terrorisme » C’est qu’entre-temps, la menace a évolué.

Cette mission est particulièrement délicate. Denis Favier s’en souvient, comme si c’était hier : « C’était difficile car on touchait aux traditions. Il a fallu développer de nouvelles capacités dans la perspective d’actes de terrorisme de masse, du style de la prise d’otages en 2002 au théâtre Doubrovka de Moscou. Il fallait être capable de mettre en place des moyens très lourds, mais d’avoir aussi de petites équipes ponctuelles. En un mot, faire du modulaire… Au final, j’ai commandé un GIGN décuplé avec plus de muscles. C’est devenu l’unité la plus importante d’Europe ! »

Pour mémoire, citons la libération, en 2008, des otages du Ponant, un voilier trois-mâts de croisière, abordé par des pirates dans l’Océan Indien.

 

Photos : Numéro 39, Fabrice Balsamo/Sirpa

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