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Un Jurassien met en scène Lacoste aux JO de Rio

À 32 ans, le Bletteranois qui a déjà travaillé avec le couturier Jean-Paul Gaultier, conçoit des vitrines pour Lacoste dans le monde entier. Son nouveau terrain de jeu ? Les Jeux olympiques.

Après un salutaire voyage en Italie pour fêter la fin de ses études et l’obtention de son diplôme d’architecte, Victor Kuhni s’est dit qu’il faudrait, peut-être, maintenant… se mettre au travail. C’était en 2006 et, depuis, il n’arrête plus ! Architecte-scénographe de 32 ans, ce Jurassien, belle gueule et allure longiligne, a grandi à Bletterans et travaille pour Lacoste depuis un an et demi. Il conçoit, avec son équipe, les vitrines du monde entier de la prestigieuse marque au crocodile. Sur chaque thème, qu’il s’agisse de Roland-Garros, l’US Open, les Jeux olympiques ou encore de Noël et des nouvelles collections, le jeune homme participe aux choix techniques, artistiques et scénographiques. Avec les spécialistes de Lacoste, il imagine jeux de lumières, de couleurs et de volumes. Dans leur « vitrine-atelier », ils cogitent ensemble pour réaliser des mises en scène élégantes et sportives. « Quand nous tenons notre idée, nous faisons réaliser un ou plusieurs prototypes et réajustons chaque détail. Une fois que tout est validé, nous lançons la production », explique le calme et souriant Victor Kuhni.

C’est ainsi que, cent jours avant la cérémonie d’ouverture des JO, Lacoste, habilleur officiel des équipes de France olympique et paralympique, a sorti une vitrine clin d’œil avec des portraits d’athlètes vêtus de la tenue olympique. Prochaine étape, la sortie des vitrines officielles des JO dans le monde entier. Ce sera en juillet. Mais d’ici là, motus… On saura simplement que la scénographie fera la part belle aux symboles de la France, ainsi qu’à notre bleu, blanc, rouge national.

 

L’architecte

Victor Kuhni n’était pourtant pas destiné à entrer dans ce monde de la mode. Le hasard, son amour des gens et sa soif d’expériences nouvelles en ont décidé autrement. Et son sens artistique aussi : Danielle Brûlebois, son institutrice de CM2, garde un souvenir excellent de cet élève « brillant et déjà très créatif. Il était sensible à la musique et à l’art. Je me souviens qu’il aimait beaucoup les tableaux d’art moderne. Il avait un raisonnement et une faculté d’assimilation assez étonnants. Et il était très gentil. »

 

L’architecture est une bonne école de la patience !

 

Plus tard, le Jurassien obtient son diplôme à l’Ensais de Strasbourg, monte à Paris, sa ville de cœur, et s’enthousiasme pour plusieurs projets architecturaux très excitants. « Mon tout premier boulot, c’était le concours international des halles à Paris. J’ai travaillé pour Mansilla & Tunion, des gens que j’étudiais à l’école deux mois avant ! On a perdu, mais le projet que nous avions présenté était absolument génial, sans doute pas assez politiquement correct… »

Victor Kuhni enchaîne ensuite les belles expériences et finit par se faire embaucher par une agence parisienne de renom. « Celle qui a fait le lycée Le Corbusier à Lons, le monde est petit ! » Il travaille sur le concours du lycée français à Brasilia, le centre européen de la céramique à Limoges et d’autres marchés moins prestigieux mais sacrément utiles, comme des casernes de pompiers, des écoles ou des lycées. Au bout de quatre ans de travail, Victor Kuhni s’émancipe. « L’architecture est une bonne école de la patience ! Surmonter les difficultés, gérer les contraintes… j’ai quitté l’agence. Je me suis pris quelques mois et j’ai fait un bilan de compétences. Malgré un moment où je me suis remis en question, il s’est avéré que j’étais finalement bon dans ce que je faisais ! »

 

Jean-Paul Gaultier et ses miss

Une nouvelle aventure va confirmer le diagnotic et faire pétiller de nouveau les yeux clairs du Franc-comtois : « On me propose un projet événementiel au Grand Palais. Une sacrée opportunité ! J’ai créé mon agence, tout en montant le projet ». Compliqué ? Certes, mais Victor Kuhni aime ça, les défis. Enthousiaste et résolument positif, il ajoute : « J’ai apprécié de mener de front les deux dossiers. Ils se sont enrichis mutuellement, même si cela a nécessité beaucoup de travail. »

Cet événement, le gala des 100 ans de la Fédération d’escrime, réunit 8 000 personnes au repas et comprend un concert de Sting, des jeux de lumière gigantesques, des vidéos, etc. « Cette expérience m’a ouvert la porte des défilés. » Et pas des moindres ! En septembre 2014, le Jurassien scénographie le tout dernier du grand couturier Jean-Paul Gaultier, qui venait d’annoncer tirer sa révérence dans le prêt-à-porter, désireux de se concentrer désormais sur la haute couture et les parfums. « On a appris la nouvelle par communiqué de presse durant les préparatifs, se souvient le jeune homme au visage anguleux, témoin de sa ténacité. Cela nous a mis une toute petite pression supplémentaire ! » Mais le résultat est salué par la presse. Le Monde a alors parlé d’« un ultime show de prêt-à-porter euphorisant et populaire, aux airs d’émission télévisée des années 1980 ». « Si le show était résolument grandiose – il a duré une bonne demi-heure au lieu de l’habituelle quinzaine de minutes et avait plus l’air d’une revue de théâtre que d’une présentation de vêtements – le mode émotion n’était pas poussé à la caricature », a salué Les Inrocks.

 

Emporté par la foule

Plus tard, Victor Kuhni concevra des cubes aériens visibles de l’intérieur et depuis la rue, pour la plus grosse boutique Svarowski d’Europe, à Vienne (Autriche), mêlant les créations de Gaultier et celles du bijoutier.

Victor Kuhni garde de cette période « Gaultier » un souvenir magique : une équipe « top », des gens motivés qui se plient en quatre pour que tout soit parfait.

 

Plus je vois de gens, plus je voyage, et plus j’ai d’inspiration.

 

À cette époque, et pendant un an et demi, il ne dort que quatre heures par nuit et encore moins durant les Fashion Weeks. « J’ai un peu levé le pied sur les événements ! » Car un autre défi s’ouvre bientôt à lui. Lors d’un after-show, Victor Kuhni, promenant sa bonne étoile, rencontre une jeune femme « qui travaille chez Lacoste ». « On a bu un café, elle m’a intégré à son équipe », résume-t-il, avec un peu d’humour. Aujourd’hui, il travaille à plein-temps pour la marque au crocodile durant la semaine et continue sur les défilés le week-end. Ce rythme soutenu ne le coupe pas du monde : « Certains aiment se lover dans un cocon, se retrouver isolés pour créer. Moi, c’est le contraire : plus je vois de gens, plus je voyage, et plus j’ai d’inspiration ».

Sa belle-sœur confirme ce penchant pour « le monde » : « Tu veux sortir dans un endroit sympa ou découvrir le dernier resto branché de Paris ? Tu appelles Victor. C’est aussi quelqu’un de très généreux et de confiance. Il a gardé les mêmes amis depuis la maternelle. »

Le jeune Bletteranois sait qu’il ne fera pas ce métier trépidant toute sa vie, mais il savoure le présent, persuadé que plus loin, d’autres défis l’attendent.

 

> Cet article est paru dans le premier numéro de Numéro 39.

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